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23/12/2015 12:05 EST | Actualisé 23/12/2016 00:12 EST

Un réveillon de Noël à 15 degrés Celsius, est-ce normal?

Difficile de ne pas penser aux changements climatiques alors que le mercure devrait dépasser les 15 degrés Celsius à Montréal le 24 décembre. 

« C'est très, très hors de l'ordinaire », a affirmé le météorologue à Environnement Canada Simon Leblanc, en entrevue à RDI mercredi. Le réveillon de 2015 sera « une journée record », dit-il. 

Mais « ce n'est pas exceptionnel » pour autant de ne pas avoir un tapis blanc pour Noël, souligne le météorologue. Il rappelle que l'année dernière à la même date, la métropole était mi-blanche, mi-verte. « Ça arrive de façon cyclique », note-t-il.

Un « super » El Nino

Cette année, les températures clémentes sont dues en partie à un « super » El Nino qui entraîne l'air chaud du Pacifique jusque chez nous et bouleverse les courants d'air glaciaux qui teintent habituellement nos hivers.

El Nino n'est pas le seul à blâmer pour les températures anormalement chaudes, soutient le spécialiste du climat de l'Université de la Colombie-Britannique, Simon Donner.

Selon l'Organisation météorologique mondiale, El Nino est responsable de 16 % à 20 % de l'augmentation des températures en 2015. Le reste serait dû au réchauffement climatique.

« El Nino signifie un hiver doux pour une bonne partie du Canada et El Nino, additionné au réchauffement climatique, signifie un hiver doux record », enchaîne-t-il.

Pour sa part, Simon Leblanc estime qu'il est difficile d'attribuer les conditions anormales de cette année à l'un ou l'autre.

« Avec une seule année, on ne peut pas dire que c'est 100 % les changements climatiques », croit-il. C'est aussi « difficile de faire des comparaisons avec les évènements El Nino précédents puisque celui de cette année est très fort. »

Il estime tout de même que les températures exceptionnelles de cette année sont plus largement attribuables à El Nino qu'au réchauffement climatique.

Selon Simon Leblanc, l'hiver 2016 sera « au-dessus des normales ». « On ne sait pas encore pour les précipitations de neige, mais on s'attend à avoir un hiver un peu plus pluvieux », dit-il.

« Une hausse énorme »

El Nino ou pas, les températures se réchauffent à l'échelle planétaire et les hivers canadiens le montrent bien.

Environnement Canada, qui étudie les hivers canadiens depuis 68 ans, confirme cette même progression des températures. Les hivers seraient désormais de 3 degrés Celsius plus chaud que ce qu'ils étaient. « Une hausse énorme », signale David Phillips, climatologue à Environnement Canada.

Selon David Phillips, les Canadiens peuvent s'attendre aux changements suivants dans les prochaines années :

  • Les hivers se réchaufferont plus vite que les étés;
  • Le réchauffement sera moins important près des côtes, puisque le climat est modéré par les océans.

« Les changements ont été plus ou moins rapides dans les 60 dernières années », note David Phillips. Pour le futur, ces changements se feront deux fois plus rapidement, selon le climatologue.

Les Noëls blancs seront toujours possibles, mais « on devra peut-être y rêver un peu plus fort et même prier pour les années à venir », dit-il.

La perturbation du climat

Bien que les températures sont anormalement clémentes, plusieurs se souviennent des grands froids des deux derniers hivers ainsi que des tempêtes de neige démesurées, comme celle qu'a connue Buffalo en novembre 2014. 

« Au début de l'année 2015 on a aussi battu des records de froid, mais la deuxième partie de 2015, elle, était plus chaude qu'à l'habitude », note Simon Leblanc.

« Les changements climatiques, c'est une perturbation du climat à l'échelle planétaire », et ça ne signifie pas non plus que l'hiver sera moins enneigé, ajoute le météorologue.

Cela fait partie du paradoxe des changements climatiques, quoi que la moyenne de ces changements pointe vers un réchauffement global de la planète.

En somme, le climat sera dorénavant imprévisible et cela entraînera plusieurs conséquences sur l'environnement, mais aussi sur l'économie.

Par exemple, entretenir des patinoires en hiver ou des pistes de ski sera plus difficile et coûtera beaucoup plus cher.

Selon le professeur John Gyakum de l'Université McGill, il est aussi fort probable que le phénomène El Nino soit plus récurrent, ce qui pourrait causer encore plus de tempêtes de verglas et de pluie verglaçante dues aux changements soudains de température.

La crise du verglas de 1998, qui a privé des milliers de foyers d'électricité pendant plus d'un mois au Québec, était survenue la même année qu'un évènement El Nino.

« Les gens devront s'adapter », soutient le professeur Gyakum, aussi directeur du Département de sciences atmosphériques et océaniques à l'Université McGill. 

Année la plus chaude : 2015 ou 2016?

L'année 2015 a enregistré plusieurs records de températures, mais ce serait plutôt un avant-goût des années à venir. 

La prochaine année sera probablement plus chaude puisque les gaz à effet de serre atteignent de nouveaux records chaque année depuis 30 ans, soutien Michel Jarraud, de l'Organisation météorologique mondiale.

De plus le phénomène El Nino se poursuivra en 2016, ajoute M. Jarraud.

« L'année où les températures seront le plus influencées par El Nino sera plutôt 2016 que 2015 », explique-t-il.