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23/12/2015 01:00 EST | Actualisé 23/12/2015 01:02 EST

2015 : le pétrole coupable des maux de l'économie canadienne

L'économie canadienne a fonctionné au ralenti cette année. La croissance devrait finalement se situer à 1,1 % ou 1,2 %, ce qui est deux fois moins que ce que prévoyaient les analystes. Quelles sont les raisons? Quelles en ont été les conséquences? Résumé.

Un texte de Hugues de Roussan

L'année 2015 a mal commencé pour le Canada : les deux premiers trimestres ont connu une croissance négative, ce qui avait placé le pays en récession technique.

Deux raisons principales :

  • le ralentissement de l'économie mondiale à cause notamment des pays émergents qui vont moins bien - la Chine, surtout, dont la croissance est tombée autour de 6 %;
  • la chute du prix du baril de pétrole qui est passé sous la barre des 35US, ce qui a eu un impact énorme sur l'économie canadienne.

Mais depuis le mois juillet, la situation s'est renversée et l'économie canadienne a retrouvé le chemin de la croissance.

Ces dernières années, avant la chute des prix du pétrole, 50 % de la croissance économique du Canada provenait du secteur de l'énergie, pétrole en tête.

1. L'impact de la chute du prix du pétrole

La chute des prix du pétrole a privé les gouvernements de revenus importants. Les provinces de l'Alberta et de Terre-Neuve-et-Labrador ont été durement touchées. Le gouvernement fédéral n'a pas été épargné non plus.

Pour éviter un déficit budgétaire, l'ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper avait vendu ses actifs de GM et maintenu une politique d'austérité. Ses efforts ne vont cependant pas empêcher le Canada de se diriger vers un déficit de 3 milliards de dollars cette année, un déficit qui devrait s'accroître au cours des trois prochaines années.

Le nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau s'est engagé à mettre sur pied un programme d'infrastructures de trois ans à raison de 10 milliards de dollars par année dans le but de relancer l'économie canadienne.

Un déficit qui est gérable financièrement en raison du bon état des finances publiques du pays, affirme Bertrand Schepper, chercheur à l'Institut de recherche et d'information socioéconomique (IRIS). Selon lui, le Canada pourrait profiter de ce programme pour investir autrement.

« À court terme, le programme d'infrastructures, c'est une idée valable, mais si on veut quelque chose à plus long terme, peut-être que le Canada va devoir investir dans des projets plus porteurs. Par exemple, il devrait investir dans l'efficacité énergétique dans le but de faire baisser les coûts d'énergie ou encore investir dans la transformation du secteur manufacturier pour diminuer les coûts de production des entreprises et ainsi améliorer leur productivité. Les entreprises canadiennes ne devraient pas seulement se fier sur la faiblesse du dollar canadien », dit-il.

2. La productivité canadienne insuffisante

La productivité des entreprises canadiennes est depuis des années plus basse que celle des entreprises américaines. Le Canada s'en est assez bien tiré cette année en raison de la faiblesse du dollar canadien, qui s'approche des 70 cents américains, ce qui a lui a permis d'augmenter ses exportations de plus de 8 %.

L'importance du secteur pétrolier pour l'économie canadienne, qui représente 20 % du PIB canadien, a caché deux problèmes qui rongent l'économie du pays : sa sous-productivité et son manque d'innovation, selon Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité à HEC Montréal.

« Le contexte au Canada ne favorise pas l'innovation ni l'émergence de nouvelles idées qu'on serait les seuls à avoir du moins pendant un certain temps. C'est comme cela qu'on fait de l'argent. Quand on a une bonne idée et qu'au départ on est les seuls à l'avoir eue, on peut alors surfer sur cette idée-là pendant quelques années et faire beaucoup d'argent. On dirait qu'on manque de ça au Canada. On fait les choses comme les autres le font ailleurs. On n'a pas nos propres créneaux dans lesquels on excelle ».

3. Des ententes de libre-échange

Le Canada a signé deux accords importants de libre-échange en un peu plus d'un an, soit l'accord économique et commercial global avec l'Union européenne à l'automne 2014 et l'accord sur le Partenariat transpacifique au début du mois d'octobre dernier. Ces deux accords vont permettre aux entreprises canadiennes d'avoir un meilleur accès à deux grands marchés : 28 pays européens et 11 pays de la région de l'Asie-Pacifique.

Mais l'impact de ces deux accords ne va pas vraiment avoir un effet de levier sur l'économie canadienne, en tout cas pas à court terme. L'économie de ces deux marchés fonctionne au ralenti et le principal partenaire du Canada, ce sont toujours les États-Unis vers qui se dirigent 70 % des exportations canadiennes.

« Les nouvelles ententes de libre-échange ne seront pas des solutions miracles, compte tenu des difficultés que connaît l'économie canadienne. »

— Mathieu Arsenault, économiste principal à la Banque Nationale

« L'économie européenne va mieux, c'est vrai; cela pourra aider le Canada. Mais ce sera modeste. Évidemment, le grand partenaire commercial du Canada, cela demeure les États-Unis, et de ce côté, l'économie roule bien, ce qui va favoriser les exportations canadiennes », poursuit M. Arsenault.

4. Les conséquences sur la consommation

Le secteur de la consommation a profité d'une conjoncture favorable, ce qui a permis aux consommateurs d'avoir une plus grande marge de manœuvre. Il y a eu la chute des prix du pétrole qui a fait baisser le coût de l'énergie. Et il y a aussi le marché de l'emploi qui se porte assez bien; 2015 a été la meilleure année en trois ans en termes de création d'emplois à temps plein.

Résultat : la consommation devrait augmenter de 2 % en 2015, au prix cependant d'un plus grand endettement des ménages canadiens. Le ratio de la dette des ménages est aujourd'hui de 163,7 %.

La consommation ne pourra pas éternellement soutenir l'économie canadienne, qui devra s'adapter en tenant compte du recul de l'industrie pétrolière et en investissant dans l'innovation pour améliorer sa productivité. Mais pour cela, il faudra que le Canada effectue un véritable virage de son économie. On en verra peut-être le début en 2016, qui sait!

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