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23/12/2015 12:29 EST | Actualisé 23/12/2016 00:12 EST

Libye: le Conseil de sécurité entérine l'accord sur un gouvernement d'union

Le Conseil de sécurité de l'ONU a apporté son soutien mercredi au futur gouvernement libyen d'union nationale prévu par un accord conclu la semaine dernière, dans l'espoir de contrer la montée du groupe Etat islamique dans ce pays et d'y juguler l'émigration vers l'Europe.

Le Conseil a adopté à l'unanimité une résolution qui "salue la signature le 17 décembre de l'accord politique libyen de Skhirat (Maroc) prévoyant de former un gouvernement d'entente nationale" basé à Tripoli, et demande aux pays membres de l'aider à restaurer la stabilité en Libye.

L'ambassadeur britannique Matthew Rycroft, qui a présenté la résolution, a estimé que le Conseil donnait ainsi "un signe fort de son engagement en faveur de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'unité" du pays.

Mais il a souligné que "ce n'est que le début d'un processus". Il a appelé les factions libyennes qui n'ont pas encore signé l'accord à "le soutenir et travailler avec le gouvernement d'union".

La résolution en outre "fait sien le communiqué" de la conférence internationale de Rome du 13 décembre qui reconnaît ce gouvernement comme "le seul gouvernement légitime de Libye" et il "se déclare résolu à appuyer (ce) gouvernement" dans ses efforts pour stabiliser le pays.

La résolution demande au Conseil de la Présidence, créé par l'accord inter-libyen, de "s'employer dans un délai de 30 jours" à composer le nouveau gouvernement et à mettre en place les "dispositions de sécurité" nécessaires pour stabiliser la Libye.

Dès que ce gouvernement sera opérationnel, soulignent des diplomates, il pourra demander de l'aide pour combattre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui ont pris pied en Libye, et pour juguler l'émigration vers l'Europe à partir de la Libye.

Profitant du chaos ambiant, l'EI a établi une tête de pont sur la côte libyenne, notamment dans la région de Syrte à 450 km à l'est de Tripoli, et compte de 2.000 à 3.000 combattants locaux ou étrangers. Les Occidentaux s'inquiètent de la montée en puissance du groupe, qui contrôle déjà de vastes pans des territoires syrien et irakien.

- 'Vaincre l'EI' -

Le Conseil invite ainsi les Etats membres de l'ONU à "prêter un concours actif au nouveau gouvernement en vue de vaincre le groupe EI", Ansar Al-Sharia et les autres groupes extrémistes alliés à l'EI ou Al-Qaïda et opérant en Libye.

Selon des diplomates, cette aide pourra prendre la forme d'une assistance logistique, en armement, renseignement ou formation, voire même de frappes aériennes contre des positions d'EI.

Chaque pays décidera, seul ou dans le cadre d'une coalition, de la forme de ce soutien. Il ne sera pas nécessaire d'adopter une résolution de l'ONU si la demande émane du gouvernement légitime libyen.

Sans cela, tout projet de résolution risquerait d'être bloqué par la Russie, qui n'a pas digéré le précédent de l'intervention internationale de 2011 pour renverser Mouammar Kadhafi.

Le nouveau gouvernement libyen pourra aussi inviter l'Union européenne à étendre aux eaux territoriales et aux côtes de la Libye les efforts déployés en haute mer pour intercepter les navires chargés de migrants et lutter contre les réseaux de passeurs.

Pour l'instant, l'opération navale européenne contre les trafiquants, qui vise à juguler un flot d'immigrants sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale, est limitée aux eaux internationales.

"Personne ne se fait d'illusion, explique un diplomate, mais nous avons besoin d'avoir un gouvernement considéré comme le seul légitime afin de contrer l'EI et de juguler la migration".

Après des mois de négociations, des hommes politiques, représentants de la société civile libyenne et membres des deux Parlements rivaux ont signé jeudi dernier un accord parrainé par l'ONU, qui prévoit la mise en place d'un gouvernement d'union nationale.

Les présidents des deux Parlements se sont toutefois opposés au texte et sont favorables à un accord alternatif inter-libyen signé début décembre à Tunis.

En plein chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye compte deux Parlements - et deux gouvernements - rivaux, l'un basé à Tripoli et l'autre à Tobrouk (est), le seul reconnu internationalement.

La résolution demande aux pays membres, notamment dans la région, de ne plus soutenir ces "institutions parallèles" et aux milices libyennes de "respecter l'autorité" du gouvernement d'union.

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