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23/12/2015 10:11 EST | Actualisé 23/12/2016 00:12 EST

L'Algérien Hocine Aït-Ahmed, une vie de combats

Hocine Aït-Ahmed, décédé mercredi à 89 ans en Suisse, a combattu farouchement durant un demi siècle le pouvoir des militaires en Algérie, après avoir été l'un des pères de l'indépendance.

Aït-Ahmed, né le 20 août 1926 à Aïn El-Hammam, en Kabylie, une région montagneuse à l'est d'Alger, était le dernier survivant des neuf "fils de la Toussaint" qui ont déclenché la guerre d'indépendance contre la France, le 1er novembre 1954.

Descendant d'une famille maraboutique, ce militant indépendantiste adhère à 17 ans au Parti du peuple algérien (PPA) du charismatique Messali Hadj et prône dès 1948 la nécessité de la lutte armée contre les troupes françaises.

Il est désigné pour diriger l'Organisation spéciale (OS), paramilitaire et clandestine dont l'ossature donnera par la suite naissance à l'Armée de libération nationale (ALN) en 1954. Il en est écarté en 1949 sous l'accusation de "berbérisme" et est remplacé par Ahmed Ben Bella. En 1950, l'OS est démantelée par la police française.

Condamné par contumace, il gagne Le Caire en 1951. Il rejoint ensuite le Front de libération nationale (FLN) et participe au déclenchement de la guerre d'indépendance le 1er novembre 1954. Le 22 octobre 1956, il est arrêté à Alger dans l'avion arraisonné par les Français alors qu'il se rendait au Maroc en compagnie d'Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider et Mustapha Lacheraf.

Libéré en 1962 après le cessez-le-feu, Aït-Ahmed est élu député de la première Assemblée nationale, mais il s'oppose à Ben Bella, devenu président, et crée en 1963 le Front des forces socialistes (FFS) et des maquis armés en Kabylie.

Après l'indépendance, il ne cessera alors de s'opposer au pouvoir qui a été confisqué par les militaires.

Arrêté en 1964, il est condamné à mort puis gracié. Il s'évade en avril 1966. Il s'installe alors à Lausanne, d'où il rentrera à Alger en décembre 1989, après 23 ans d'exil, suite à la reconnaissance du FFS par les autorités.

- Nouvel exil -

Après l'annulation par le pouvoir des élections législatives de 1991 après le premier tour, craignant une victoire du Front islamique du salut (FIS), Aït-Ahmed dénonce un "coup d'Etat" et demande la poursuite du processus électoral. Une position qui lui vaudra des accusations de "pro-islamiste".

En juillet 1992, il repart de nouveau en exil, quelques semaines après l'assassinat d'un autre "fils de la Toussaint": le président Mohamed Boudiaf, autre opposant radical qui avait répondu à l'appel des militaires pour rentrer de son exil au Maroc. Il a avait alors pris la direction d'une présidence collégiale chargée de mener à son terme le mandat du président Chadli Bendjedid forcé à la démission.

Aït-Ahmed signe en janvier 1995 l'accord de Sant'Egidio, à Rome, avec des partis algériens dont le FIS (dissous), demandant au pouvoir d'ouvrir des négociations pour mettre fin à la guerre civile qui fera 200.000 morts.

Candidat à l'élection présidentielle en avril 1999 sous les couleurs du FFS, il se retire avec cinq autres candidats pour dénoncer une fraude annoncée, selon eux, en faveur de Abdelaziz Bouteflika, élu chef de l'Etat.

En mai 2013, il démissionne de la présidence de son parti à Alger, passant le flambeau à une direction collégiale de cinq membres.

Le FFS, éloigné des urnes durant une dizaine d'années, est revenu dans l'arène politique à l'occasion des élections législatives de mai 2012, en remportant 27 sièges sur 462. Et il a opté pour le "ni boycott, ni soutien" du scrutin d'avril 2014 que Abdelaziz Bouteflika, --77 ans, 15 ans de pouvoir--, devait remporter pour la 4e fois.

Svelte, élégant, habillé sobrement mais avec recherche, le nez aquilin et les cheveux poivre et sel, Aït Ahmed cultivait l'image d'un homme calme, posé et de grande culture.

Docteur en droit, il a publié plusieurs ouvrages: "Les Droits de l'Homme en Afrique", les "Mémoires d'un combattant" (1983) et "l'affaire Mécili" (1989), du nom de son collaborateur assassiné en 1987 à Paris.

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