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23/12/2015 07:21 EST | Actualisé 23/12/2016 00:12 EST

Espagne: après les législatives, quelle politique économique ?

Les quatre partis qui vont se répartir la majorité des sièges à la chambre des députés après les élections législatives de dimanche en Espagne sont divisés sur la manière de gérer la quatrième économie de la zone euro. Voici leurs principales propositions.

Parti populaire

Pour résorber le chômage endémique (21%), le PP du chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy, veut stimuler les entreprises : baisse de l'impôt sur les sociétés à 20% pour les entreprises au chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros (contre 25 ou 30% actuellement) et exemptions de cotisations sociales pour l'embauche d'un premier salarié.

Il veut aussi stimuler la demande par le biais de baisses d'impôts sur le revenu, ramenant le taux de la tranche la plus élevée de 45 à 43% et celui de la moins élevée de 19 à 17%, et propose de stimuler le secteur immobilier en appliquant un taux de TVA provisoire à 4%, contre 10% habituellement, pour l'achat d'une résidence principale.

Mais, parallèlement, le PP, qui table sur la croissance retrouvée (3,2% en 2015 selon la Banque d'Espagne) pour financer ces mesures grâce à de plus grandes rentrées fiscales, s'est aussi engagé à poursuivre sa politique d'austérité, en ramenant le déficit à 0,3% du PIB en 2019.

La Commission européenne a annoncé ne pas croire aux prévisions du gouvernement espagnol, et table sur un déficit de 3,6% en 2016 contre les 2,8% prévus par Madrid.

Parti socialiste

Le PSOE veut doubler le budget de l'aide à l'emploi (il était de 4,78 milliards d'euros en 2015), et l'orienter vers la formation des chômeurs et des 700.000 jeunes sortis prématurément du système scolaire.

Il veut "réindustrialiser" le pays, et soutenir l'innovation et l'économie verte en doublant l'investissement public en recherche et développement (1,23% du PIB en 2013).

Le parti de Pedro Sanchez s'engage à ramener le déficit public à 1% du PIB en 2019 grâce à une "grande réforme fiscale" et à l'embauche de 5.000 fonctionnaires pour lutter contre l'évasion fiscale, ce qui permettrait selon lui de dégager 25 milliards d'euros.

Il promet aussi des mesures sociales, dont un "revenu minimum vital" de 426 euros pour les personnes sans revenus et l'augmentation progressive du salaire minimum jusqu'à 60% du salaire moyen net en 2023.

Ciudadanos

Le jeune parti libéral propose des mesures de simplification fiscale et juridique, la plus emblématique étant un contrat de travail unique à durée indéterminée, les salariés conservant en cas de licenciement ou de départ de l'entreprise un pécule alimenté par l'employeur à hauteur de 1% de leur salaire.

Il défend également une grande réforme du système éducatif, dont 22,7% des élèves sortent sans qualification selon l'OCDE, proposant de recruter les enseignants par un concours national, de renforcer l'autonomie des établissements scolaires et universitaires et de généraliser l'enseignement bilingue espagnol-anglais.

Podemos

La coalition anti-austérité base son programme économique sur la stimulation de la demande avec un revenu minimum de 600 euros pour les personnes sans revenus et une augmentation du salaire minimum à 800 euros par mois en 2018 (contre 645 actuellement). Il veut renationaliser les services hospitaliers privatisés.

Il entend financer ces dépenses par une hausse de la fiscalité des plus riches. L'impôt sur le patrimoine toucherait les revenus supérieurs à 400.000 euros - contre 700.000 auparavant - et l'impôt sur le revenu augmenterait au delà de 50.000 euros par an.

Le parti souhaite consacrer chaque année 1,5% du PIB à la transition énergétique, pour créer 300.000 emplois.

Les analystes estiment peu probable un abandon, même par Podemos, de la politique de maîtrise des dépenses, alors que la dette publique espagnole s'élevait à 99,3% du PIB au troisième trimestre 2015. "L'Espagne dépend beaucoup du financement extérieur", a expliqué à l'AFP Santiago Carbo, professeur d'économie à l'école de commerce de Bangor (Royaume-Uni). "Les marchés n'apprécieraient rien qui suppose une sortie de route".

av/pmr