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23/12/2015 03:29 EST | Actualisé 23/12/2016 00:12 EST

Chine: des militants des droits des travailleurs accusés de "perturber l'ordre social"

Des médias d'Etat chinois ont accusé sept éminents défenseurs des droits des travailleurs, arrêtés récemment dans le sud du pays, d'"immixtion" dans des conflits sociaux et de "perturber l'ordre social" --alors que Pékin continue d'interdire toute activité syndicale indépendante.

Zeng Feiyang, directeur d'un centre d'aide aux travailleurs, avait été interpellé début décembre à Canton par la police. Six autres militants de la province industrielle du Guangdong ont également été placés en détention, selon des ONG.

Des arrestations en lien avec leur combat pour aider des ouvriers --notamment des migrants venus des zones rurales-- à obtenir de leurs employeurs le versement de salaires impayés, de primes ou cotisations sociales.

L'information avait été lourdement censurée. Mais l'agence officielle Chine nouvelle a diffusé mercredi une dépêche incendiaire à leur sujet.

"Les représentants des travailleurs (les organes soumis au Parti communiste, NDLR) croient que les véritables intentions de Zeng et Cie était de pousser à des mouvements de grèves, d'interférer avec la marche normale des usines et de perturber l'ordre social", a-t-elle indiqué.

Ils auraient "incité les ouvriers à contourner les organisations officielles, avec un impact très dommageable sur la société", a poursuivi l'agence.

M. Zeng est aussi accusé par Chine nouvelle d'avoir reçu des fonds d'organisations à l'étranger, d'avoir communiqué rapports et photographies à l'extérieur du pays pour "noircir l'image du système chinois", sans compter des observations dégradantes sur sa vie privée.

Zhu Xiaomei, une activiste de longue date, et He Xiaobo, responsable d'une association (Nanfeiyan) aidant les victimes de blessures professionnelles, figurent également parmi les détenus.

Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier indépendant, le régime communiste n'autorise qu'un syndicat unique officiel et ses émanations, que les autorités contrôlent et qui soutient quasi-exclusivement les dirigeants d'entreprise.

"Cette campagne d'arrestations est d'une ampleur sans précédent", avait indiqué précédemment à l'AFP Geoffrey Crothall, porte-parole de l'ONG China Labour Bulletin.

"Cela ne servira qu'à aggraver la détresse et le mécontentement des travailleurs et à attiser les tensions sociales", avait-il averti, pointant le rôle crucial de négociateur des militants.

Le Guangdong est le principal foyer de la production manufacturière chinoise --du textile aux smartphones--, aujourd'hui plombé par le vif ralentissement économique.

Les fermetures d'usine et les relocalisations se multiplient, "et les ouvriers sont souvent laissés sur la touche, avec des mois de salaires impayés, sans aucune indemnité", selon China Labour Bulletin.

Les débrayages ont plus que triplé en trois ans en Chine pour atteindre 1.379 grèves l'an dernier. Dans le Guangdong, la tendance s'accélère encore: l'ONG y a recensé en novembre 56 épisodes de grèves et manifestations, contre 23 en juillet.

jug/phv