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22/12/2015 00:50 EST | Actualisé 22/12/2016 00:12 EST

Zaïtsevé, village ukrainien traversé par la ligne de front

Une fois par semaine, Oksana Boïko rase les murs pour éviter une balle perdue et traverse la ligne de démarcation dans l'Est séparatiste prorusse de l'Ukraine pour aller à l'autre bout de son village récupérer les devoirs scolaires pour ses trois enfants.

A 34 ans, elle vit dans la partie "ukrainienne" du village de Zaïtsevé, coupé en deux depuis six mois. L'école, elle, a fermé ses portes pour devenir un poste de tir des rebelles prorusses engagés depuis avril 2014 dans une guerre avec les forces loyales à Kiev, qui a fait plus de 9.000 morts.

Dans cette localité de 300 âmes, l'un des points chauds du conflit, il n'y a plus de services ni de transports en commun. De nombreuses maisons ont été détruites ou transformées en casernes pour les soldats des deux côtés.

"Nous ne vivons pas, nous survivons," résume Oksana, une mère célibataire, au seuil de sa maison décrépite.

Pour que ses enfants poursuivent malgré tout leurs études, elle franchit les barrages pour rencontrer les instituteurs vivant dans la zone rebelle et chercher les devoirs de ses fils de huit et dix ans et de sa fille de 12 ans. "Je les fais ensuite moi-même avec les enfants", explique-t-elle.

Pour ne rien arranger, les instituteurs donnent désormais leurs cours d'après le programme scolaire russe, adopté par les autorités de la République autoproclamée de Donetsk (DNR), tandis que les enfants d'Oksana travaillent avec des manuels ukrainiens.

Mais l'éducation n'est pas la seule préoccupation d'Oksana, qui n'a pas d'argent pour acheter des médicaments pour ses enfants.

- 'Des calmants quand ça tire' -

Elle vit dans la "zone grise", entre les territoires sous contrôle des Ukrainiens et des rebelles, et n'a droit à aucune aide sociale.

"Les soldats nous donnent du bois (pour le chauffage) et de la nourriture" mais il n'y a pas de médicaments, déplore la jeune femme. "Quand ça tire, ma fille ne peut tenir qu'avec des calmants. Un de mes fils, récemment opéré, a besoin de vitamines que nous n'avons pas", raconte-t-elle en montrant le garçon qui fait un tour dans la cour en enfourchant un vieux vélo.

Il n'y a plus de médecins civils et c'est un médecin militaire, Serguiï, qui reçoit les villageois dans une maison à moitié détruite.

Un banc et une chaise remplacent le lit et pour tout équipement médical, le docteur ne dispose que d'un thermomètre et d'un tonomètre.

Serguiï, un soldat ukrainien, a été mobilisé depuis l'Ukraine occidentale où il travaillait comme médecin généraliste. Il refuse de donner son nom de famille, pour que sa famille ne découvre pas où il est.

"Ce sont les retraitées souffrant d'hypertension qui viennent le plus souvent", dit-il.

"Je leur donne des médicaments de mes réserves parce qu'ici, on ne peut les acheter nulle part. Si le cas est grave, on transporte les patients vers un hôpital à Artemivsk", une ville située à cinq kilomètres du village, raconte-il.

Le médecin militaire traite également les soldats blessés dans des combats qui se poursuivent ici malgré la trêve en vigueur depuis septembre.

"En novembre, un soldat a été tué et deux blessés. Les rebelles tirent chaque nuit. Seulement 150 mètres nous séparent, on peut se voir sans jumelles", raconte Mykola, un soldat du 34e bataillon des forces armées ukrainiennes répondant au nom de guerre de "Batia" (Pépère).

Les soldats de son bataillon ont pris position en août, rendant nerveux les séparatistes. "Ils craignent que nous puissions aller jusqu'à Gorlivka", l'un des principaux bastions rebelles dans l'Est située à une vingtaine de kilomètres au sud, expliquent plusieurs militaires.

Mais en leur for intérieur, civils comme militaires ne rêvent que d'une chose: que les tirs cessent.

Sur le ligne de démarcation, Mykola caresse un berger allemand. "Ce chien est un faiseur de paix. Il aboie quand on recharge le fusil. Personne ne veut ici que la guerre continue, ni les civils, ni les animaux. Mais cela ne dépend pas de nous", conclut-il.

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