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21/12/2015 21:41 EST | Actualisé 21/12/2016 00:12 EST

Toruk – le premier envol : plus charmant que magique

Après avoir créé des univers de toutes pièces et avoir transposé ceux d'artistes de légende (Beatles, Michael Jackson, Elvis) au sein de productions musicales multimédias, Toruk - le premier envol est l'occasion pour le Cirque du Soleil de s'approprier l'essence du monde fictif d'Avatar, la prouesse cinématographique du réalisateur James Cameron.

Un texte de Philippe Rezzonico

Si nous étions toujours dans le domaine du Septième Art, Toruk ferait figure d'antépisode, vu que les événements se déroulent des milliers d'années avant l'intrigue d'Avatar. Mais comme la production des metteurs en scène Michel Lemieux et Victor Pilon n'est pas un trompe-l'œil comme un film peut l'être, le spectateur peut apprécier le tout sans a priori... et en mesurer les limites.

L'histoire de Toruk est celle de Ralu, Entu et Tsyla, trois Na'vi au seuil de l'âge adulte natifs de la planète Pandora, ces êtres qui sont, à grandeur humaine, de la même jolie couleur bleue que les Schtroumpfs nés dans un autre monde imaginaire. Le trio tente de retrouver le toruk, cet oiseau prédateur qui pourrait les aider à sauver l'arbre des âmes (splendide structure) afin de prévenir sa destruction qui mènerait à une catastrophe sans précédent.

Cette trame narrative qui tient à la fois de la quête et du parcours initiatique est le fil ténu qui retient ce spectacle de 140 minutes scindé par un entracte. Le Cirque du Soleil, qui nous a habitués à des langues imaginaires, utilise le langage Na'vi, mais aussi le français - une première - par le biais d'un conteur narrateur qui ramène dans le droit chemin le spectateur qui se serait égaré au sein des territoires des cinq clans. Il y a aussi des représentations en anglais. Consultez l'horaire.

Espace maximisé

Pensé et conçu pour être présenté dans des arénas comme le Centre Bell qui accueillait la première mondiale lundi soir, Toruk utilise à merveille l'espace disponible, soit les quelque 1854 mètres carrés de surface de projection totale, environ l'équivalent de cinq écrans IMAX. Ce terrain de jeu virtuel devient selon les besoins du scénario un désert rocailleux, une flore luxuriante, une fournaise de flammes ou une marée montante (effet très réussi).

Des projections dans un contexte réaliste ne peuvent toutefois rivaliser avec les effets spéciaux au cinéma. Les images projetées sur les falaises de chutes d'eau et d'avalanches de roches auxquelles tentent d'échapper les Na'vi durant les dernières minutes du spectacle n'étaient pas du même calibre que ce que nous avions vu précédemment.

L'espace est également mis à profit dans les airs, que ce soit par l'entremise d'une séance de tambourinage dynamique dans les hauteurs, l'affrontement des Na'vi avec le toruk quand ils sont sur un pont de lianes instable, ainsi que les évolutions majestueuses des oiseaux et du ballet des cerfs-volants. Fort joli.

Moins spectaculaire

En revanche, les numéros à forte teneur acrobatique qui ont été une des marques de commerce du Cirque du Soleil depuis des décennies sont moins spectaculaires. Attention, les comédiens-danseurs sont des athlètes accomplis qui font des pirouettes de premier plan au sol et qui se contorsionnent avec aisance au bout de rideaux. Tout ce que le commun des mortels ne peut faire, quoi.

Mais il y a une notion d'éclat et de performance qui fait cruellement défaut ici, sauf pour le numéro d'ouverture en début de deuxième partie, quand les acrobates virevoltent à toute vitesse accrochés à des mâts chinois. C'est d'ailleurs le seul numéro de la soirée qui a été salué par un tonnerre d'applaudissements durant son exécution.

Spectacle familial, Toruk? J'ai des doutes. Certes, cette production a de quoi émerveiller les enfants à plus d'un égard, surtout dans notre ère multimédia. Mais il manque un autre élément essentiel qui a fait la force des productions du Cirque du Soleil dans le passé : le rire. Le courage, la solidarité et l'amitié sont des qualités universelles que l'on retrouve, mais il n'y a absolument rien qui fait rire, ni même sourire. Pas sûr que les enfants de moins de 10 ans vont y trouver le compte.

Spectacle interactif

Peut-être que les adolescents qui raffolent des nouvelles technologies seront mieux servis, car Toruk est un spectacle interactif. Les spectateurs peuvent télécharger l'application du Cirque du Soleil pour avoir accès à des contenus supplémentaires durant la représentation. Je précise qu'une de mes amies n'a pu télécharger l'application en question (sur Android).

Personnellement, je ne regarde pas un écran quand j'assiste à un spectacle. Sinon, je reste à la maison et je regarde la télévision... Mais si je me fie aux gens qui ont interagi durant la représentation (facilement repérables en raison de la luminosité de leurs téléphones intelligents), ils étaient largement minoritaires. Cela dit, l'idée à du mérite et l'avenir est peut-être là.

Et le Cirque du Soleil, visiblement, regarde vers l'avenir. Toruk n'est certes pas un spectacle du Cirque servi à la sauce des années 1990 ou 2000. Et c'est très bien.

En revanche, les impératifs et les paramètres retenus pour cette production (adaptation d'un film archiconnu, parti-pris envers les projections vidéo, marionnettes à la fois humaines et fabriquées) font que Toruk ressemble plus à une production futuriste d'un nouveau genre, théâtrale et empreinte de charme, qu'à un spectacle placé sous le signe de la magie en raison de ses montées en puissance et de ses moments d'émotion pure.

Toruk - le premier envol, du Cirque du Soleil, mis en scène par Michel Lemieux et Victor Pilon, au Centre Bell, jusqu'au 3 janvier.