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22/12/2015 10:57 EST | Actualisé 12/03/2018 10:12 EDT

La ministre du Patrimoine Mélanie Joly veut «hacker» le système politique (VIDÉO)

À ceux qui l'accusent d'être arriviste ou néophyte en politique, Mélanie Joly a préparé une réplique. La nouvelle ministre du Patrimoine canadien croit que la notion d'expérience est «survalorisée». En entrevue avec Le Huffington Post Québec, l'ex-candidate à la mairie de Montréal assure qu'il faut des élus avec une vision différente qui, comme elle, veulent «hacker» le système politique. Entrevue.

Qu'est-ce que vous répondez aux analystes qui croient que vous n'aviez pas l'expérience pour être nommée à la tête d'un ministère?

Je pense que la question d'expérience a longtemps été survalorisée. On a longtemps été convaincu que le système [politique] est tellement complexe que c'est seulement en ayant de l'expérience qu'on est, à terme, capable de naviguer au sein de cette complexité. Je trouve cela profondément absurde. Ce que je crois, c'est qu'on doit «hacker» le système.

«Hacker»...?

Oui. Comme votre nom de famille! (Rires)

Vous voulez dire qu'il faut changer les choses?

On doit tenter de faire les choses autrement, diminuer la bureaucratie, développer des réflexes en matière de nouvelles technologies [...] Toutes des choses qui ne vont pas vraiment provenir d'une personne qui a une énorme expérience, mais plutôt d'un regard différent et des comportements de consommation d'information différents... C'est avec cette attitude qu'on peut développer l'innovation. Et qu'on peut améliorer l'action politique pour la population.

Intéressant que vous parliez de la consommation d'information. Vous avez récemment laissé entendre que Radio-Canada devrait oser plus en termes de contenu, qu'entendez-vous par là?

En tant que ministre, je ne suis pas en charge des opérations, il y a des équipes de direction [...] Mais je pense qu'en réinvestissant (un premier 75 millions puis un 150 millions) dans Radio-Canada, on a l'opportunité de créer des contenus différents qui peuvent attirer de nouveaux auditoires, autant en français qu'en anglais. On doit s'inspirer de nouveaux modèles de médias comme Vice News... ou le Huffington Post! Ce sont des médias qui ont de vastes auditoires et il y a une raison pour ça.

Il y a eu beaucoup de mises à pied à Radio-Canada au cours des dernières années, ne craignez-vous pas qu'il soit difficile de réparer les pots cassés?

Non, je crois qu'il y a du bon travail qui est fait à Radio-Canada [...] mais en même temps c'est important de créer une relève. On ne peut pas penser qu'on va réinvestir, créer un nouveau radiodiffuseur profondément contemporain avec une nouvelle génération qui n'est pas au rendez-vous.

En 2007, Mélanie Joly a effectué un stage en journalisme à Radio-Canada.

Autre sujet qui tombe dans votre giron : les monuments commémoratifs. Y en aura-t-il un pour les survivants des pensionnats autochtones, tel que suggéré par la Commission de vérité et réconciliation?

C'est sûr qu'il y aura un monument à Ottawa pour commémorer cet épisode tragique de notre histoire. On va lancer des consultations dans les prochains mois.

La Commission suggérait aussi qu'un tel monument soit érigé dans les capitales de chaque province. Comptez-vous jouer un rôle dans ce processus?

On va regarder ce dossier avec les premiers ministres et les ministres de la Culture. Ce qui est certain, c'est que ma collègue Carolyn Bennett, ministre des Affaires autochtones, et moi, on s'est parlé et le projet de monument à Ottawa nous apparaît très important.

Et que pensez-vous de l'approche «people» du premier ministre Justin Trudeau, souvent accueilli comme une vedette. Le fait qu'il se plie au jeu des égoportraits, notamment, ça ne risque pas de lui faire perdre du sérieux?

Je ne pense pas, en politique on est là pour représenter des gens et une population. Le danger qu'on a c'est plutôt de se déconnecter de cette population. [...] Tout est fait, quand on devient ministre [...] pour que ça nous monte à la tête, mais c'est important qu'on garde cette humilité, qu'on garde ce lien. Je crois que le ton qu'on a lancé comme gouvernement et le ton de M. Trudeau comme premier ministre sont bien accueillis parce que pendant trop longtemps, il y a eu une déconnexion entre l'élite politique et la population.

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