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21/12/2015 20:45 EST | Actualisé 21/12/2016 00:12 EST

Les abattoirs français attendent encore les effets du salaire minimum allemand

La mise en place d'un salaire minimum en Allemagne il y a un an n'a pas résolu le problème de compétitivité des abatteurs français vis-à-vis de leurs collègues allemands, les premiers dénonçant une mise en oeuvre tardive et la non application aux travailleurs détachés.

Pour le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll, "entre l'Allemagne et la France aujourd'hui, si on intègre le pacte de responsabilité, on a rattrapé notre retard au prix horaire".

"Malheureusement rien n'a changé", assure cependant le président du syndicat des abatteurs Culture viande Pierre Halliez, car "le Smic allemand se met en place de manière très progressive".

La branche de l'industrie de la viande allemande a obtenu de pouvoir "reporter l'application en 2017 et de monter les salaires de façon très très progressive", explique-t-il.

Du coup, "ce ne sont pas les quelques dizaines de centimes qu'ils ont ajouté à leur grille de salaire qui changent grand-chose sur le coût global de la main d'oeuvre en Allemagne", selon M. Halliez.

D'autre part, la mise en place d'un salaire minimum n'a pas eu de conséquences importantes, car "il y a près de 80% de travailleurs détachés" dans les abattoirs allemands, déclare Guillaume Roué, président d'Inaporc qui rassemble les différents métiers du porcs (de l'alimentation animale aux charcutiers).

En effet, explique M. Halliez, "l'écart du coût de la main d'oeuvre entre la France et l'Allemagne ne tient pas seulement au niveau des salaires, mais surtout au niveau des charges sociales et celles des travailleurs détachés sont payées dans leur pays d'origine qui sont souvent des pays qui ont un très faible niveau de protection sociale", ce qui représente une "distorsion de concurrence".

Selon des hypothèses de l'Institut du porc (IFIP), le coût horaire moyen de la main-d'oeuvre des abattoirs allemands "resterait autour de 10 euros pour des abattoirs versant des rémunérations réelles très faibles (5 euros de l'heure) à des travailleurs détachés", alors que le coût du travail moyen serait en France de "20 euros de l'heure si l'on inclut 30% de charges patronales".

- Jusqu'à 70% de travailleurs détachés -

"La main d'oeuvre détachée atteindrait 30% de la masse salariale dans l'industrie allemande de la viande (de l'abattage-découpe jusqu'à la transformation), mais jusqu'à 70% dans certains abattoirs (notamment les plus importants en porc)", indique l'IFIP, citant une enquête du syndicat allemand des travailleurs de l'agro-alimentaire.

Cependant, si "le salaire minimum est un élément important, il ne faut pas tout miser dessus", estime le président de l'interprofession des viandes Interbev, Dominique Langlois.

"Pour l'amélioration de la compétitivité industrielle il faut s'engager beaucoup plus dans la recherche et développement pour essayer d'être le plus performant possible et valoriser les races" de vache à viande, soutient-il.

Pour M. Langlois, "il faut encourager la compétitivité par l'investissement", et notamment par l'automatisation.

"Il nous faut une main d'oeuvre très qualifiée, c'est important de garder ce savoir-faire, mais nous avons aussi des métiers de main d'oeuvre. On peut automatiser des tâches de manutention qui coûtent de l'argent et cela peut permettre de compenser", estime-t-il.

"C'est une voie possible sachant que si certains postes de l'abattage peuvent se prêter à la robotisation ce n'est pas du tout le cas de la découpe, or c'est indispensable de découper la carcasse pour valoriser la viande", soutient pour sa part M. Halliez.

Pour passer le cap, la filière porcine a donc demandé un dispositif de baisse des coûts salariaux de 25% "au moins le temps qu'on puisse retrouver de la compétitivité à plus long terme" et "régler le problème des travailleurs détachés", explique M. Halliez.

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