DIVERTISSEMENT
18/12/2015 06:10 EST | Actualisé 18/12/2015 06:17 EST

Ça joue dur dans «Les pays d'en haut» (VIDÉO/PHOTOS)

Un Séraphin d’apparence frêle qui nous couvre de frissons lorsqu’il siffle sa cruauté entre ses dents, une Donalda aussi fière et orgueilleuse que courageuse et passionnée, un curé Labelle à la fois doux comme un agneau et capable des plus grosses colères, des scènes de bagarre à profusion, des touches d’humour échappées ça et là : c’est un véritable bonbon que de découvrir ces Pays d’en haut, dont on entend abondamment parler depuis près d’un an.

On peut être pour ou contre l’idée de revisiter une nouvelle fois l’œuvre de Claude-Henri Grignon mais, avouons-le, la curiosité l’emportera assurément sur les scrupules le lundi 11 janvier prochain, à 21h, lorsque sera présenté le premier des dix épisodes de la saga, à Radio-Canada. Les plus enthousiastes seront ravis d’apprendre qu’une deuxième saison a déjà été commandée.

«Enfin!», avait-on le goût de s’écrier, lorsqu’a été lancé le visionnement de presse de la série co-produite par Sovimage et Encore Télévision, jeudi matin. Enfin, on aurait une idée d’à quoi ressemble la fresque, remaniée par l’auteur Gilles Desjardins et le réalisateur Sylvain Archambault, d’après les tout premiers écrits originaux du légendaire Grignon. Enfin, on saurait si Vincent Leclerc (Séraphin), Sarah-Jeanne Labrosse (Donalda), Maxime LeFlaguais (Alexis) et tous les autres sont crédibles dans leurs rôles. Enfin, on pourrait confirmer s’il était pertinent, ou pas, de réadapter ce classique de notre télévision pour en faire une version plus léchée et moderne, alors que les budgets au petit écran sont de plus en plus minces.

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Le verdict? Peu importe notre opinion sur l’aspect «résurrection» des Belles histoires des pays d’en haut devenues Les pays d’en haut, il faut reconnaître que le produit est diablement efficace, prenant et visuellement splendide. Ces Pays d’en haut valent assurément tout le tapage médiatique qui les a précédés.

Le contraire aurait été étonnant avec, derrière la caméra, un tandem comme celui de Desjardins et Archambault, deux maîtres qui nous ont entre autres offert, ensemble, l’excellent suspense Mensonges. Avant d’être une relecture d’une création déjà existante, Les pays d’en haut est d’abord une très bonne fiction d’époque, bien construite et bien jouée.

Un Séraphin nuancé

Sylvain Archambault a souligné avoir voulu miser sur le réalisme dans ses Pays d’en haut. D’abord dans les textes ; ne cherchez pas les Viande à chien et autres patois mythiques des Belles histoires, on les a complètement évacués des dialogues, justement dans un souci de vérité. Ensuite, dans l’apparence des personnages, qui ont les ongles aussi noirs que les dents jaunes. Et, enfin, dans les tabous sociaux, politiques et sexuels qu’on ose y étaler. Tabous des décennies 1800, en fait, que les premiers écrits de Claude-Henri Grignon, dont son roman Un homme et son péché, représentaient très bien, mais qu’on avait éliminés des premières adaptations radiophoniques et télévisuelles, pour ne pas ébranler les mœurs d’alors, des années 50 et 60.

Tout est cru et brut, pour ne pas dire sale, dans Les pays d’en haut. Et c’est aussi, souvent, très dur : les hommes règlent leurs comptes avec leurs poings et le sang gicle. Comme c’était réellement le cas dans les années 1800.

Le grand thème des Pays d’en haut, bien avant le triangle amoureux Séraphin-Alexis-Donalda, c’est la colonisation du Nord, en cette fin de 19e siècle, plus précisément en 1886. Le curé Labelle (Antoine Bertrand) martèle à qui veut l’entendre que l’avenir du Québec passe par un chemin de fer et par l’implantation de villes tant jusqu’à la baie d’Hudson que jusqu’au Manitoba, pour que cesse la domination des Anglais, plaide-t-il. Alors qu’Honoré Mercier (Jean Maheux) vient de remporter ses élections, il a bon espoir que son projet se concrétise.

Antoine Bertrand vole la vedette à chaque fois qu’il apparaît à l’écran. Aussi colérique lorsqu’il revendique son précieux chemin de fer qu’attendrissant lorsqu’il présente sa «mouman», l’homme règne sur son village comme un bon papa protecteur, mais attention, ne le faites pas fâcher!

Sarah-Jeanne Labrosse incarne une Donalda forte, autoritaire, pour ne pas dire toute-puissante par moments, qui dit ses quatre vérités autant à son téméraire Alexis, qu’elle voudrait bien voir s’établir sur une terre, pour mener une vie rangée à ses côtés, qu’à Séraphin, qui soupire devant elle, sans succès.

Un Séraphin qui fait peur, avec sa méchanceté savamment calculée, exprimée d’un ton de voix juste assez hargneux pour intimider, mais jamais exagéré. Un Séraphin, aussi, dont on découvrira les multiples nuances, qui n’est pas uniquement vil et sans âme. «Il est pas croche, mais il a le cœur dur comme de la roche», dira à son sujet le Père Laloge (Julien Poulin). L’arrivée de sa sœur Délima (Julie Le Breton) dans la maison qu’il habite avec son père, Évangéliste (Gaston Lepage) exposera d’autres facettes de cet insaisissable Séraphin, campé avec un talent extraordinaire par un Vincent Leclerc épatant.

Les deux premières heures placent lentement le contexte qui emmènera Donalda à vivre avec l’avare Séraphin, mais on imagine mal comment ce décidé petit bout de femme composera avec ce mariage imposé. En attendant, Séraphin trouvera le moyen de mener la vie dure à Alexis qui, lui, trouve un allié en la personne de l’Indien Bill Wabo (Marco Collin).

Un peu de légèreté

Les protagonistes secondaires occupent une place importante et s’avèrent plus attachants les uns que les autres. Le pauvre Méo (Bobby Beshro) devra se faire amputer d’une main à la scie, dans une image à glacer le sang, après un accident de drave avec Alexis. Le petit Siffleux (André Kasper), suit son père Méo et, à 11 ans, travaille aussi fort qu’un colosse ; il vous fera craquer, tout comme Jambe de bois (Roc Lafortune), avec ses drôles de légendes et sa grande générosité. Les Malterre, Jos (Claude Despins) et Caroline (Anne-Élisabeth Bossé), tenanciers de l’hôtel, sont amusants et ajoutent une touche de légèreté. Et c’est sans compter tous ces visages avec lesquels on renouera : Arthur Buies (Paul Doucet), Dr Cyprien (Roger Léger), Baby Mayfair (Amélie Grenier), Bidou Laloge (Rémi-Pierre Paquin)…

Le tournage des Pays d’en haut a eu lieu l’été dernier, au Village Canadiana, à Rawdon, dans Lanaudière. L’équipe aspire déjà à poursuivre l’aventure pendant plusieurs années.

Les pays d’en haut, le lundi, à 21h, à Radio-Canada, dès le 11 janvier 2016.

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