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17/12/2015 04:09 EST | Actualisé 22/12/2015 10:41 EST

Rona Ambrose, le conservatisme au féminin (ENTREVUE/VIDÉOS)

Rona Ambrose a géré huit portefeuilles ministériels différents depuis sa première élection au sein du Parti conservateur du Canada, en 2004. Maintenant chef par intérim de l’opposition officielle à Ottawa, la politicienne d’expérience s’est réservé le portefeuille de la Condition féminine. Un rôle qui prend tout son sens lorsqu’elle sourcille à la mention de la fameuse phrase « Parce que nous sommes en 2015 ».

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« Ce n’est pas que je sois contre la parité [hommes-femmes], se défend-elle. C’est que lorsqu’on crée un environnement où les femmes peuvent réussir, alors on n’a pas besoin de quotas. On espère ne pas avoir besoin de quotas. Je soutiens toutes les femmes du Parti libéral du Canada et je suis contente qu’elles aient hérité d’un rôle important – ou du moins, d’un rôle – mais je pense aussi que ce n’était pas nécessaire [pour Justin Trudeau] d’annoncer la parité en avance. »

"La réalité, c’est qu’une partie de la population féminine au pays pense que c’était un petit peu choquant."

« Nous voulons être compétitives, nous voulons l’emploi parce que nous le méritons. Nous ne voulons pas nous faire dire : "La raison principale pour laquelle tu es là, c’est parce que Justin Trudeau voulait un cabinet paritaire." »

Les conservateurs ont fait élire 17 femmes sur un total de 99 députés. Quatre d’entre elles ont tenté leur chance pour devenir chef par intérim, fait valoir Rona Ambrose. « Ils ont élu – ils n’ont pas nommé – une femme pour être leur chef et nous avons, potentiellement, cinq femmes qui veulent tenter leur chance pour la course à la direction du parti », vante la successeure de Stephen Harper.

Ambrose a annoncé qu’elle ne serait pas candidate à la direction du parti. Elle préfère rester chef par intérim pendant que la course se dessine, dans les prochains mois.

« Je pense que c’est un bon rôle pour moi. Je le crois vraiment. J’aime travailler en équipe et je suis très à l'aise à l’idée de partager les projecteurs avec d’autres bons leaders dans notre caucus afin qu’ils deviennent des candidats à la direction. »

Ambrose a nommé deux de ses députées au front pour affronter les têtes d’affiche mâles du cabinet Trudeau : Lisa Raitt, critique de l’opposition aux Finances, et Michelle Rempel, critique de l’Immigration. Mais ces nominations n’ont rien à voir avec la parité, dit leur chef. « Elles sont là parce qu’elles sont fortes », insiste-t-elle.

La bataille des sexes a tout de même créée quelques flammèches lors d’une période de questions à la Chambre des communes avant de partir pour les Fêtes. Interrogé à propos de l’arrivée des réfugiés syriens par Michelle Rempel, le ministre de l’Immigration John McCallum lui a répondu qu’elle devrait avoir l’air plus enjoué. Il s’est par la suite excusé pour son commentaire jugé sexiste.

Libertarienne et féministe

Rona Ambrose a appuyé une motion demandant la réouverture du débat sur l’avortement lorsqu’elle était ministre de la Condition féminine en 2012, ce qui lui a valu de nombreux appels à la démission. La chef dit qu’elle ne voulait pas revoir le statut légal du fœtus, mais plutôt discuter de la question des avortements sélectifs.

En entrevue avec le HuffPost, elle dit avoir voté selon sa conscience à ce moment-là, aux côtés de 85 autres députés qui ont appuyé la motion. Les conservateurs autorisent le vote libre pour des questions sensibles telles que le droit à l’avortement et le droit médical à mourir.

Malgré ses positions pro-vie, Rona Ambrose considère-t-elle qu’elle est féministe?

"Si être féministe veut dire que tu es pour l’égalité des hommes et des femmes et pour l’atteinte du plein potentiel des femmes, alors je suis fière de me considérer comme féministe."

« Même si certaines personnes croient que le terme est péjoratif », lance-t-elle avec un rire gêné.

La chef conservatrice s’implique dans la lutte contre la violence faite aux femmes depuis deux décennies, dit-elle. Sous l’ex-premier ministre Stephen Harper, elle a milité pour la santé maternelle et des enfants à travers le monde, sans toutefois toucher au droit à l’avortement dans les pays en développement.

Ambrose a aussi proposé et a fait adopter la résolution du Canada aux Nations unies pour créer la Journée internationale de la Fille, le 11 octobre de chaque année, afin de lutter contre la discrimination, la violence et les mariages d’enfants.

Au niveau local, elle amasse des dons depuis plusieurs années pour le Shoebox Project, un organisme mis sur pied par Caroline Mulroney pour les femmes vivant dans les refuges.

Rona Ambrose, qui se décrit comme « libertarienne », déplore le fait que son parti se soit éloigné des jeunes électeurs, mais aussi des femmes. « Les valeurs fondamentales et les politiques de base de notre parti, comme les libertés individuelles et l’autosuffisance, sont des choses qui devraient interpeller les jeunes et les femmes – qu’elles soient des femmes de carrière ou des femmes qui restent à la maison avec leurs enfants. »

Oui à l’enquête

Aussitôt arrivée en poste, Rona Ambrose a appuyé l’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées, idée rejetée maintes fois par l’ancien chef conservateur Stephen Harper.

Ce sont les familles des victimes qui ont fait pencher la balance, dit la chef de l’opposition, puisqu’ils auront la possibilité de s’exprimer enfin et de faire partie de la solution – ce que le système de justice ne permet pas.

Mais si elle appuie l’initiative du gouvernement Trudeau, elle le met toutefois en garde : l’enquête ne doit pas devenir un frein à l’action.

"Je ne veux pas qu’ils cessent d’agir. [L’ancien gouvernement a] investi beaucoup d’argent, mais nous devons en investir encore plus."

« Je veux m’assurer que ceci n’est pas une enquête qui dure 10 ans, renchérit Rona Ambrose. Il faut prendre le temps de faire ce qu’il faut et donner une voix aux familles. C’est vraiment important. Et nous devons ensuite passer à l’action. »

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