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Cinq ans après le printemps arabe, terrorisme et guerre persistent

Cinq ans après l'immolation d'un jeune homme en Tunisie qui a déclenché le printemps arabe, certains pays qui ont répondu à l'appel de la révolution sont toujours en proie à la guerre et à la menace terroriste.

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid en Tunisie, un jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, s'immolait par le feu en pleine rue pour protester contre le coût de la vie et le fort taux de chômage.

Son geste, tragique, symbolisant la misère quotidienne, allait déclencher un mouvement de protestation sans précédent, qu'on appellera printemps arabe et dont le premier acte aura été tunisien.

À la mi-janvier, sous la pression populaire, le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, abdiquait et prenait la fuite en Arabie saoudite, devenant le premier dirigeant d'un pays arabe à quitter le pouvoir sous la pression populaire.

Puis, les révolutions s'enchaînent

À la suite des événements de Sidi Bouzid, de vives tensions voient le jour dans les pays arabes du pourtour méditerranéen.

Tout juste après le départ de Ben Ali, c'est le peuple égyptien qui provoque à son tour la chute de son dirigeant, Hosni Moubarak, après 18 jours de révolte faisant quelque 850 victimes.

Les Frères musulmans, pourtant en retrait lors des manifestations contre Moubarak, obtiendront le pouvoir par les urnes en 2012, avant que l'armée ne rétablisse éventuellement l'autorité qu'elle exerçait par l'entremise de Moubarak en reprenant le contrôle du pays à l'été 2013.

En Syrie, les protestations contre le régime de Bachar Al-Assad s'amorcent en mars 2011. Les manifestants sont brutalement réprimés et la situation dégénère en guerre civile entre forces rebelles et gouvernementales.

Des groupes djihadistes, tels que le Front Al-Nosra, Al-Qaïda, ainsi que le groupe armé État islamique (EI), viennent rapidement compliquer l'équation, s'en prenant aussi bien à Bachar Al-Assad qu'aux rebelles. Depuis, le conflit syrien a fait plus de 250 000 victimes et des millions de réfugiés.

À l'automne 2011, des protestations s'étant transformées en conflit armé en Libye mènent à la mort de leur dirigeant, Mouammar Kadhafi, tué par des rebelles à Syrte. Depuis, le pays est morcelé et chaotique à la suite de la prise de la capitale par des milices islamistes, dont l'EI qui a profité de la crise pour s'y implanter.

Dans la foulée des protestations populaires, un mouvement est aussi déclenché par des opposants chiites à Barheïn en 2011, résultant en des révoltes sporadiques.

Depuis, le gouvernement sunnite bahreïni enferme impunément les manifestants chiites avec l'aide militaire de l'Arabie saoudite.

Au Yémen, c'est en février 2012 que le dirigeant Ali Abdallah Saleh est délogé du pouvoir après un an de fortes contestations. Deux ans plus tard, des rebelles chiites houtis tentant de s'emparer de vastes régions du pays sont contrés par une coalition arabo-sunnite, résultant en un conflit qui a fait près de 6000 victimes jusqu'à aujourd'hui. Le pays est aussi le théâtre de fréquentes attaques terroristes, perpétrées par l'EI et Al-Qaïda.

La Tunisie en route vers la démocratie

Le printemps arabe, au-delà d'une colère commune, a ainsi connu des destins fort différents, selon les pays où il a fleuri.

Si la Tunisie n'a pas connu le destin tragique de la Libye ou de la Syrie, il demeure qu'après la chute de Ben Ali, la transition ne s'est pas faite sans heurts.

Après que le mouvement islamiste Ennahda eut remporté la majorité des sièges de l'Assemblée lors des premières élections libres du pays, des groupes islamistes radicaux s'échauffent.

Le mouvement Ennahda quitte le pouvoir après l'adoption d'une Constitution en 2014 suivant une crise politique marquée par les meurtres d'un opposant anti-islamiste et d'un député tunisiens, tous deux revendiqués par l'EI.

Un nouveau chef d'État tunisien, l'anti-islamiste Béji Caïd Essebsi, est élu en octobre 2014. Il est le premier chef d'État tunisien élu démocratiquement au suffrage direct.

L'insécurité financière après la révolution

« La révolution? Voilà ce qu'elle m'a apporté », déclare Nessim, un Tunisien de 20 ans, montrant ses poches vides sous les rires de ses amis. « Les études ne mènent plus à rien. Alors tu as le choix entre une filière professionnelle et devenir maçon. Dans les deux cas, tu seras toujours méprisé par la société », poursuit le jeune homme.

Les tourments de la Tunisie se sont répercutés sur son économie. Le taux de chômage dépasse 15 %, allant jusqu'à 32 % pour les jeunes diplômés. À Sidi Bouzid, environ 30 % des 50 000 habitants sont chômeurs.

La liberté acquise avec la révolution, « c'est bien, mais ça ne nous donne pas de quoi manger », insiste une quinquagénaire qui vend des vêtements usagés au marché.

Mohamed Azri, un agriculteur, n'est pas le seul à regretter l'ère de l'ancien dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. « Je ne glorifie pas la personne, mais on est obligé de le constater : c'était mieux avant », dit-il.

Le gouverneur de Sidi Bouzid, Mourad Mahjoubi, comprend cette déception. « Le citoyen a raison », dit-il. Il affirme avoir fait la révolution à cause de l'inégalité entre les régions, mais il ne voit toujours pas de « changement ».

« Mais il faut aussi prendre en compte les circonstances exceptionnelles de l'après-révolution », indique M. Mahjoubi à l'AFP.

Il explique que jusqu'à récemment, « on gérait le quotidien. Il était impossible de planifier et le niveau des revendications était très haut. [...] Cette année, on a recommencé à prévoir sur le court, moyen et long terme », poursuit-il.

La menace terroriste plane toujours

La menace terroriste s'ajoute à la crise économique en Tunisie. En 2015, trois attentats majeurs revendiqués par l'EI, opérant depuis la Libye, ont frappé le pays.

Le 18 mars dernier, 21 touristes et un policier tunisien ont été tués dans un attentat au musée du Bardo à Tunis. Peu après, en juin, un attentat à l'hôtel Riu Imperial près de la ville de Sousse a fait 38 victimes, dont 30 Britanniques. Plus récemment, le 24 novembre, un attentat-suicide à Tunis a fait 12 morts, tous membres de la garde présidentielle.

De plus, le mois dernier, un jeune berger de 16 ans a été décapité sur le mont Mghilla, près de Sidi Bouzid. Des djihadistes de l'EI l'accusaient d'être un informateur et ont obligé le cousin du jeune homme à ramener sa tête à sa famille.

« Il était mon soutien et le terrorisme me l'a pris », raconte sa mère Zaara, qui vit dans une grande pauvreté à Daouar Slatniya, au pied du mont Mghilla. « Nous avons peur, mais nous ne partirons pas », soutient Jilani Soltani, un des frères du jeune berger.

Ce dernier a demandé un permis de port d'armes suite à l'attentat perpétré contre son frère. Il veut « se défendre si les terroristes descendent jusqu'aux maisons ».

Les attaques djihadistes ont augmenté en flèche au pays depuis 2011. Notamment, celles perpétrées par le groupe Okba Ibn Nafaâ, lié à Al-Qaïda.

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