POLITIQUE
15/12/2015 10:52 EST | Actualisé 16/12/2015 12:10 EST

Pensionnats autochtones: la Commission publie son rapport final (VIDEO)

Génocide physique, biologique et culturel : tel est l'implacable constat des pensionnats autochtones que dressent les auteurs du volumineux rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Ce document-clé, qui est déposé en ce moment même, s'intitule « Honorer la vérité, réconcilier pour l'avenir ».

Ce constat de génocide a été tracé par les commissaires, parmi eux Marie Wilson qui a accordé une entrevue à ICI Radio-Canada Première tout juste avant le dépôt officiel du rapport. « On n'a pas choisi ces mots légèrement », dit-elle.

Le rapport compile et résume des milliers d'heures de témoignages recueillis dans plus de 300 communautés, sur une période de six ans. Ces témoignages déchirants proviennent de plus de 6000 femmes et hommes autochtones qui ont survécu aux abus perpétrés dans les pensionnats autochtones.

La commissaire Wilson affirme avoir personnellement entendu quelque 2000 témoignages. Et elle a pu constater qu'ils se recoupaient, notamment en ce qui a trait au fait qu'on empêchait les jeunes pensionnaires autochtones de parler leur langue maternelle. Et les propos des survivants des pensionnats faisaient tous état de privations, peurs, abus, humiliations, éducation minable, etc. « Tous ces thèmes se répétaient à maintes reprises », dit Marie Wilson.

Mme Wilson affirme que, bien que les abus cités étaient nombreux, chaque témoignage additionnel en mettait en lumière de nouveaux. La commissaire compare ce qu'ont vécu les victimes des pensionnats autochtones à une situation de violence familiale, dans laquelle certains des membres exercent un pouvoir indu sur les autres, où on est forcé de garder secret ce qui s'y passe tout en donnant à l'extérieur « l'impression que tout va bien ».

« Ça s'est répété sur les autres générations. C'est pour ça qu'il faut s'insérer comme société, comme gouvernement, pour que ça arrête. »

— Marie Wilson

Il est estimé qu'au cours du dernier siècle, environ 3200 enfants sont morts de tuberculose, de malnutrition et d'autres maladies résultant des conditions de vie pitoyables qui sévissaient dans les pensionnats autochtones.

Entre la fin du 19e siècle et 1996, année où a fermé, près de Regina, en Saskatchewan, le dernier pensionnat, environ 150 000 enfants indiens, inuits ou métis ont été retirés de leur famille pour être envoyés de force dans des écoles religieuses, une pratique que la Commission a qualifiée d'« outil central d'un génocide culturel ».

De 1941 à 1945, par exemple, le taux de mortalité des élèves autochtones était presque cinq fois plus élevé que le taux de mortalité général des écoliers canadiens.

« Dans cent ans, les enfants de nos enfants ainsi que leurs enfants doivent connaître et se souvenir de cette histoire, car ils hériteront de la responsabilité de veiller à ce que cela ne se reproduise pas. »

— Le juge Murray Sinclair, président de la Commission de vérité et réconciliation du Canada

En juin dernier, M. Sinclair avait publié dans son rapport préliminaire une liste de 94 recommandations, qui vont d'un plus grand financement pour l'éducation des Premières Nations, à une meilleure protection de leurs langues, en passant par de véritables enquêtes sur les femmes autochtones assassinées ou disparues.

En campagne électorale, le premier ministre Justin Trudeau avait promis de toutes les appliquer, sans exception.

« Avoir un gouvernement qui prend ça au sérieux, c'est une question de dignité nationale », conclut pour sa part Marie Wilson.

« Les pensionnats avaient pour but de séparer les enfants autochtones de leur famille afin de limiter et d'affaiblir les liens familiaux et culturels et d'endoctriner les enfants pour qu'ils adhèrent à une nouvelle culture, à savoir la culture dominante sur le plan juridique [...] »

— Extrait de l'introduction du rapport de la Commission vérité et réconciliation du Canada

Créée et mise sur pied dans la foulée de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, qui a permis de régler les recours collectifs, le rapport de la Commission de vérité et réconciliation s'échelonne sur plusieurs volumes. Il complète le mandat du juge Murray Sinclair, qui présidait la Commission, du commissaire en chef Wilton Littlechild et de la commissaire Marie Wilson.

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