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14/12/2015 10:12 EST | Actualisé 15/12/2015 06:32 EST

L'accord de Paris est presque muet sur le sort des océans, selon le biologiste Jean Lemire (ENTREVUE/VIDÉO)

Historique. Émouvant. Contraignant. L’explorateur Jean Lemire ne manque pas de mots pour décrire l’entente globale de lutte contre les changements climatiques adoptée par 195 pays à Paris samedi soir. Le biologiste, qui revient tout juste de cette conférence marquante, admet toutefois être déçu du peu de place accordé aux océans dans le texte.

«Ouf!» laisse tomber Jean Lemire en poussant son chariot rempli de bagages alors qu’il sort de l’aéroport de Montréal, accompagné du Huffington Post Québec. Celui qui est aussi ambassadeur honorifique de la vague verte des Nations unies a encore la tête pleine après avoir participé activement à cette très éprouvante Convention-cadre. Retour en questions-réponses sur deux semaines qui ont le potentiel de (peut-être) changer le sort de la planète…

Vous avez déclaré être très inspiré par ce premier accord global sur les changements climatiques. Mais y a-t-il des bémols?

Eh bien j’aurais aimé qu’on y parle des océans. Qu’on mette plus l'accent sur le fait que ce sont des puits de carbone fantastiques et donc qu’il faut accélérer et accentuer la protection des océans. Il y a quand même [dans l’accord] un article spécifique dédié aux forêts, j’aurais aimé ça en voir un sur les océans. Mais bon, c’est un point de vue personnel et biaisé…

Outre cet aspect, que pensez-vous de l’accord?

C’est vraiment une entente historique, et le mot n’est pas trop fort. Et contrairement à ce que certains observateurs avancent, il est bel et bien contraignant.

Dans quel sens?

Les pays se sont engagés à revoir leurs cibles et leurs engagements tous les cinq ans. Ils doivent rendre des comptes. C’est une obligation d’amélioration. L’Organisation des Nations unies effectuera le suivi, les pays devront se plier à un processus d’évaluation de leurs efforts. Cet engagement est le plus crucial.

Plusieurs environnementalistes disent que l’accord est insuffisant, entre autres parce qu’aucune cible n’est clairement établie et qu’il n’y a pas d’assurance dédommagement pour les pays qui ressentent déjà les effets climatiques…

Oui il y aurait pu y avoir des éléments à cet effet dans le texte, mais si ça avait été le cas, le gouvernement américain de Barack Obama aurait dû les soumettre au Congrès, qui est dirigé par les républicains, et l’accord n’aurait jamais été accepté. Il faut comprendre que toute la formulation légale très délicate de l’entente (et l’omission de cibles précises de diminution de gaz à effet de serre) a surtout servi à s’assurer que le président américain réussirait à faire accepter l’accord sans avoir à passer par le Congrès.

Jean Lemire a remis aux dirigeants venus à la COP21 des dessins de la Terre confectionnés par des enfants de partout dans le monde. Sur la photo, le politicien et homme d'affaires américain Al Gore tient un croquis.

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Mais donc, sans cible ni solution précises, est-ce que cet accord sera vraiment utile?

Oui c’est sûr. Ça lance un signal très très fort aux dirigeants politiques de la planète, mais aussi à ceux du monde des affaires. Plusieurs grands fonds internationaux, et aussi des gens du monde de la finance se sont engagés, durant le sommet, à investir massivement dans les énergies renouvelables et à délaisser le pétrole.

Pensez-vous sincèrement que les États réussiront vraiment à maintenir l’augmentation de la température «bien en dessous des 2°C par rapport aux niveaux préindustriels», tel que convenu dans l’accord?

C’est très difficile à atteindre, car le réchauffement planétaire est déjà bien engagé. Mais s’ils révisent tous leurs objectifs et passent à l’action, c’est possible… […] Mais ce qui est sûr, c’est que plus il y aura d’évènements extrêmes sur le plan de la météo, plus on risque de voir les gens agir. On dirait qu’il faut des catastrophes pour qu’on agisse.

Pensez-vous que le gouvernement Trudeau fera le nécessaire dans cette bataille contre le temps?

Je suis obligé d’avoir confiance, car j’ai vu la ministre de l’Environnement à Paris, Catherine McKenna, et c’est très encourageant. Mais il va falloir être ambitieux. On ne peut pas prétendre l’être sur la scène internationale et ne pas le faire ici.

Des milliers de militants rassemblés devant la tour Eiffel durant la conférence de Paris sur le climat.

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