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10/12/2015 08:07 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

Matteo Renzi: les bombes en Syrie ne suffisent pas

Les bombardements contre l'organisation Etat islamique (EI) ne suffisent pas à faire face à la menace terroriste, qui n'est pas née seulement en Syrie mais aussi dans les banlieues européennes, a jugé jeudi le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.

"On ne peut plus se fier à des réactions instinctives et émotives", a déclaré M. Renzi en inaugurant "Rome Med 2015", une conférence internationale sur la Méditerranée. "Penser battre notre ennemi en allant le frapper loin de nos maisons, c'est refuser de voir la réalité en face".

Car tous les attentats commis en 2015 en Europe l'ont été "par des citoyens qui ont grandi dans nos banlieues, qui ont été éduqués dans nos écoles, qui ont partagé avec nos enfants les mêmes matches de football", a-t-il expliqué.

M. Renzi a déjà plusieurs fois relativisé l'efficacité des opérations militaires si elles ne sont pas assorties d'une stratégie à long terme.

Estimant que la culture était aussi une arme efficace contre le terrorisme et l'islam radical, il a annoncé fin novembre une enveloppe de 500 millions d'euros en faveur des banlieues italiennes et jugé que pour chaque euro supplémentaire dépensé en matière de sécurité, un euro devait également être dépensé pour la culture.

"La radicalisation est d'abord l'expression pathologique d'une crise identitaire dont souffrent aussi les pays européens", a encore dit M. Renzi.

Un point de vue partagé par l'universitaire français Gilles Kepel, spécialiste de l'islam, qui a posé lors d'un premier débat la question de la pertinence de la guerre en Syrie pour en finir avec l'EI.

"Pourquoi continuer à bombarder alors que cela ne sert pas à grand-chose", a déclaré M. Kepel. "Ce n'est pas en disant +guerre, guerre+ qu'on résout quoi que ce soit".

"Il faut des actions militaires", a rétorqué Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française. Si la France n'était pas intervenue militairement au Mali, "nous aurions aujourd'hui un Etat terroriste en Afrique".

"Et qu'on ne vienne pas me dire qu'avec 30.000 ou 40.000 combattants, Daesh (acronyme arabe de l'EI) ne peut pas être vaincu par une coalition internationale", a-t-elle ajouté.

Sur la lutte nécessaire contre la radicalisation dans les banlieues, la réponse des gouvernements ne peut être que limitée, a jugé Mme Guigou. C'est à la société civile, y compris la communauté musulmane, de "bâtir un autre discours", a-t-elle insisté.

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