NOUVELLES
10/12/2015 01:45 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

Le régime syrien tente de colmater une économie en ruine

En taxant les chawarmas, les populaires sandwichs de viande, ou les chaises de restaurant, le régime syrien racle les fonds de tiroir pour colmater une économie moribonde après quatre ans de guerre qui l'ont privé de quasiment tous ses revenus.

L'augmentation de la taxe sur le chawarma, le plat traditionnel levantin, ne passe pas inaperçue pour les Syriens de la rue.

"La semaine dernière, j'ai dû payer mon chawarma 220 livres syriennes (LS) au lieu de 200 et le restaurateur m'a expliqué qu'il y avait une nouvelle taxe de 10% pour 'la reconstruction', imposée sur chaque sandwich", témoigne Tahsine, un fonctionnaire de 50 ans, habitant Damas.

Désormais tout est bon à taxer pour le gouvernement, qui a ainsi imposé un impôt mensuel de 500 à 1.000 LS sur les locations d'appartements ou de locaux commerciaux. Les restaurateurs doivent en outre payer une taxe en fonction du nombre de chaises dans leur établissement.

Par ailleurs, le prix du pain, qui était subventionné, a augmenté à trois reprises en 2014, ainsi que ceux de l'eau et de l'électricité.

Ces rentrées d'argent sont indispensables pour le régime qui a vu ses recettes se réduire comme peau de chagrin.

"Il dispose de moins en moins de devises, les recettes se sont taries, l'effort de guerre se fait plus lourd et ses deux principaux bailleurs de fonds, la Russie et l'Iran, connaissent leurs propres difficultés financières", explique à l'AFP Jihad Yazigi, rédacteur en chef de l'hebdomadaire économique en ligne The Syria Report.

La preuve la plus tangible de cette décrépitude est la chute de la monnaie: le dollar s'échange aujourd'hui à 390 LS contre 240 LS il y a un an, et la majorité des changeurs à Damas le prévoient à 500 LS en début d'année prochaine.

Au début de la révolte en 2011, la Banque centrale affirmait détenir 18 milliards de dollars de réserves, mais celles-ci ont fondu sans que les économistes ne sachent ce qui en reste.

Cette chute a été légèrement compensée par l'aide des alliés, notamment l'Iran, qui a accordé depuis 2011 une ligne de crédit de 5,5 milliards de dollars, mais la Russie a refusé en novembre 2014 d'accorder un prêt d'un milliard de dollars.

- L'or noir ne rapporte plus -

Le régime a perdu l'une de ses principales sources de revenus avec la prise de contrôle par le groupe Etat islamique (EI) de la majorité des champs pétroliers.

Affectée aussi par les sanctions internationales, la production d'or noir a chuté à 9.688 barils/jour contre 380.000 avant la crise, et celle de gaz à 12 millions de m3/jour contre 27.

Ainsi, les pertes directes et indirectes dans le secteur pétrolier et gazier s'élèvent à 58 milliards de dollars, a récemment affirmé au Parlement le ministre du Pétrole et des ressources minières Soulmeimaine al-Abbas.

Plombé aussi par les pertes de revenus dans la production de phosphates et le tourisme, le projet de budget 2016 présente un déficit de 31% par rapport aux dépenses, quasiment comme en 2015.

Le gouvernement a donc décidé de couper davantage dans les dépenses. Il a demandé aux administrations de restreindre de 30% leur consommation d'énergie pour le chauffage, et de mettre fin "autant que possible" aux contrats des milliers d'intérimaires.

- 'L'avenir est sombre' -

De plus, la compagnie publique de télécommunications, qui a le monopole des lignes fixes, a doublé le prix de l'abonnement pour ses 4,5 millions d'abonnés, ce qui devrait théoriquement rapporter à l'État 10,8 milliards de LS (308 millions de dollars).

Mais, comme le note The Syria Report, ce montant sera moins élevé en raison du mauvais état du réseau, qui était déjà à 40% endommagé fin 2013 selon le ministre des Télécommunications.

Pour limiter la sortie de devises, l'Etat a décidé d'accorder en priorité des licences d'importation aux matières premières nécessaires à la fabrication de produits laitiers, conserves, médicaments, détergents et textiles.

En Syrie, tout importateur doit obtenir du ministère de l'Economie une licence temporaire avant éventuellement d'obtenir des devises à un taux préférentiel.

"L'avenir est sombre. L'Etat sera obligé de comprimer encore plus ses dépenses. Comme il ne lui est pas possible de toucher aux dépenses militaires, il va couper dans les services publics, ne pas réparer ce qui est endommagé et les gens vont devenir de plus en plus pauvres. Ils entameront de plus en plus leur épargne et beaucoup vont chercher à émigrer", averti Jihad Yazigi.

De ce fait, la délivrance de passeports, dont le prix a fortement augmenté, est devenue l'une des principales sources de devises du pays avec 520 millions de dollars depuis le début de l'année, selon le ministère de l'Intérieur.

bur/sk/jri