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10/12/2015 18:00 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

Le marathon pour un accord mondial sur le climat touche à sa fin

Vendredi sera-t-il une journée historique pour le climat ? L'accord universel tant attendu contre le réchauffement de la planète semblait à portée de main, à condition d'aplanir les ultimes divergences sur plusieurs points clé.

Le président de la COP21, Laurent Fabius, espère "être en mesure de proposer" vendredi "le texte ambitieux qui permettra un accord universel et contraignant sur le climat", pour une adoption directe en séance plénière, à l'issue de 11 jours de discussions.

S'apprêtant à passer une deuxième nuit blanche, les représentants de 195 pays réunis au Bourget discutaient âprement d'un projet d'accord "amélioré", nouvelle base de négociations qui leur avait été soumise jeudi soir.

"Nous sommes extrêmement proches du but" et "il est temps de conclure", leur a lancé Laurent Fabius, alors que la COP21 se termine en principe vendredi à 18H00 (17H00 GMT).

"Il reste à faire les derniers mètres et comme dans un marathon, ce sont souvent les derniers mètres qui sont les plus compliqués", a-t-il ajouté.

Le texte sur lequel planchent les délégués "tranche sur plusieurs options" mais "quelques points spécifiques restent entre crochets" et ne sont donc toujours pas réglés, a indiqué M. Fabius. Il s'agit des "plus complexes", a-t-il reconnu, citant "la différenciation (le partage des efforts entre pays développés et les autres, ndlr), les financements et l'ambition" de l'accord.

Selon un négociateur européen, le secrétaire d'Etat américain John Kerry, aperçu dans les couloirs vers 02H00 du matin, a défendu en séance le projet d'accord, estimant qu'il "reflétait bien le principe de différenciation".

Le texte a été accueilli plutôt favorablement par les ONG qui ont cependant émis des réserves.

"Il est clair que les vraies négociations ont enfin commencé. Il y a eu des progrès importants sur de nombreux sujets, avec un texte soigneusement équilibré", estime Jennifer Morgan, du World resources Institute.

- 'Bonne volonté' -

Les ONG sont satisfaites de voir figurer dans le projet une limite du réchauffement maximal de la planète "bien en-deçà" de 2°C par rapport au niveau préindustriel, et que soit mentionnée "la poursuite des efforts pour limiter la hausse à 1,5°C".

Cette limite de 1,5° est une revendication d'une centaine de pays, en particulier des Etats insulaires, menacés de disparition par la hausse du niveau des océans.

Le ministre des Affaires étrangères des îles Marshall, Tony de Brum, s'est d'ailleurs réjoui: si cette disposition figure dans l'accord, "je serai en mesure de rentrer chez moi et de dire à mon peuple que notre chance de survie n'est pas perdue", a-t-il déclaré.

Sur l'ambition de l'accord, les ONG sont plus négatives, jugeant les dates de révision des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre des Etats "trop tardives" pour respecter la limite des 2°C.

Pour Pascal Canfin, expert auprès du WRI, c'est "le principal point faible" du projet, car "les dispositifs pour rehausser l'ambition avant 2025 ne sont pas assez contraignants".

Les pays se sont entendus en 2009 sur l'objectif de +2°C mais leurs engagements pour limiter les émissions, pris en vue de la COP21, conduisent la planète vers un réchauffement de +3°C.

Côté finances, le projet d'accord va clairement dans le sens des pays du Sud. Il précise en effet que l'enveloppe de 100 milliards de dollars par an que les pays riches ont promis de leur verser d'ici 2020 est un "plancher" et que ces pays présenteront "périodiquement" des "objectifs quantifiés".

Comme tous les délégués, la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, s'attendait à "une très longue nuit" de tractations.

Selon elle, "il y a toujours beaucoup de bonne volonté" parmi les délégués. "Il y a des positions divergentes, mais les compromis devront être réalisés", a-t-elle dit à la presse.

"Surtout, les gens ne veulent pas que Paris soit un autre Copenhague", souligne-t-elle, en référence à la conférence climatique qui avait échoué en 2009 à conclure un accord universel sur le climat.

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