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10/12/2015 01:34 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

L'Espagne veut retrouver son leadership sur les renouvelables

Un temps championne des énergies renouvelables, l'Espagne veut rattraper le terrain perdu pendant les années de crise, au moment où les responsables politiques réunis à Paris tentent de parvenir à un accord pour limiter le réchauffement climatique.

Avec 300 jours de soleil par an, des régions balayées par les vents et des aides publiques généreuses, le pays était devenu en 2007 et 2008 un leader dans le photovoltaïque et l'éolien. Mais la crise a mis un sévère coup de frein à ce développement.

Jorge Puebla, pompier de 41 ans, a vécu de près ce reviremment. "Ils ont ruiné ma vie", raconte-t-il. En 2007, il a investi avec sa femme un million d'euros dans une ferme solaire en Castille et Leon (ouest). Ce père de deux enfants emprunte alors 800.000 euros à la banque, hypothèque sa maison pour apporter les 200.000 euros restants et ses parents se portent caution.

Jusqu'en 2011, l'Etat lui rachète son électricité à 44 centimes d'euros par kilowattheure garantis pendant 25 ans, ce qui devait lui permettre de rembourser sans encombre ses échéances mensuelles de 8.400 euros.

Mais le gouvernement socialiste de l'époque, englué dans une grave crise économique, n'a pas tenu promesse, réduisant progressivement ces rachats d'énergie subventionnés destinés à lancer une technologie balbutiante. L'arrivée au pouvoir des conservateurs fin 2011 a ensuite porté un coup supplémentaire au secteur.

"Tout ce qui existait disparu du jour au lendemain", regrette Jorge Puebla, qui doit aujourd'hui compter sur ses trois frères et sa soeur pour payer les 3.000 euros de prêt mensuel non couvert par sa production électrique.

Les changements législatifs ont entraîné "des baisses de revenu de 15 à 50%" selon les installations photovoltaïques, indique José Donoso, directeur général de l'Union espagnole photovoltaïque.

Le secteur a perdu 35.000 emplois depuis 2008 et ne compte plus que 5.000 salariés, selon lui.

- une industrie au point mort -

Un reviremment brutal pour les quelque 62.000 particuliers qui avaient investi dans l'énergie photovoltaïque, au point mort avec seulement 22 megawatts de puissance installés en Espagne en 2014, contre 2.270 MW en Grande-Bretagne.

Le secteur éolien est aussi exangue: la branche a perdu la moitié de ses emplois en huit ans et aucune nouvelle installation n'a été rapportée en 2015.

"Le changement de régulation depuis 2008 a été très négatif pour toute l'industrie", critique Carlos Garcia, spécialiste des énergies renouvelables à l'école de commerce IE Business school.

Il pointe du doigt "les pressions" exercées par les entreprises d'énergies traditionnelles (charbon, gaz, nucléaire, thermique etc) pour "stopper le développement des renouvelables".

"2015 marque le point le plus bas dans le développement des renouvelables au cours des vingt dernières années en Espagne", ajoute Heikki Willstedt, directeur des politiques énergétiques de l'Association des énergies éoliennes.

Les particuliers et des PME ne sont pas les seuls à souffrir. Le géant Abengoa, qui compte plus de 27.000 salariés, présent dans le solaire et l'éolien, est au bord du dépôt de bilan. Selon les spécialistes du secteur, sans être la cause principales de ses déboires, la baisse des subventions ne l'a pas aidé.

"L'Espagne doit rattraper le temps perdu et remplir ses objectifs pour 2020"; consommer 20% d'énergie renouvelable en 2020, contre 15% actuellement, estime Heikki Willstedt.

L'enjeu est d'autant plus important que le pays est très dépendant des importations d'énergie, à la fois du pétrole, du gaz et de l'électricité.

Pour Carlos Garcia, le gouvernement issu des élections législatives du 20 décembre devra changer de politique.

La priorité est d'en finir avec l'insécurité juridique générée par les changements de loi successifs, qui effrayent les investisseurs, réclament en coeur les différents acteurs interrogés.

Les conservateurs du Parti populaire (PP) au pouvoir ont promis un plan de relance du secteur éolien et le chef du gouvernemement Mariano Rajoy a promis lors de la COP21 à Paris "une loi de changement climatique" s'il est réélu, après avoir longtemps accusé les énergies renouvelables de coûter trop cher.

La force du secteur en Espagne est d'avoir su conserver "des entreprises avec un savoir-faire très important" qui ont traversé la crise en se développant à l'international, surtout en Amérique latine, assure Carlos Garcia, en évoquant l'exemple du fabriquant d'éoliennes Gamesa.

L'Espagne est encore le cinquième producteur mondial d'éoliennes et le troisième exportateur.

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