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10/12/2015 06:05 EST | Actualisé 10/12/2015 06:05 EST

3e conte de Fred Pellerin avec l'OSM : des extraits de lumière et de grandeur (CRITIQUE/PHOTOS)

Pamela Lajeunesse

L’enflure imaginaire de Fred Pellerin, l’intensité de Kent Nagano, la splendeur de l’OSM, la fine touche de René Richard Cyr et le caractère sacré de la Maison symphonique sont réunis pour une troisième année consécutive afin de présenter un conte musical inédit, Il est né le divin enfin!, où l’improbable rend le réel plus soutenable, pendant que l’ombre glorifie la lumière.

Des teintes de rouge illuminent le mur derrière les musiciens et des éclairages dorés décorent les tuyaux de l’orgue, lorsque maestro Nagano entame la soirée avec l’ouverture d’Egmont de Beethoven. Une atmosphère solennelle s’installe, le hautbois concentre notre attention, des intervalles doucereux et dramatiques laissent poindre une tempête de flocons fous dans les airs.

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Le plus célèbre citoyen de Saint-Élie-de-Caxton fait alors son entrée sur scène, habillé de jeans, d’un t-shirt noir et d’un veston bordeaux, offrant un contraste amusant avec les tenues de soirée des musiciens et de leur chef, signe de la réunion iconoclaste, mais ô combien savoureuse, de leurs univers.

Étant donné que l’année 2015 tire à sa fin, le conteur revient sur les célébrations du 150e anniversaire de son village, fondé en 1865. Tout cela, bien sûr, si on fait abstention de 1922, une année qui a passé dans le beurre, raconte-t-il un sourire en coin!

Il n’en faut pas plus pour transporter le public, attentif et hilare, à une époque où la municipalité avait un curé de seconde main et une femme « populeuse », génitrice et maman de 473 enfants. Le dernier – ayant été porté pendant 20 ans, question d’éviter un énième enfantement – est venu au monde sous le nom d’Ésimésac Gélinas, avec une charpente rappelant celle de Louis Cyr.

Troublé de se savoir sans ombre, le jeune homme rendra visite à sa marraine sorcière et écopera d’un bout d’ombre en forme de gland (d’arbre), sous les airs de la Symphonie no 1 en do mineur de Brahms. Le mystère plane et grandit, avant de dévoiler des pointes de magie orchestrées par les flûtes, les hautbois et les violons.

Seules deux pièces ont été interprétées et déjà, les visages sont émus, les oreilles sont ravies et les cœurs sont conquis.

Vient alors l’année de la grande sécheresse, alors que les habitants de Saint-Élie se digèrent de l’intérieur, à grand renfort de gargouillis intérieurs mis en sons par les cuivres de l’OSM. En décembre, affamés et épuisés, ils rêvent de la plus belle messe de minuit afin de conjurer le sort.

En faisant un clin d’œil à Solange Samson, chef de chorale centenaire, qui dirigeait ses ouailles sans baguette, Fred Pellerin suggère à Kent Nagano de délaisser son outil de direction. Peu convaincu du résultat et suggérant au réputé chef d’exagérer suffisamment pour être courbaturé le lendemain, il prend sa place et guide les musiciens vers l’Adeste fideles. Le maestro reprend ensuite ses aises et conduit son orchestre vers une finale grandiose, pétaradante et royale.

Jusqu’à ce qu’un drame survienne.

Drame qui fera fuir Ésimésac vers le village voisin, signe de haute trahison pour ses concitoyens. Ceux-ci le suivront dans son sillon, pendant que les notes tourbillonnantes, saccadées et gorgées d’étrangeté d’Alice au pays des merveilles, d’Unsuk Chin, confirment que l’heure est grave.

Au bout du rouleau, le mastodonte s’étend sur les rails et voit chaque habitant de Saint-Élie – incluant le forgeron, Belle Lurette, Toussaint Brodeur et ses 472 frères et sœurs – faire de même. Les minutes passent, le sifflement du train se fait entendre, la tension monte et la musique de Pacific 231, d’Arthur Honegger, fait grimper le suspense et l’angoisse.

Jusqu’à ce que l’ombre d’Ésimésac, devenue grande comme un chêne géant, s’interpose entre la locomotive et la mort d’un village tout entier, déversant le contenu des wagons pleins de denrées mangeables et buvables, qui permettent aux habitants de célébrer le plus beau et le plus long réveillon de l’histoire.

Une fois encore, Fred Pellerin et l’Orchestre symphonique de Montréal frappent les spectateurs en plein cœur, avec juste ce qu’il faut de nostalgie, de candeur, de digressions follement maîtrisées, d’envolées lyriques et de magie. On souhaite que cette nouvelle tradition ne s’achève jamais.

À la Maison Symphonique jusqu’au 12 décembre.

À la télévision d’ICI Radio-Canada le 23 décembre 2015 de 20 h à 22 h, en rediffusion le 25 décembre de 11 h à 13 h.

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