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10/12/2015 09:24 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

Du carburant à partir de bois : un tout nouveau marché s'ouvre dans les Maritimes

Après des années d'effort, une mini raffinerie située à Liverpool dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse vient tout juste de commencer la production de biodiesel issu de résidus forestiers.

Un texte de Nicolas Steinbach

Il y a trois ans, la papetière Bowater Mersey a fermé ses portes, emportée par la crise qui secoue l'industrie des pâtes et papiers. Depuis le 18 novembre, il y a cependant un regain d'activité sur le site. À l'intérieur d'un des locaux désaffectés, une toute nouvelle usine est née et on y fabrique du biodiesel à partir de résidus forestiers.

« Le produit, de la façon qu'il est distillé, de la façon qu'il est produit, peut être utilisé à 100 %, dans tous les moteurs à combustion interne et aussi dans les appareils de chauffage tels que les chaudières, les fournaises. Donc c'est un combustible qui est à 100 % substitutif qui est en place présentement », explique le directeur de l'exploitation de Cellufuel, Gabriel Ouellet.

La capacité de production est de 150 litres de biodiesel à l'heure. La raffinerie actuelle est un modèle réduit, l'unité commerciale sera 13 fois plus grande et pourra distiller jusqu'à 1000 litres, soit l'équivalent d'un réservoir de camion semi-remorque toutes les heures.

C'est pour l'instant une usine pilote... la compagnie se donne un an pour tester la rentabilité et la qualité de son biodiesel.

Une première raffinerie de biodiesel à partir de résidus forestiers

« La particularité de ce qu'on fait ici présentement c'est qu'on utilise seulement les résidus de bois en terme de biomasse. Il y en a qui utilise la paille, il y en a qui utilise des palettes, il y en a qui utilise des résidus qui vont au site d'enfouissement, mais nous on utilise strictement des résidus de bois. C'est la première au monde », soutient M. Ouellet.

À une demi-heure de l'usine, à Greenfield, il y a la scierie Harry Freeman and Son's où on trouve l'origine du carburant. Richard Freeman fournit la mini raffinerie avec de la sciure, qu'il vend normalement comme litière pour animaux domestiques. Selon lui, ce nouveau marché est gigantesque pour l'industrie forestière.

« La litière pour animaux c'est bien, mais nous produisons plus que ce marché en demande, donc le reste de nos résidus est brûlé, mais vraiment à un prix très bas. Cellufuel pourrait être intéressé à l'écorce, ce qui pourrait être vraiment un nouveau marché pour nous », raconte le copropriétaire de l'entreprise.

Le Groupe Savoie de St-Quentin veut sa raffinerie

Le biodiesel intéresse également le forestier Jean-Claude Savoie qui s'est déplacé du Nouveau-Brunswick pour voir les avancées de la compagnie.

Le Groupe Savoie est reconnu pour être un leader de la valeur ajoutée du bois. Pour l'instant, ses résidus forestiers sont transformés en granule.

« Une partie de ce qu'on fait comme granules s'en va en Europe, s'en va en Angleterre pour générer de l'électricité. Mon rêve, ce serait que ce bois-là serve ici au Canada pour nous aider à diminuer la pollution et devenir une partie de notre business pour être rentable », explique M. Savoie.

Cellufuel estime qu'il y a quatre emplacements potentiels pour une raffinerie commerciale de biodiesel en Nouvelle-Écosse, plusieurs lieux sont également en évaluation au Nouveau-Brunswick et au Québec. La scierie de Jean-Claude Savoie répond aux critères, elle produit cinq fois la quantité de résidus forestiers nécessaire pour alimenter une unité commerciale à l'année.

Utiliser et vendre le biodiesel

M. Savoie affirme qu'au Nouveau-Brunswick, plusieurs millions de litres de diesel sont utilisés chaque année avec le transport routier, notamment. Il croit que localement, il serait possible de consommer tout le volume de diesel produit localement.

Sinon, les pétrolières représenteraient un débouché possible. Elles pourraient mêler leurs produits pétroliers aux produits verts.

Le biodiesel représenterait également un nouveau débouché pour les forestières qui vendaient, il n'y a pas si longtemps encore, leurs résidus forestiers aux papetières. Cette industrie est aujourd'hui en déclin.

Cellufuel se donne un an pour évaluer la rentabilité et de la qualité de son biodiesel. Si cette évaluation est concluante, elle commercialisera le produit.