NOUVELLES
10/12/2015 02:11 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

Climat: Jane Goodall "prudemment optimiste" sur l'issue de la COP

La célèbre primatologue britannique Jane Goodall se dit "prudemment optimiste" sur l'issue de la Conférence de Paris sur le climat et insiste sur l'urgence absolue de "sauver la forêt tropicale", dans un entretien accordé à l'AFP.

Messager de la Paix auprès des Nations Unies, elle est à Paris à l'occasion de la COP 21 qui réunit jusqu'à vendredi les représentants de 195 pays dans le but de trouver un accord pour limiter le réchauffement climatique.

"Je suis prudemment optimiste à propos de cette COP. Je pense que de bons résultats vont en sortir, bien meilleurs que je ne l'espérais avant de venir", déclare d'une voix douce Jane Goodall, qui a dédié sa vie à l'étude des chimpanzés et à la protection de leur environnement.

A 81 ans, elle est venue à Paris avec un message : "je suis là surtout pour défendre la forêt", indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique et pour préserver la biodiversité.

"Cinquante pour cent de la forêt tropicale a déjà disparu", s'alarme cette spécialiste du comportement animal, un pendentif représentant le continent africain autour du cou.

Elle est particulièrement scandalisée par les "terribles feux de forêt" qui ont touché l'Indonésie récemment.

La culture sur brûlis, ainsi que les incendies volontaires pour étendre la culture de l'huile de palme, ont détruit en quelques mois 1,7 million de hectares sur les îles indonésiennes de Kalimantan et Sumatra.

"Les orangs-outans sont désespérément menacés par ces incendies" qui touchent leur habitat.

"Mais au Brésil aussi, la forêt amazonienne est attaquée", ajoute Jane Goodall.

Cheveux blancs retenus en catogan, regard clair et convaincant, la scientifique a gardé intacte son indignation depuis ce jour de 1986 où elle a décidé de devenir activiste après avoir suivi une conférence à Chicago sur les chimpanzés et la destruction de leur habitat.

- Chacun peut agir -

Entre Jane Goodall et les chimpanzés, l'histoire d'amour dure depuis 55 ans.

A 26 ans, elle débute ses recherches sur le comportement des chimpanzés sauvages de la réserve de Gombe en Tanzanie. Elle montre notamment qu'ils utilisent des outils et qu'ils peuvent être carnivores.

En 1977, elle crée l'Institut Jane Goodall, qui vise à protéger la biodiversité, à permettre un développement durable et à sensibiliser les populations par l'éducation. L'Institut est présent dans trente pays.

Depuis, elle a écrit plusieurs livres et multiplié les conférences. Un film documentaire "Retour à Gombe" sorti en 2010 lui a été consacré.

Elle continue à se rendre à Gombe "deux fois par an mais seulement pour quelques jours". "Mes chimpanzés vont bien. Nous venons d'avoir trois naissances".

Elle n'a pas non plus le temps de profiter du sud de l'Angleterre où elle vit. "Je passe environ 300 jours par an sur la route", assure-t-elle.

"Ce n'est pas très écologique de voyager autant en avion. Mais comme les enfants que je rencontre pour leur parler de mes combats plantent ensuite beaucoup d'arbres, je pense que c'est OK", sourit-elle.

"Souvent, les gens ont l'impression qu'ils ne peuvent rien faire" contre le réchauffement climatique. Pourtant "chacun à son niveau peut agir". "Si vous prenez de petits choix individuels et que vous les multipliez par un million, deux millions, cela peut provoquer de grands changements".

"Chacun de nous peut faire la différence chaque jour par les choix qu'il fait". Des petits gestes: "éteindre les lumières, recycler, surtout ne pas gaspiller". Choisir aussi ce que l'on achète.

"L'une des causes de l'augmentation des gaz à effet de serre est l'agriculture industrielle. On détruit des forêts pour nourrir ces animaux d'élevage. Et ils rejettent du méthane dans l'atmosphère", déplore cette végétarienne qui estime que l'"on n'a pas besoin de manger de la viande".

Infatigable, Jane Goodall s'apprête à reprendre la route. "Aussi longtemps que j'aurai l'énergie et la santé, je continuerai à voyager car je sais que cela fait une différence".

pcm/na/nm