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10/12/2015 02:00 EST | Actualisé 10/12/2016 00:12 EST

A Berlin, chaos et conditions d'accueil déplorables pour des réfugiés

"Ce sont des conditions d'accueil inhumaines!", s'emporte une bénévole écoeurée par la situation sanitaire dans un foyer berlinois de réfugiés. La capitale allemande est pointée du doigt pour sa prise en charge calamiteuse des migrants, entraînant le limogeage d'un haut responsable.

"Il y a des enfants qui ont la gale mais ne reçoivent aucun traitement médical et continuent de jouer avec les autres", poursuit cette bénévole, interrogée par l'AFP et qui souhaite rester anonyme.

"Il n'y a pas de douches, on doit emmener les réfugiés par bus dans une piscine pour qu'ils puissent se laver. Et les lavabos et toilettes mobiles sont à l'extérieur, dans le froid", explique encore cette Berlinoise qui depuis six mois vient donner quelques heures de son temps libre pour les réfugiés.

En cause? L'ancien aéroport de Tempelhof transformé à la va-vite en un immense foyer.

D'ici Noël, 4.500 Syriens, Afghans ou d'autres nationalités venus demander l'asile à l'Allemagne devraient s'entasser dans ces hangars de 100 m de long et 20m de hauteur. Hébergés sous des tentes dans des bâtiments conçus pour la maintenance des avions, pas pour recevoir des personnes fuyant la guerre ou la misère. Les migrants dorment à une quinzaine par tente, dans des lits superposés.

Une épidémie de diarrhée sévit parmi ces personnes qui, au mieux, peuvent espérer prendre une douche tous les 4 jours, selon l'organisme public "Conseil pour les réfugiés". Des bagarres ont déjà éclaté nécessitant l'intervention de la police.

Depuis le début de l'année, Berlin a vu arriver quelque 70.000 réfugiés, tandis que l'Allemagne devrait avoir dépassé le million de migrants cette année. Mais beaucoup d'entre eux sont redirigés vers d'autres régions.

Au final, en vertu d'un système de répartition, la ville ne s'occupe que de 5% des arrivants, contre plus de 21% par exemple pour la Rhénanie du Nord-Westphalie ou 15% pour la Bavière.

Et pourtant depuis six mois, un invraisemblable chaos règne devant l'administration chargée notamment d'enregistrer les demandeurs d'asile, le Lageso. Les réfugiés, qui ont souvent déjà une longue odyssée à travers l'Europe derrière eux, doivent attendre des jours, parfois des semaines devant le bâtiment pour espérer obtenir un dossier de demande d'asile ou leurs prestations sociales.

Le dirigeant du Lageso Franz Allert, a été poussé mercredi vers la porte de sortie par le maire, Michael Müller, qui lui a reproché sa gestion désastreuse.

- Montagne de dossiers non-classés -

Pour la vice-présidente du Bundestag et députée Verts Claudia Roth, la situation devant le Lageso est "terrifiante et n'est pas digne d'une société démocratique dans un Etat de droit".

Dans une lettre ouverte adressée au maire, la responsable politique l'a sommé d'agir enfin pour que les migrants cessent d'attendre "parfois dans la boue, sous la pluie ou le déluge".

Durant l'été caniculaire déjà, les images de familles avec des enfants dormant à même le sol devant le Lageso avaient choqué l'Allemagne et de nombreux Berlinois étaient venus apporter bouteilles d'eau, nourriture et jouets à ces réfugiés.

Dans le bâtiment, la situation n'est guère plus mirobolante. Les fonctionnaires sont débordés par la montagne de dossiers, malgré des heures supplémentaires, des renforts et des tentatives de réorganisation de l'accueil.

"Les dossiers pas encore traités s'accumulent dans des grandes enveloppes de la Poste et ces grandes enveloppes jaunes sont stockées dans plusieurs bureaux", raconte un employé du Lageso à la radio locale RBB. "Il n'y a pas de système de classement. Il y a des collègues qu'on appelle des 'chercheurs' qui doivent retrouver les dossiers dont on a besoin", poursuit-il.

Chaque jour, 500 personnes sont convoquées pour 09h00 du matin alors que tout le monde sait que seuls 200 dossiers peuvent être traités quotidiennement, critique un autre. "Mais on nous dit que c'est comme ça, c'est le règlement".

C'est également devant le Lageso qu'un petit réfugié bosniaque de 4 ans a été enlevé, violé et tué en octobre par un pédophile qui a, semble-t-il, profité du désordre général pour partir avec l'enfant.

yap/alf/ros