POLITIQUE
08/12/2015 01:00 EST | Actualisé 08/12/2015 02:34 EST

Trudeau confirme la tenue d'une enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées (VIDÉO)

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé la tenue d'une enquête publique sur le sort des femmes autochtones assassinées ou disparues, devant l'Assemblée générale des Premières Nations à Gatineau mardi matin.

L'annonce officielle a été faite par la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, (elle-même d'origine autochtone) ainsi que par la ministre de la Condition féminine, Patricia Hajdu.

« J'ai donné instruction à la ministre des Affaires autochtones » de mettre en place « une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada », a dit Justin Trudeau devant les chefs de l'assemblée des Premières Nations. Il a d'ailleurs précisé que des démarches en ce sens étaient déjà en cours et que plus de détails à ce sujet seraient livrés en après-midi, lors de l'annonce officielle.

« Nous avons fait de cette enquête une priorité pour notre gouvernement parce que ceux qui ont été touchés par cette tragédie nationale ont suffisamment attendu. Les victimes méritent d'obtenir justice, et leur familles, une opportunité d'être entendues et de faire leur deuil », a dit Justin Trudeau.

Il a insisté, de façon plus large sur l'importance de renouer les liens avec les communautés autochtones. « Aujourd'hui, je vous promets que cette relation sera transformée et respectée », a-t-il dit.

« Nous allons travailler avec vous pour rebâtir la confiance entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones. »

— Le premier ministre Justin Trudeau

Dans la foulée, il a annoncé des investissements majeurs en éducation pour les Premières Nations. Le chef libéral a signalé que le plafond de 2 % d'augmentation pour le financement des programmes des Premières Nations, qui stagne depuis environ 20 ans, serait aboli dès le premier budget fédéral

Finalement, il a mentionné la Commission de vérité et réconciliation du Canada en affirmant qu'il allait mettre en place les actions recommandées par celle-ci. Il s'est aussi engagé à revoir une par une les lois autochtones décrétées par l'ancien gouvernement.

« Les mesures qui entrent en conflit avec vos droits, qui sont incompatibles avec les principes de bonne gouvernance ou celles qui n'ont tout simplement aucun sens sur le plan des politiques publiques seront abolies », a-t-il expliqué.

Le chef national de l'Assemblée des premières nations, Perry Bellegarde, a multiplié les éloges et les remerciements à l'endroit de Justin Trudeau, soulignant que c'était la première fois depuis bien des années qu'un premier ministre du Canada s'asseyait avec eux.

Il a ensuite félicité le chef libéral d'avoir nommé deux ministres autochtones - à la Justice, Jody Wilson-Raybould, et aux Pêches, Hunter Tootoo - en insistant sur l'importance d'avoir des représentants des Premières Nations autour de la table des décisions.

Une enquête attendue depuis longtemps

Cette enquête publique était demandée depuis plusieurs années par les Premières Nations du Canada, mais le gouvernement Harper y avait toujours opposé une fin de non-recevoir. Le Parti libéral du Canada, aujourd'hui au pouvoir, avait pour sa part promis la tenue d'une telle enquête lors de la dernière campagne électorale.

On ne connaît pas encore les détails du mandat de l'enquête publique. Il est donc trop tôt pour dire si son président pourra se pencher plus largement sur les violences faites aux femmes autochtones, comme celles mises en évidence par le reportage réalisé à Val-d'Or par l'équipe de l'émission Enquête en octobre dernier.

Selon les plans proposés à la ministre Bennett, la commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées pourrait avoir jusqu'à cinq volets régionaux, en plus de la commission nationale. Les sous-commissions seraient réparties entre le Québec et l'Atlantique, l'Ontario, le Manitoba et les Prairies, la Colombie-Britannique et le Nord.

Commissaire pressentie

Deux femmes autochtones pressenties pour siéger à la commission d'enquête se sont dites prêtes à relever le défi.

Mary Ellen Turpel-Lafond, 52 ans, est protectrice de la jeunesse en Colombie-Britannique. Son mandat se termine en 2016. Elle est née d'un père cri et d'une mère écossaise. Elle a fait son droit à Osgoode Hall, sa maîtrise en droit international à l'Université de Cambridge et son doctorat à Harvard.

Michèle Audette, ex-présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada et candidate libérale aux élections fédérales d'octobre dernier, a récemment déclaré qu'elle serait honorée de servir comme commissaire.

Quelque 1200 femmes autochtones ont été assassinées ou portées disparues en 30 ans au Canada. Toutes proportions gardées, c'est de trois à quatre fois plus que dans la population canadienne en général.

Le Parti libéral estimait en campagne électorale que l'enquête publique sur les femmes autochtones prendrait deux ans et coûterait 40 millions de dollars. En comparaison, la Commission de vérité et réconciliation avait duré 6 ans et coûté 60 millions de dollars.

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