NOUVELLES
06/12/2015 05:11 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Un Venezuela étouffé par la crise élit ses députés avec des espoirs de changement

Les Vénézuéliens, excédés par la crise économique qui a vidé les rayons des supermarchés, votaient dimanche pour renouveler leurs députés, beaucoup d'entre eux espérant un changement pouvant profiter à l'opposition, grande favorite du scrutin, mais aussi provoquer des violences.

Avant même l'ouverture des bureaux de vote du pays sud-américain à 06H00 (10H30 GMT), de longues files d'attente se sont formées, 19,5 millions d'électeurs devant désigner les 167 membres du Parlement monocaméral. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant 22H00 (02H30 GMT lundi).

Après avoir répété qu'il "n'abandonner(ait) jamais la révolution", laissant craindre des violences, 18 mois après des manifestations ayant fait officiellement 43 morts, le président Nicolas Maduro a adouci son discours samedi, appelant à "voter en paix". "Ce que diront les autorités électorales sera parole sainte", a-t-il dit.

Mais le président Maduro, 53 ans, a refusé toute mission d'observation internationale du scrutin.

"Aujourd'hui, tout le monde est là pour réagir", pour "une réaction forte du peuple face à la grave situation que nous vivons", confiait William Carrasco, 55 ans, patientant devant un bureau de vote de Chacao, quartier de l'est de Caracas.

"Même le dentifrice est dur à trouver!", ajoutait-il. Tous les vendredis, il va d'un supermarché à l'autre, de 7H à 15H, à la recherche de produits aussi basiques que du riz ou du papier toilette.

Près de là, Filros Guzman, employée de restauration rapide de 24 ans, résumait le sentiment d'une partie de la population. Elle votait auparavant pour le parti du président, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), au pouvoir: "J'aimais son idéologie: le socialisme, une société égalitaire, sans exploitation". "Maintenant ce qui m'occupe, ce sont les thèmes de la vie quotidienne. On ne peut pas voter pour le gouvernement quand on a du mal à survivre".

Malgré une campagne combative, PSUV n'a pas réussi à entamer la popularité de la Table de l'unité démocratique (MUD), coalition créditée de 14 à 35 points d'avance dans les sondages.

- 'Journée historique' -

Autrefois l'un des pays les plus fortunés d'Amérique latine, le Venezuela a vu son économie s'effondrer au même rythme que les cours du pétrole, qui est presque son unique richesse.

L'inflation dépasse les 200%, selon les économistes, et l'insécurité est alarmante, avec le deuxième taux d'homicides le plus élevé au monde après le Honduras.

Si la popularité de M. Maduro a fondu à 22%, selon l'institut Datanalisis, le chavisme (du nom de l'ex-président Hugo Chavez, décédé en 2013) a encore ses partisans parmi les classes populaires. "La révolution bolivarienne a démocratisé le pouvoir du peuple pour accéder aux biens et aux services", assurait jeudi Maria Rosa Jimenez, 34 ans, saluant les "programmes sociaux", socle du gouvernement.

Euphorique, l'opposition croit dans ses chances de remporter la majorité parlementaire, pour la première fois en 16 ans.

Cela va être "une journée longue et historique", s'est exclamé sur Twitter l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles.

Mais cette coalition disparate d'une trentaine de partis de la gauche à la droite dure ne repose que sur son rejet du chavisme et ne propose aucune solution concrète à la crise, tiraillée entre les modérés, menés par M. Capriles, et les radicaux de Leopoldo Lopez.

Le découpage électoral favorisant le chavisme, la coalition pourrait ne remporter qu'une majorité simple, suffisante pour faire amnistier les 75 prisonniers politiques qu'elle recense, mais pas assez large pour organiser un référendum révocatoire contre le président.

Ce dernier peut limiter les pouvoirs du Parlement, si celui-ci change de majorité, au risque d'entraîner de fortes protestations.

Malgré le triomphe annoncé de l'opposition, "un grand changement de politique est improbable", résume Edward Glossop, analyste de Capital Economics, estimant "que la crise sociale, politique et économique du pays s'intensifie".

Même pessimisme chez Diego Moya-Ocampos, expert du cabinet IHS, qui s'attend à "une paralysie politique, une intensification des pénuries d'aliments et de biens, et une instabilité gouvernementale".

Car si le chavisme ne semble pas prêt à partager le pouvoir, il pourrait songer à remplacer son leader Nicolas Maduro: en cas de "lourde défaite", "cela ouvrira de sérieuses interrogations sur la conduite du parti", prédit Andrés Cañizalez, professeur à l'université Andrés Bello à Caracas.

ka/cab