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06/12/2015 13:36 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Succès historique de l'extrême droite française lors du premier scrutin après les attentats

Le parti d'extrême droite Front national (FN) est arrivé dimanche largement en tête lors d'élections régionales en France, premier scrutin dans le pays depuis les attentats jihadistes meurtriers du 13 novembre.

Le FN a obtenu au premier tour un score national record de 27,2 à 30,3% des voix, selon des estimations d'instituts de sondage. Un deuxième tour est prévu le 13 décembre. Ces régionales constituent le dernier test électoral avant la présidentielle de 2017.

La progression de l'extrême droite en France est continue depuis des percées aux municipales et aux européennes en 2014, et un score déjà inédit de 25,2% en mars 2015 lors d'un scrutin départemental.

Le parti recrute désormais dans toutes les classes de la société, surfant sur un rejet de la classe politique classique, dans un pays où le chômage endémique affecte près de 3,6 millions de personnes.

Le FN a devancé dimanche l'opposition de droite et les socialistes du président François Hollande dans au moins six régions sur 13, dont trois régions clés: au nord (Nord-Pas-de-Calais-Picardie), où se présente sa présidente Marine Le Pen, dans le sud-est (Provence-Alpes-Côte d'Azur), où il est emmené par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, et dans l'est (Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine), avec le stratège du parti, Florian Philippot.

Il est aussi en tête dans le centre (Centre-Val de Loire), le centre-est (Bourgogne-Franche-Comté) et le sud (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées), et au coude à coude avec la droite en Normandie (nord-ouest).

Marine Le Pen a obtenu dans sa région entre 40,3 et 41% des voix, selon les estimations. Marion Maréchal-Le Pen est créditée dans le sud-est de 40,9% à 41,9% des voix.

La présidente du FN a salué "un résultat magnifique" dans le nord, et revendiqué sa "vocation à réaliser l'unité nationale dont le pays à besoin". Dans le sud, Marion Maréchal Le-Pen s'est félicitée d'"un score absolument historique", marquant "la fin d'un vieux système".

Une victoire de l'extrême droite le 13 décembre dans une ou plusieurs régions constituerait une première historique en France.

-'Barrage républicain'-

Pour lui "faire barrage républicain", les socialistes ont annoncé leur retrait au deuxième tour "dans les régions à risque Front national où la gauche ne devance pas la droite (...), en particulier en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-côte d'Azur".

Le "sacrifice" est lourd. "Pendant cinq ans, les socialistes ne siègeront pas dans ces régions", a reconnu le numéro un du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

Le retrait des listes PS là où le FN est en mesure de l'emporter et où la droite devançait la gauche correspond au souhait de 60% de l'opinion et des électeurs socialistes, selon un sondage publié dimanche soir.

Le parti du président Hollande dirigeait jusqu'ici la quasi-totalité des régions. Crédité dimanche de 22,6 à 23,5%, il pourrait n'en conserver que trois.

Promis à une large victoire avant les attentats de Paris, le parti Les Républicains de l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy a perdu du terrain au profit du FN, n'obtenant que 26,2 à 27,4% des voix, selon les estimations.

Nicolas Sarkozy a de son côté déclaré dimanche qu'il n'y aurait "ni fusion" avec la gauche, "ni retrait" face au FN au deuxième tour, s'attirant les foudres des socialistes.

"Le message de la droite fait preuve d'une grande irresponsabilité", a critiqué l'entourage du Premier ministre Manuel Valls. "L'Histoire sera sévère pour ceux qui disent plutôt l'extrême droite que la gauche", a fustigé M. Cambadélis.

L'attitude du PS et de la droite dans les régions susceptibles de basculer à l'extrême droite sera déterminante, entre un désistement voire une alliance pour tenter de barrer la route au FN, ou des triangulaires risquant d'assurer sa victoire.

Le premier tour des régionales s'est déroulé dimanche sous sécurité renforcée des bureaux de vote, dans un pays encore sous le choc des attentats jihadistes du 13 novembre, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris.

Après ces attaques, le FN s'est trouvé conforté dans son discours nationaliste et anti-immigration par la révélation que deux des kamikazes avaient gagné la France après s'être glissés parmi des migrants débarqués en Grèce.

Les socialistes ont souffert des divisions de la gauche et n'ont pas tiré profit du spectaculaire regain de popularité de François Hollande, dont le virage sécuritaire après les attentats a reçu un large soutien dans l'opinion.

Les élections régionales sont les dernières prévues en France avant la présidentielle de 2017, pour laquelle Marine Le Pen est aussi donnée en tête des intentions de vote au premier tour.

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