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06/12/2015 01:31 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Privés de chasse ou de pêche, les peuples indigènes souffrent déjà du réchauffement

La tribu amazonienne de Tashka Yawanawa vivait depuis des siècles le long du Rio Gregorio. Il y a un an, des trombes d'eau l'ont obligée à abandonner pour de bon ses berges verdoyantes.

"Nous n'avions jamais vu une crue aussi massive, rapide et brutale", a expliqué à l'AFP le chef tribal, en marge de la conférence internationale sur le climat de Paris (COP21).

"C'était la première fois que nous subissions l'impact direct du réchauffement climatique", a ajouté cet homme de 40 ans, la tête coiffée de plumes colorées. "Nous avons dû changer de vie et monter sur les collines."

Les scientifiques sont très prudents quand il s'agit d'imputer un épisode météorologique spécifique à la hausse des températures, mais leurs études prévoient une multiplication des sécheresses, inondations ou autres ouragans si le mercure continue de monter.

Les communautés indigènes, qui vivent, se nourrissent et se soignent grâce à la nature, sont frappées de plein fouet par ces catastrophes climatiques.

Venus aussi bien d'Arctique que d'Afrique, des groupes indigènes ont fait le voyage jusqu'au Bourget, au nord de Paris - où 195 pays tentent de s'entendre sur les moyens de limiter l'emballement du thermomètre - pour demander un accord qui les aide à conserver leur mode de vie.

Parmi eux, des pygmées Bambuti, qui vivent dans les forêts de République démocratique du Congo (RDC), ont expliqué avoir de plus en plus de mal à trouver de quoi manger, les porcs-épics étant partis vers des zones plus fraîches.

"On peut passer des journées entières à chasser sans en trouver. C'était bien plus facile il y a dix ans", quand il faisait moins chaud, assure Joseph Itongwa, un chasseur-cueilleur de 43 ans.

"Des plantes disparaissent aussi, ce qui affecte non seulement notre nourriture, mais aussi notre médecine traditionnelle", ajoute-t-il.

- 'on perd notre identité'-

Au delà des changements climatiques, sa communauté, comme celle de nombreux indigènes, souffre de discriminations de la part des groupes majoritaires, qui exploitent sans limite leurs terres pour des activités agricoles, minières ou forestières.

Pour toutes ces raisons, "nous sommes forcés de changer notre mode de vie", déplore Joseph Itongwa. "C'est un problème, on perd notre identité."

A des milliers de kilomètres, dans le grand nord du Canada, les températures grimpent deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et fragilisent la couche de glace.

Or, "quand la glace est trop fine, on ne peut plus pêcher", remarque Clayton Thomas-Muller, du peuple autochtone amérindien Crie. "A la place, on va dans un magasin et on se retrouve avec du diabète car ce ne sont que des plats cuisinés."

L'obésité est un problème désormais répandu parmi les peuples autochtones du Canada, dont l'alimentation a beaucoup évolué ces dernières années.

Au Panama, c'est la baisse du niveau des rivières qui affecte le peuple Embera, qui survit en cultivant des bananes plantains.

Il y a quelques années, Candido Mezua Salazar pouvait charger jusqu'à 10.000 bananes sur une embarcation et les transporter jusqu'aux marchés en aval.

Aujourd'hui, il ne peut en charger que 2.000, sinon sa barque touche le fond et s'enlise dans la vase. "Je ne peux pas estimer exactement mes pertes mais je vends moins et cela touche ma famille", dit-il.

En Amazonie, la communauté de Tashka Yawanawa cherche encore à se remettre des grandes crues de 2014. Ses membres construisent de nouvelles maisons sur une colline, à 100 mètres de haut et pensent ainsi être à l'abri lors de prochaines inondations.

Pour lui, "les gens les plus exposés au changement climatique sont ceux qui vivent dans les forêts, et ceux qui en dépendent pour manger et vivre." Tout le paradoxe, fait-il valoir, c'est que "ce sont aussi ceux qui ont le moins contribué à ce changement".

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