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05/12/2015 20:45 EST | Actualisé 05/12/2016 00:12 EST

Le CICR, en quête d'une "relation" avec le groupe Etat islamique

Impossible actuellement pour le Comité international de la Croix-Rouge d'aider les 10 millions de personnes vivant dans les régions syriennes et irakiennes contrôlées par le groupe jihadiste Etat islamique. Une situation qui doit changer, assure le directeur général du CICR, Yves Daccord.

"Oui, nous cherchons bien sûr à établir une relation", a expliqué M. Daccord, lors d'un entretien à l'AFP.

"Nous avons au CICR une vision humanitaire. Nous voyons qu'il y a 10 millions de personnes qui sont sous le contrôle du groupe Etat islamique, et c'est ces 10 millions de personnes qui nous intéressent. Quels sont leurs problèmes, leurs besoins humanitaires. Alors oui, nous devons discuter et nous engager auprès de toutes les parties, plus que jamais", a-t-il ajouté.

Une question d'autant plus importante que le CICR estime que la situation humanitaire en Syrie se dégrade avec l'arrivée de l'hiver, avec des centaines de milliers de personnes qui tentent de survivre avec les ressources les plus rudimentaires alors que les températures descendent au-dessous de zéro.

Après presque cinq ans de conflit, une grande partie de l'infrastructure du pays est détruite ou gravement endommagée.

- Situation humanitaire 'catastrophique' -

"La situation humanitaire en Syrie est catastrophique et se détériore jour après jour", déplore ainsi le directeur du CICR pour le Proche et Moyen-Orient, Robert Mardini.

"Il faut que nous ayons un meilleur accès pour pouvoir apporter de l'aide aux plus vulnérables", a-t-il ajouté.

Plus de 12 millions de Syriens, dont 5,5 millions d'enfants, ont un besoin immédiat d'assistance humanitaire. Plus de 4 millions de personnes ont fui à l'étranger, et environ 8 millions sont déplacées à l'intérieur du pays. Nombre d'entre elles ont été obligées de se déplacer plusieurs fois.

Pour l'instant, explique M. Daccord, "nous n'avons pas accès aux parties contrôlées par le groupe Etat islamique" en Syrie, "c'est trop dangereux pour nous, nous n'avons pas pu établir de relation". En Irak, la situation est un peu différente, le CICR ayant la possibilité de "contacter des personnes qui soutiennent le groupe Etat islamique". "Mais nous ne pouvons pas y rester donc nous n'avons pas une présence permanente en Irak dans les régions qui sont contrôlées par l'Etat islamique", a-t-il relevé.

"Mais nous ne sommes pas naïfs, nous savons qu'il faudra du temps, vous ne pouvez pas arriver et dire +bonjour, je suis le CICR, asseyons-nous+", a relevé le haut responsable humanitaire, soulignant que le CICR avait dû discuter pendant cinq ans avec les différentes parties en conflit au Nigeria, dont le groupe islamiste Boko Haram, pour pouvoir opérer dans ce pays.

Pour le CICR, qui a fait de la neutralité et de l'impartialité ses marques de fabrique, il est impératif de discuter avec toutes les parties d'un conflit et de soigner toutes les victimes, qu'il s'agisse de civils ou de combattants.

Mais cet objectif est de plus en plus difficile à atteindre car les conflits ne sont plus uniquement entre Etats et aussi, surtout, car le personnel humanitaire, en particulier sanitaire, est devenu une véritable cible.

C'est d'ailleurs ce manque de respect du droit international humanitaire, également appelé le droit de la guerre, qui sera au coeur des débats cette semaine (du 8 au 10 décembre) à Genève lors de la 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

La conférence, organe suprême du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, réunit tous les quatre ans les 189 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, leur Fédération internationale, le CICR et les 196 Etats parties aux Conventions de Genève, qui prennent des engagements en vue de faire progresser l'action humanitaire.

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