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06/12/2015 14:52 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Excédé par la crise, tenté par l'opposition, le Venezuela a élu ses députés

Les Vénézuéliens, lassés par la crise économique qui a vidé les supermarchés, ont choisi dimanche leurs députés, un scrutin pouvant donner la majorité parlementaire à l'opposition qui devra toutefois lutter pour exercer un contre-pouvoir face au chavisme.

Malgré les craintes de violence, la journée électorale, pour désigner les 167 membres du Parlement monocaméral, s'est déroulée dans le calme et les bureaux de vote ont fermé à 19H00 (23H30 GMT) - une heure après l'horaire prévu pour permettre aux derniers arrivés de s'exprimer -, le Conseil national électoral saluant la "participation très élevée". Cette décision immédiatement été critiquée par l'opposition.

Les résultats sont attendus après 22H00 (02H30 GMT lundi).

Dans ce pays qui compte les plus importantes réserves pétrolières de la planète, la chute des cours du brut génère des pénuries au quotidien et une inflation galopante (200% selon les économistes). Le mécontentement populaire devrait profiter à la Table de l'unité démocratique (MUD), vaste coalition de l'opposition largement favorite.

Mais le découpage électoral, favorable au chavisme (du nom de l'ex-président Hugo Chavez, décédé en 2013), ne pourrait assurer à la MUD qu'une majorité simple, suffisante pour amnistier les 75 prisonniers politiques qu'elle recense, mais pas assez large pour organiser un référendum révocatoire contre le président Nicolas Maduro, 53 ans.

Et ce dernier peut limiter les pouvoirs du Parlement s'il change de majorité, au risque d'entraîner de fortes protestations.

Malgré le triomphe annoncé de l'opposition, "un grand changement de politique est improbable", résume Edward Glossop, analyste de Capital Economics. Diego Moya-Ocampos, expert du cabinet IHS, prédit "une paralysie politique, une aggravation des pénuries d'aliments et de biens et une instabilité gouvernementale".

Une victoire de la MUD marquerait toutefois un tournant historique depuis l'arrivée au pouvoir du chavisme en 1999.

"Même s'il s'agit d'élections législatives, elles sont très importantes", souligne l'analyste vénézuélien Nicmer Evans : "elles entraîneront une recomposition des forces politiques et permettront que la volonté de sanction (pour le gouvernement, ndlr) s'exprime".

Pour le politologue John Magdaleno, le scrutin peut instaurer un "contre-poids" dans un Etat dont les pouvoirs "sont totalement contrôlés" par le chavisme.

- 'Un jour historique' -

Dans l'un des pays les plus violents au monde, marqué en 2014 par des manifestations ayant fait officiellement 43 morts, les risques de troubles sont élevés.

"Ce que diront les autorités électorales sera parole sainte", a promis Nicolas Maduro, appelant à "voter en paix", même s'il a refusé toute mission d'observation internationale du scrutin.

Devant un bureau de vote de Chacao, quartier de l'est de Caracas, Filros Guzman, employé de restauration rapide de 24 ans, expliquait dimanche qu'il votait auparavant pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), au pouvoir, car il "aimai(t) son idéologie: le socialisme, une société égalitaire, sans exploitation". "J'ai changé d'avis à cause des problèmes de vie quotidienne. On ne peut pas voter pour le gouvernement quand on a du mal à survivre".

"Même le dentifrice est difficile à trouver !", renchérissait, non loin de là, William Carrasco, 55 ans. Chaque vendredi, il va d'un supermarché à l'autre, de 7H à 15H, en quête de produits aussi basiques que du riz ou du papier toilette.

Une pénurie créée artificiellement par les commerçants selon le président Maduro, qui a estimé dimanche que "sans aucun doute, la reprise économique, la lutte contre la guerre économique (...) et les spéculateurs, ceux qui cachent les produits, seront la principale tâche de la nouvelle Assemblée", qui prendra ses fonctions le 5 janvier.

Si sa popularité a fondu à 22% selon l'institut Datanalisis, le chavisme garde des partisans parmi les classes populaires, reconnaissantes pour ses programmes sociaux.

"Depuis 1998 j'ai toujours voté pour Hugo Chavez et ses candidats", témoignait Gilberto Marcano, mécanicien de 73 ans, au bureau de vote de Lidice, quartier du nord de Caracas. "Il n'y a pas de retour en arrière possible, c'est la révolution et c'est tout !".

Euphorique, l'opposition croit en ses chances de remporter la majorité parlementaire, pour la première fois en 16 ans.

"Aujourd'hui, c'est un jour historique. Le changement a déjà commencé", s'est exclamée en votant Lilian Tintori, épouse du leader radical Leopoldo Lopez, actuellement emprisonné.

Mais la MUD ne propose aucune solution concrète à la crise, tiraillée entre les modérés, menés par l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles, et les radicaux de M. Lopez.

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