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06/12/2015 09:25 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Etats-Unis: après la tuerie, la surenchère politique

La tuerie perpétrée cette semaine aux Etats-Unis, désormais qualifiée d'"acte de terrorisme", y a davantage creusé le fossé politique sur la question ultrasensible des armes, les républicains accusant en parallèle le gouvernement démocrate de mollesse face à l'islamisme.

Pour ne pas se laisser dépasser par ce feu roulant de critiques, le président Barack Obama s'adressera solennellement aux Américains dimanche soir.

Il s'exprimera quelques heures après s'être vu reprocher, lors des traditionnels "talk show" de la matinée, de ne pas avoir pris les mesures qui auraient permis d'éviter le bain de sang commis par Syed Farook et Tashfeen Malik.

Ce couple de musulmans vraisemblablement radicalisés, disposant de fusils d'assaut, de milliers de munitions et d'engins explosifs, ont arrosé de balles un déjeuner de Noël rassemblant des collègues de Farook, faisant 35 victimes dont 14 morts. Ils ont ensuite été abattus par la police.

"Nous sommes dirigés par des gens qui n'ont pas idée de ce qui se passe. Quand on voit le président Obama affirmer que le réchauffement climatique est notre premier problème, on se dit qu'il est complètement à côté de la plaque", a asséné dimanche Donald Trump, en tête chez les républicains dans la course à la présidentielle.

Le massacre de San Bernardino, en Californie, a apporté de l'eau au moulin du milliardaire en campagne qui soutient sans en démordre que des musulmans aux Etats-Unis avaient fêté les attentats du 11-Septembre, contrairement à la réalité des faits.

M. Trump a dénoncé le refus de Barack Obama d'employer l'expression "islam radical". "Tant qu'il n'admettra pas que c'est un problème, celui-ci ne sera jamais résolu", a-t-il martelé.

- 'Canards statiques' -

Le candidat populiste a réaffirmé son credo en faveur des armes individuelles, assurant que celles-ci auraient évité aux victimes de se faire descendre "comme des canards statiques".

"Regardez les attentats à Paris. (Les victimes n'avaient) pas d'armes. Rien. Et regardez en Californie. Pas d'armes. Les gens mauvais étaient les seuls à être armés", a-t-il regretté.

Ailleurs dans le camp républicain, les autres candidats rivalisaient de vocabulaire martial pour apparaître le plus ferme, tout en éreintant la stratégie d'Obama en Syrie.

"La gauche a du mal à admettre, mais il s'agit d'une lutte pour la civilisation occidentale. Ils nous ont déclaré la guerre", a souligné Jeb Bush, frère de l'ancien président.

Il a stigmatisé "les juristes qui sont sur le dos" des forces américaines combattant le groupe Etat islamique.

"La Maison Blanche crée toutes sortes d'entraves juridiques pour les frappes aériennes. Jusqu'à 75% des sorties (des avions de chasse) sont réalisées sans larguer de bombes par crainte de faire des victimes civiles. L'administration (Obama) a encore compliqué ces obstacles", a dénoncé Jeb Bush.

Plusieurs candidats républicains ont par ailleurs raillé la pseudo-dictature d'un politiquement correct qui ferait redouter aux habitants d'alerter la police par peur d'être taxés de discrimination antimusulmane.

"Il faut arrêter de diaboliser les gens qui s'efforcent d'être de bons citoyens", a insisté l'ultra-conservateur Ben Carson.

- 'Guerre de religion' -

Accusée de cautionner la politique d'Obama, la candidate démocrate Hillary Clinton a été forcée de se défendre.

Pour ne pas apparaître en retrait sur la stratégie militaire, elle a jugé que les Etats-Unis devaient "considérablement renforcer leurs frappes aériennes contre les cibles de l'Etat islamique".

San Bernardino a selon elle été le théâtre d'un "attentat terroriste".

Mais, sur la question sémantique de "l'islam radical", elle a estimé que l'expression restait à proscrire.

"Le problème est que cela donne l'impression qu'on déclare la guerre à une religion", a expliqué l'ancienne secrétaire d'Etat.

Tout comme son rival démocrate Bernie Sanders, Mme Clinton a réitéré son appel à l'instauration au plan national de contrôles d'antécédents judiciaires et psychiatriques avant toute vente d'arme.

Cette idée est fermement combattue par la toute-puissante et radicale NRA.

Le principal lobby américain des armes a vu dans la fusillade en Californie une justification de son slogan: "La seule chose pouvant arrêter une mauvaise personne avec une arme est une bonne personne avec une arme".

"Quand le Mal frappe à notre porte, nous les Américains disposons d'un pouvoir unique sur la planète: le droit retentissant à défendre nos familles selon le Deuxième amendement", a déclaré dans une vidéo le président de la NRA, Wayne LaPierre, en référence à cet article constitutionnel autorisant la possession d'armes individuelles.

seb/are