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05/12/2015 23:44 EST | Actualisé 05/12/2016 00:12 EST

Enquête sur un détenu battu à mort en Egypte, neuf policiers arrêtés

Neuf policiers ont été arrêtés dans l'enquête sur la mort d'un homme tabassé dans un commissariat de Louxor, dans le sud de l'Egypte, pays où la police est régulièrement accusée d'exactions, ont indiqué dimanche des sources judiciaires et policières.

Quatre officiers figurent parmi les fonctionnaires arrêtés vendredi et samedi sur ordre du parquet, selon ces sources qui ont requis l'anonymat. Avec cinq agents, ils sont soupçonnés d'avoir participé ou d'avoir approuvé ou passé sous silence le passage à tabac mortel, le 26 novembre, d'un homme de 47 ans appréhendé pour une raison inconnue dans un café de Louxor, la ville très célèbre pour ses trésors de l'Egypte antique.

Ces arrestations ont eu lieu après le rapport des médecins légistes assurant que la victime a été battue si violemment sur la nuque et dans le dos que sa colonne vertébrale s'est brisée, précise l'agence de presse gouvernementale MENA, qui confirme les neuf arrestations.

Au total, trois lieutenants, un capitaine et cinq agents de police ont été placés en détention provisoire pour au moins quatre jours, soupçonnés d'avoir "provoqué la mort par des coups et des actes cruels", a précisé à l'AFP une source judiciaire.

Ces interpellations surviennent trois jours après que le président Abdel Fattah al-Sissi a averti que "tout agent ayant commis une faute devra rendre des comptes". Fin novembre déjà, le ministère de l'Intérieur avait promis que l'Etat ne ferait preuve d'"aucune complaisance" à l'égard de policiers coupables d'exactions.

En Egypte, la police, mais aussi les redoutés services de renseignements, sont souvent accusés par les organisations de défense des droits de l'Homme et les avocats de maltraiter, voire torturer ou tuer des détenus, ces exactions demeurant largement impunies.

La révolte populaire de janvier 2011, qui avait poussé au départ le président Hosni Moubarak dans la lignée des printemps arabes, avait notamment été lancée sur une page Facebook intitulée "Nous sommes tous Khaled Saïd", du nom d'un jeune égyptien arrêté dans un cyber-café d'Alexandrie en juin 2010 puis torturé à mort par des policiers. Pour les manifestants de la place Tahrir, les brutalités de la toute puissante police étaient devenues l'un des symboles du régime Moubarak.

Quatre ans plus tard, de nombreux observateurs craignent le retour à un pouvoir autoritaire en Egypte. Depuis la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, plus de 1.400 de ses partisans ont été tués par les policiers et soldats, plus de 15.000 Frères musulmans ou sympathisants ont été arrêtés. Des centaines, dont M. Morsi et les cadres de la confrérie, condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs sévèrement critiqués par l'ONU.

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