NOUVELLES
05/12/2015 22:53 EST | Actualisé 05/12/2016 00:12 EST

Chine: vaste offensive contre des organisations des droits des travailleurs, plusieurs militants arrêtés

La police chinoise a placé en détention au moins trois éminents militants des droits des travailleurs, ont indiqué dimanche des ONG, activistes et médias locaux, dans le cadre d'une vaste opération répressive menées par les autorités, dans un pays où reste interdite toute activité syndicale indépendante.

Zeng Feiyang, directeur du Centre Panyu --une association promouvant les droits des travailleurs migrants-- et Zhu Xiaomei, une activiste de longue date, ont été déclarés vendredi en état d'arrestation par la police de Canton (sud de la Chine), a indiqué China Labour Bulletin, une ONG basée à Hong Kong.

Tous deux sont accusés d'avoir "rassemblé des foules" illégalement et d'avoir "perturbé l'ordre social", précisait l'ONG chinoise Weiquanwang ("Rights Defense Network") --un chef d'accusation souvent invoqué par les autorités contre des manifestants critiques du régime.

M. Zeng et son réseau se battent activement dans la province méridionale du Guangdong pour aider des ouvriers à obtenir gain de cause contre leurs employeurs, notamment pour obtenir le versement de salaires et de primes non payées.

Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier indépendant, le Parti communiste chinois n'autorise qu'un syndicat unique officiel et ses émanations, que les autorités contrôlent très étroitement. Ces forces "syndicales" non indépendantes tendent dans la quasi-totalité des conflits sociaux à se ranger du côté des dirigeants d'entreprise.

Weiquanwang confirmait également l'arrestation de He Xiaobo, responsable de Nanfeiyan, une association aidant les ouvriers victimes de blessures professionnelles et basée à Foshan (sud), non loin de Canton.

Il a été accusé de "détournement (de fonds) dans le cadre de ses fonctions", a rapporté le magazine Caijing, dans un article posté en ligne mais rapidement censuré.

Le Guangdong, intense foyer de la production manufacturière chinoise --du textile aux smartphones--, est le cadre ces derniers jours d'une vaste offensive des autorités contre les militants locaux des droits des travailleurs.

Une quinzaine d'entre eux ont été interpellés par les forces de l'ordre, selon Caijing et les ONG. Si certains ont été libérés après quelques heures d'interrogatoire, le sort de plusieurs autres restait incertain.

Parmi ceux-ci figurait Chen Huihai, un avocat spécialisé animant un réseau de soutien juridique aux employés.

Contacté dimanche par l'AFP sur son téléphone portable, il a confirmé avoir été emmené par les forces de l'ordre mais s'est refusé à tout autre commentaire, expliquant qu'"il restait sous contrôle judiciaire".

"Cette campagne d'arrestations contre les groupes de défense des droits des travailleurs et les activistes du Guangdong est d'une ampleur sans précédent", a indiqué à l'AFP Geoffrey Crothall, porte-parole de China Labour Bulletin.

Alors que se multiplient les tensions sociales sur fond de vif ralentissement économique, "c'est un signal très inquiétant. Mais les autorités ne vont résoudre aucun problème en mettant ces militants en prison. Cela ne fera qu'aggraver la détresse et le mécontentement des travailleurs", a estimé M. Crothall.

jug/ros