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06/12/2015 13:02 EST | Actualisé 06/12/2016 00:12 EST

Bagdad donne 48H aux forces turques pour se retirer d'Irak

L'Irak a donné dimanche 48 heures à la Turquie pour retirer des troupes qui selon lui ont pénétré sur son territoire illégalement, prévenant qu'Ankara devrait sinon faire face à "toutes les options disponibles" y compris un recours au Conseil de sécurité de l'ONU.

Bagdad, qui peine à affirmer sa souveraineté au moment où l'envoi de soldats étrangers pour lutter contre le groupe Etat islamique (EI) fait débat en Irak, a fait état d'un déploiement sur le sol irakien de troupes turques avec des chars et de l'artillerie, sans autorisation.

"Dans le cas d'un non retrait de ces forces dans les 48H, l'Irak va user de son droit au recours à toutes les options disponibles", y compris en faisant appel au Conseil de sécurité, a déclaré le cabinet du Premier ministre, Haider al-Abadi, dans un communiqué.

Dimanche, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a assuré dans une lettre adressée à Haider al-Abadi qu'il n'y aurait pas de nouveau déploiement de forces militaires turques tant que les préccupations de l'Irak ne seraient pas prises en compte. Mais le sort des troupes déjà déployées n'a pas été précisé.

Dans la pratique, les options de l'Irak sont principalement diplomatiques, ses forces étant prises par la lutte contre l'EI alors qu'Ankara dispose d'une armée de loin plus puissante.

La Turquie dispose de troupes dans la base de Bashiqa dans la province de Ninive pour entraîner des volontaires irakiens sunnites en vue d'une reconquête de Mossoul, deuxième ville d'Irak tombée aux mains de l'EI en juin 2014.

Dans sa lettre envoyée dimanche à M. Abadi, M. Davutoglu l'informe sur "le programme d'entraînement qui a été mis en oeuvre à Bashiqa depuis mars dernier et sur les missions et les activités des forces" turques qui y sont déployées, a indiqué une source au sein de son cabinet.

M. Davutoglu assure qu'il "n'y aura pas de déploiement de forces à Bashiqa tant que les inquiétudes du gouvernement irakien ne seront pas prises en compte".

La veille, M. Davutoglu avait minimisé ce nouveau déploiement, évoquant une "rotation normale" et une opération de "renfort pour faire face à des risques de sécurité".

"Ce n'est pas un nouveau camp", avait-il poursuivi, ajoutant que "le camp de Bashika, à 30 km au nord de Mossoul, est un camp d'entraînement établi en soutien des volontaires qui combattent le terrorisme".

"Nous avons déjà formé et nous allons continuer à former nos frères irakiens qui combattent Daech (l'acronyme arabe du de l'EI) à Bashika et ailleurs", a poursuivi M. Davutoglu.

Mais les autorités du Kurdistan irakien ont de leur côté indiqué que "le gouvernement turc avait envoyé ces derniers jours les experts et l'équipement nécessaires dans le but d'agrandir le camp".

Le ministre irakien de la Défense, Khaled al-Obeidi, a lui aussi demandé le retrait des forces turques.

Les relations entre Bagdad et Ankara ont évolué récemment mais restent tendues en raison des liens de la Turquie avec la région autonome du Kurdistan irakien et des divergences sur le conflit en Syrie.

Le déploiement turc représente un nouveau défi pour le Premier ministre irakien qui a durci le ton cette semaine en proclamant que tout envoi de troupes étrangères sur le sol irakien serait considéré comme un "acte hostile".

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