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01/12/2015 20:00 EST | Actualisé 01/12/2016 00:12 EST

USA: une conférence inédite pour réfléchir à des limites à l'édition du génome humain

Un "Sommet international sur l'édition du génome humain" a débuté mardi à Washington, où des scientifiques de plusieurs pays se sont penchés sur la manière de réglementer cette nouvelle technologie qui a la faculté de modifier l'héritage génétique des futures générations.

Cette première conférence internationale a pour but d'approfondir les réflexions sur ces recherches révolutionnaires et leurs implications médicales et éthiques.

L'Académie américaine des sciences organise ce colloque dans le cadre d'une étude qu'elle vient de lancer sur ce nouveau domaine scientifique. Un rapport est attendu dans un an.

Les Académies des sciences chinoise et britannique se sont jointes à l'initiative de cette conférence.

Les techniques d'"édition" du génome, permettant de modifier de façon précise l'ADN, suscitent de grands espoirs mais aussi de l'inquiétude chez une partie de la communauté scientifique. Celle-ci préconise la prudence dans leur application sur les cellules reproductrices et les embryons humains.

"Cette nouvelle technologie d'édition génétique, qui permet sélectivement d'insérer ou de retirer des gènes de l'ADN d'un organisme, se propage dans le monde", a expliqué Ralph Cicerone, président de l'Académie américaine des sciences.

Avec la multiplication des expériences, les applications et risques de cette technologie doivent être évalués sans attendre, a-t-il estimé.

Développée en 2012, cette technique particulière, appelée CRISPR-Cas9, plus efficace que les autres pour corriger des défauts de l'ADN de plantes et d'animaux, rend ces modifications permanentes dans l'héritage génétique.

Simple et peu coûteuse, cette technique, inspirée d'un processus naturel utilisé par les bactéries pour se défendre contre l'invasion des virus, est ainsi à la portée de nombreux scientifiques.

Cette approche peut aussi être utilisée pour des thérapies géniques contre des maladies héréditaires humaines voire potentiellement pour choisir la couleur des yeux d'un enfant en manipulant des gènes dans l'embryon.

Les inquiétudes éthiques suscitées par ce nouvel outil se sont nettement accrues après l'annonce en avril qu'une équipe chinoise était parvenue avec cette même technique à modifier un gène défectueux dans des embryons humains non viables.

Daniel Kevles, un historien retraité de l'Université de Yale (Connecticut, nord-est) a estimé mardi à la conférence que cet outil pourrait encourager une demande au sein du public pour des "bébés sur mesure", aiguisant la convoitise de l'industrie de biotechnologie avec le risque de faire resurgir l'eugénisme.

En octobre, le Comité international de bioéthique de l'Unesco a appelé à un moratoire sur les techniques d'édition de l'ADN des cellules reproductrices humaines pour éviter une modification "contraire à l'éthique" des caractères héréditaires des individus.

Mais mardi, Alta Charo, professeur de droit et de bioéthique à l'Université du Wisconsin, a plaidé pour une approche prudente de manière à éviter de décourager la recherche tout en empêchant des dérapages.

Pour Feng Zhang, professeur d'ingénierie biomédicale au Massachusetts Institute of Technologies (MIT), "l'édition du génome est une technologie extrêmement exaltante pour tester les variations génétiques liées à la santé et aux maladies humaines et ce à un rythme sans précédent".

"Nous ne sommes qu'au tout début et il y a encore de nombreux défis à surmonter", a-t-il dit.

Le président de la conférence, le biologiste américain David Baltimore, lauréat du Nobel de médecine, a espéré que ce sommet, qui s'achève jeudi, permettra de produire des recommandations pour baliser les applications futures de cette technologie.

js/jr