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01/12/2015 23:30 EST | Actualisé 01/12/2016 00:12 EST

Une universitaire sud-coréenne dément avoir diffamé les esclaves sexuelles de la guerre

Une universitaire sud-coréenne qui risque un procès pour avoir diffamé dans un récent ouvrage les esclaves sexuelles de la deuxième guerre mondiale s'est défendue mercredi en disant que son travail avait été déformé par l'accusation.

Par Yu-Ha, professeur à l'Université Sejong de Séoul, a été inculpée le mois dernier après qu'un groupe de Sud-Coréennes parmi ces femmes dites "de réconfort" eut demandé au parquet d'ouvrir une enquête.

La plupart des historiens estiment que jusqu'à 200.000 femmes, pour la plupart des Coréennes mais aussi des Chinoises, des Indonésiennes et des ressortissantes d'autres pays asiatiques, ont été enrôlées de force dans les bordels de l'armée impériale nippone durant la Seconde guerre mondiale.

Dans un livre intitulé "Les femmes de réconfort de l'Empire" publié en 2013, la professeure se démarque de cette ligne consensuelle, qui est régulièrement reprise par les médias sud-coréennes et qui veut que chacune de ces femmes ait été extirpée de chez elle et traînée par les soldats japonais jusqu'au bordel.

Elle écrit que la réalité est sans doute plus complexe. Certaines femmes, dit-elle, ont même pu se porter volontaires sans savoir ce qu'il adviendrait d'elles.

Elle estime que la situation était en bonne partie imputable au "système social patriarcal" prévalant au Japon comme en Corée qui exploitait les femmes pauvres et sans éducation.

Le livre suggère aussi que certaines femmes ont pu tisser des liens avec des soldats japonais.

L'ouvrage avait fait les gros titres en juin lorsque onze survivantes ont porté plainte auprès du parquet.

"Le livre ne se voulait pas une critique des femmes de réconfort, ne voulait pas les diffamer, ne porte pas atteinte à l'intérêt public comme ce qui est prétendu", a dit Mme Park lors d'une conférence de presse.

Certains passages du livre ont été sortis de leur contexte, a-t-elle fait valoir, soulignant qu'elle avait simplement voulu susciter un débat.

Le sort des femmes de "réconfort" est une question extrêmement sensible en Corée du Sud, et l'une des causes de l'amertume et de la méfiance qui empoisonnent les relations entre Tokyo et Séoul depuis des décennies.

Avec cette plainte pour diffamation, une partie de l'opinion publique est vent debout contre l'universitaire. Mais elle a également été soutenue par ceux qui pensent que sa pensée a été déformée.

"Le système judiciaire tente de placer sous son contrôle le discours public sur les femmes de réconfort", ont écrit 190 chercheurs, journalistes et artistes, dans un communiqué.

"Il est complètement anachronique de tenter de soumettre des arguments universitaires à une évaluation judiciaire pour tenter d'établir s'ils sont corrects ou non".

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