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02/12/2015 02:59 EST | Actualisé 02/12/2016 00:12 EST

Présidentielle aux Seychelles: l'hypothèse d'un second tour inédit n'est pas exclue

L'archipel des Seychelles, éparpillé sur 115 îles dans l'océan Indien, vote de jeudi à samedi pour une présidentielle anticipée, qui pourrait donner lieu à un second tour, inédit depuis le retour du multipartisme en 1993.

Le scrutin, qui se déroule sur trois jours en raison de l'éloignement de nombreuses îles, distantes parfois d'un millier de km de l'île principale Mahé, voit s'affronter six candidats - un nombre record -, parmi lesquels le président sortant James Michel qui brigue un troisième mandat de cinq ans, le dernier que lui autorise la Constitution.

Le scrutin était initialement prévu au premier semestre 2016 mais James Michel, confronté à une fronde au sein de son parti "Lepep" ("Le peuple", en créole) et à une hémorragie de cadres, a convoqué une présidentielle anticipée dans le but, selon les observateurs, de donner une nouvelle légitimité à son pouvoir.

De nombreux hauts cadres de Lepep - issu de l'ancien parti unique, et au pouvoir depuis le retour du multipartisme - ont récemment claqué la porte pour aller fonder leur propre formation "Lalyans Seselwa" ("L'Alliance seychelloise", en créole).

Patrick Pillay, ancien ministre des Affaires étrangères et de la Santé du président Michel, sera le candidat de Lalyans Seselwa. M. Pillay et le pasteur anglican Wavel Ramkalawan, candidat pour la 5e fois sous les couleurs du Parti national des Seychelles (SNP) - jusqu'ici principal parti d'opposition -, sont les deux seuls à pouvoir disputer la victoire à M. Michel. Les trois autres candidats devraient faire de la figuration.

M. Michel, alors vice-président, est devenu président en 2004 en succédant constitutionnellement à France Albert René, démissionnaire avant l'expiration de son mandat. M. Michel a été élu en 2006 puis réélu en 2011, au premier tour à chaque fois.

Mais cette fois-ci, bien que ses adversaires se présentent en ordre dispersé, la perspective d'un second tour n'est pas exclu, estiment certains observateurs.

"L'arrivée de Patrick Pillay sur la scène politique créée une alternative pour les partisans du Lepep, mécontents du coût de la vie", a estimé Paul Chow, économiste et ancien député, aujourd'hui retraité de la politique. "Pillay devrait (...) priver le président Michel de victoire au premier tour" en attirant une partie des voix de ses partisans traditionnels.

- Lalyans contre Lepep -

Néanmoins le parti de M. Michel a fait une démonstration de force dimanche à Victoria, la capitale, au cours de son dernier rassemblement de la campagne.

Et la popularité réelle de la toute jeune Lalyans Seselwa reste difficile à apprécier, souligne René Morel, ancien conseiller du président Michel, qui note que ses meetings n'ont pas attiré de foule imposante.

En outre Lalyans n'a pas seulement détourné des partisans du parti Lepep mais aussi certains du SNP, selon M. Morel.

Incapable de s'entendre sur une candidature unique au premier tour, l'opposition a promis de s'unir derrière le candidat présent à l'éventuel second tour.

"Tous les candidats sont tombés d'accord pour se rassembler sur celui arrivé en tête" au sein de l'opposition, a expliqué Patrick Pillay.

Durant sa campagne, M. Michel a appelé les Seychellois à lui permettre de terminer le travail entrepris au cours de ses deux premiers mandats, notamment les réformes économiques lancées depuis 2008.

"Nous avons réussi le redressement économique, sans mettre en danger notre modèle social et je voudrais continuer sur la même voie", a expliqué M. Michel, 71 ans, à l'Agence de presse des Seychelles.

Il a balayé les accusations de corruption de son gouvernement sur lesquelles l'opposition a basé sa campagne. "Ce qui est à la mode quand on veut faire de la politique aux Seychelles, c'est de dire que le gouvernement est corrompu. L'opposition n'a pas autre chose à dire", a expliqué James Michel.

De son côté, la police a ouvert une enquête contre Patrick Pillay, soupçonné d'avoir employé chez lui un jeune Sri-Lankais sans le payer. M. Pillay a estimé que cette affaire visait à le déstabiliser à l'approche de l'élection.

Jeudi, la Commission électorale se déplacera en avion dans les îles dites "éloignées" - telles que Desroches, Coétivy, Alphonse - sur lesquelles vivent au total moins d'un millier d'habitants.

Les îles dites "proches" - Denis, Frégate, Îles aux Vaches - votent le deuxième jour, à l'exception des trois îles principales de Mahé, Praslin et La Digue, où vivent l'essentiel des quelque 91.000 habitants des Seychelles.

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