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02/12/2015 10:08 EST | Actualisé 02/12/2016 00:12 EST

Moscou accuse Erdogan de liens avec l'EI, ce qu'il dément

Le ministère de la Défense russe a déclaré mercredi détenir la preuve de l'implication du président turc, Recep Tayyip Erdogan, et de sa famille dans des transactions financières avec le groupe armé État islamique (EI), ce qu'a fermement démenti le président turc.

Moscou et Ankara (Turquie) se sont engagés dans une guerre de communiqués depuis que la Turquie a abattu le 24 novembre un bombardier russe Soukhoï près de la frontière syrienne.

Selon Ankara, l'appareil avait violé l'espace aérien turc et n'avait pas répondu aux avertissements multiples, ce que nie Moscou, pour qui l'avion est resté dans l'espace aérien syrien.

Les sanctions économiques décidées par la Russie contre Ankara, à la suite de l'incident aérien, se solderont par un manque à gagner de l'ordre de 764 millions de dollars pour le secteur agroalimentaire de la Turquie sur un an, a déclaré mercredi le ministre turc de l'Agriculture, Faruk Celik. 

Pour sa part, la Turquie s'apprête à réduire d'un quart ses importations russes de gaz de pétrole liquéfié, ont déclaré deux sources informées qui expliquent cette décision par les tensions diplomatiques entre Ankara et Moscou.

Lors d'un point de presse à Moscou, des responsables du ministère de la Défense russe ont présenté des images satellites montrant, selon eux, des camions-citernes turcs chargeant du pétrole dans des installations contrôlées par le groupe armé État islamique en Syrie et en Irak, et franchissant ensuite la frontière turque.

De Dubaï, le président turc a fermement rejeté les accusations russes, martelant que personne n'avait le droit de « calomnier » la Turquie en l'accusant d'acheter du pétrole à l'EI. Il a ajouté qu'il quitterait ses fonctions si de telles accusations étaient avérées.

Déclarations-chocs, mais sans preuve

Les responsables russes n'ont pas dit quelles preuves directes ils détenaient de l'implication d'Erdogan et de sa famille.

« En Occident, personne ne se pose de questions sur le fait que le fils du président turc dirige l'une des plus grandes compagnies d'hydrocarbures, ou que son gendre ait été nommé ministre de l'Énergie. Quelle merveilleuse affaire de famille! » a poursuivi le vice-ministre russe.

« Le cynisme des dirigeants turcs est sans limites. Regardez ce qu'ils font. Ils sont allés dans un pays tiers [et] ils le volent sans aucun remords », a-t-il ajouté.

Le ministère a également affirmé que les réseaux criminels qui transportent le pétrole des zones contrôlées par l'EI vers la Turquie fournissent dans le même temps des armes, du matériel et une formation aux djihadistes de l'EI.

Lundi, Vladimir Poutine en personne avait affirmé que la décision turque d'abattre l'avion russe répondait à une volonté de protéger des livraisons de pétrole en provenance des zones dominées par l'EI.

Rencontre souhaitée entre diplomates turcs et russes

Le président russe a refusé de rencontrer son homologue turc lundi en marge de l'ouverture de la Conférence de Paris sur le climat. Pour Erdogan, les accusations de Poutine relèvent purement et simplement de la « calomnie ».

Le chef de la diplomatie turque et ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a dit pour sa part mercredi avoir demandé à rencontrer son homologue russe, Sergueï Lavrov, cette semaine à Belgrade, et attendre sa réponse.

M. Cavusoglu a fait ces déclarations à la Radio-télévision TRT lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, à Bruxelles.

Sergueï Lavrov et lui-même doivent participer jeudi et vendredi au Conseil des ministres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe qui se tiendra à Belgrade en Serbie.

Les obsèques du lieutenant-colonel Oleg Pechkov, pilote du bombardier abattu par la chasse turque, ont par ailleurs eu lieu avec les honneurs militaires, mercredi, à Lipetsk, à 450 kilomètres au sud de Moscou.