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02/12/2015 11:01 EST | Actualisé 02/12/2016 00:12 EST

Mark Zuckerberg face au défi des patrons philanthropes

En annonçant le don de sa fortune, le patron de Facebook Mark Zuckerberg fait une entrée fracassante dans le club des philanthropes du globe mais devra désormais s'assurer que sa générosité est utilisée à bon escient.

"Faire avancer et promouvoir l'égalité": le jeune prodige de la Silicon Valley est pour l'heure resté assez vague sur la manière dont ses 45 milliards de dollars de fortune personnelle seront progressivement investis dans des causes humanitaires.

Le tout jeune père s'est juste contenté d'annoncer que la "Chan Zuckerberg Initiative" fondée avec son épouse aura la lourde charge de choisir qui bénéficiera de cette nouvelle manne avec l'objectif de "construire des sociétés plus fortes".

Le défi n'est pas mince. "Une des principales difficultés tient dans le fait de s'assurer que l'argent va vers ceux qui en ont le plus besoin", assure à l'AFP Pablo Eisenberg, du Center for Public and Nonprofit Leadership.

"Le problème avec beaucoup des grands donateurs est que leur argent profite souvent à des organisations déjà bien établies et pas aux populations qui en ont le plus besoin", poursuit-il.

Mark Zuckerberg en a lui-même fait l'amère expérience. En septembre 2010, il fait don de 100 millions de dollars aux autorités de l'Etat du New Jersey (est des Etats-Unis) pour venir en aide à des écoles défavorisées de Newark, une banlieue déshéritée de New York. Cinq ans plus tard, de l'avis général, cette initiative s'est soldée par un échec.

De fait, le chemin menant de patron à philanthrope est semé d'embûches, même s'il a déjà été emprunté par d'illustres prédécesseurs comme Bill Gates ou Warren Buffett.

"Parfois, la philanthropie se passe mal pour les célébrités parce qu'elles essayent de faire tout par elles-mêmes", affirme à l'AFP Sandra Miniutti de l'organisation Charity Navigator, qui offre des conseils aux donateurs privés.

"S'engager dans la philanthropie est totalement différent de gérer une entreprise lucrative", assure-t-elle.

- Incertitudes -

Selon les experts, les faux pas peuvent notamment venir de l'écart entre les priorités chères aux donateurs et les besoins des populations défavorisées.

"Les philanthropes disposent d'un certain pouvoir pour fixer l'agenda et cela peut ne pas totalement répondre aux besoins des populations qui sont défavorisées et qui vivent dans la pauvreté", explique à l'AFP Gregory Adams, de l'organisation de lutte contre la pauvreté Oxfam America.

Tout en assurant que les grands donateurs ont joué un "rôle clé" aux Etats-Unis, M. Adams estime qu'ils "tombent parfois dans un piège", en pensant pouvoir prédire le résultat de leurs actions sur la foi de simples données statistiques. "Il faut être humble et faire confiance aux gens qu'on essaye d'aider", assure-t-il.

Pour éviter des déconvenues, le patron-fondateur de Facebook, actuellement 7e fortune mondiale, devra s'entourer des bonnes personnes et faire en sorte que les bénéficiaires de son argent soient tenus pour responsables de leurs actes, selon ces experts.

"Un des défis pour lui sera d'avoir un groupe de conseillers qui comprend ce qui se passe et de nommer un conseil d'administration qui est diversifié et qui a des liens avec les populations locales", estime M. Eisenberg.

Possible source d'inspiration pour M. Zuckerberg, la fondation créée par Bill Gates et gérée par un conseil d'administration très restreint est à la fois acclamée et critiquée pour ses investissements destinés à lutter contre "l'extrême pauvreté" et à développer la santé publique dans les pays pauvres.

Dernier revers en date, la fondation du fondateur de Microsoft a assigné en justice le géant pétrolier brésilien Petrobras dans lequel elle avait pris des participations et qui se trouve actuellement au coeur d'un immense scandale de corruption.

Quelle voie M. Zuckerberg choisira-t-il? Qui seront ses conseillers? Pour l'heure, l'énigme reste entière.

"Mark Zuckerberg reste très évasif sur la structuration de son action philanthropique", dit à l'AFP Arthur Gautier, de la chaire philanthropie à l'Essec Business School, tout en s'étonnant du flou entourant son initiative.

"Mark Zuckerberg parle avant d'avoir agi", dit-il. "En France, les riches ont pour habitude de ne pas trop parler et, si on le fait, de ne s'exprimer que quand on a réalisé les choses".

jt-adc/jld/lb

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