NOUVELLES
02/12/2015 08:35 EST | Actualisé 02/12/2016 00:12 EST

L'UE relance la machine à recycler les déchets

En finir avec le cercle vicieux du "prélever, fabriquer, jeter" : la Commission européenne a présenté mercredi ses nouvelles propositions sur la gestion des déchets, un an après avoir remisé un précédent paquet de mesures au placard, pariant sur la boucle vertueuse du recyclage et du réemploi.

Mercredi, le vice-président Frans Timmermans est venu en personne présenter les nouvelles propositions, prêt à répondre aux critiques : avec un objectif de recyclage de 65% des déchets dit "municipaux" et de 75% des emballages d'ici à 2030, contre respectivement 70% et 80% un an plus tôt, certains n'ont pas manqué de critiquer des chiffres au rabais.

Fin décembre 2014, la Commission Juncker fraîchement élue avait en effet enterré les propositions de ses prédécesseurs, au nom du "mieux légiférer", tout en promettant des mesures "plus ambitieuses".

"Nous fixons des objectifs très ambitieux mais réalistes", a répondu Frans Timmermans. Les taux de recyclage varient de façon spectaculaire entre les différents Etats membres, de 10% à 64%, a-t-il observé.

La Commission souligne que les nouvelles propositions ne s'attaquent pas seulement aux déchets mais à la boucle complète de l'"économie circulaire", avec des moyens concrets d'atteindre les buts fixés.

De plus, le nouvel objectif en matière de mise en décharge - établi à 10% d'ici 2030 - devra être légalement contraignant, contrairement à ce qui était proposé précédemment.

Selon l'UE, la prévention des déchets, l'éco-conception, le réemploi "et autres mesures similaires" pourraient faire économiser 600 milliards d'euros nets aux entreprises et créer 580.000 emplois. Ce tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre de 2 à 4%, une précision bienvenue en pleine conférence internationale sur le climat à Paris.

- Cinq tonnes de déchets par citoyen européen -

"C'est 110.000 emplois de moins pour le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne et l'Italie" que sous la proposition précédente, s'est étranglé le Bureau européen de l'environnement (BEE), une ONG bruxelloise.

"Promesse déçue", "une année de gâchée", les défenseurs de l'environnement se montraient sévères contre les nouveaux objectifs fixés.

"C'est trop peu et pas à la hauteur du défi de la réduction de l'énorme empreinte carbone de l'Union européenne", regrette Geneviève Pons-Deladrière, directeur des affaires européennes chez WWF.

Pour le BEE, des objectifs de recyclage abaissés sont synonymes de déchets supplémentaires qui finiront en décharge ou dans des usines d'incinération.

L'Europe perd 600 millions de tonnes de matières contenues dans des déchets qui pourraient être recyclées ou réemployées. En moyenne, chaque Européen consomme quatorze tonnes de matières premières et produit cinq tonnes de déchets par an, recyclés à 40%.

Pour atteindre ses objectifs, la Commission compte s'appuyer sur une refonte de l'éco-conception pour mettre en valeur l'efficience en matière d'utilisation des ressources, sur la lutte contre le gaspillage alimentaire ou encore sur une nouvelle stratégie sur les matières plastiques.

"Nous allons supprimer les obstacles qui font que les entreprises ont du mal à optimiser leur utilisation des ressources et nous allons stimuler le marché intérieur des matières premières secondaires (la transformation des déchets en ressource, ndlr)", s'est engagé Jyrki Katainen, le vice-président en chage de la croissance et de la compétitivité.

Pour la première fois, la Commission doit aussi se pencher sur l'obsolescence : au sein de la directive sur l'éco-conception par exemple, en tenant compte du degré de "réparabilité" d'un bien ou en instaurant de nouvelles normes facilitant la réparation. Mais aussi en préparant un programme d'essais indépendants sur de possibles pratiques d'obsolescence programmée.

Quelque 650 millions d'euros seront attachés au financement de la transition, au travers du programme européen de financement de la recherche et de l'innovation, et 5,5 milliards d'euros de fonds structurels pour la gestion des déchets.

"On va rattraper le temps perdu", a promis Frans Timmermans.

mla/agr/mct