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02/12/2015 18:41 EST | Actualisé 02/12/2016 00:12 EST

En Corée du Sud, le clergé va devoir se convertir à l'impôt

Après plus de 40 ans de débats, le Parlement sud-coréen a adopté une loi qui obligera l'influent clergé sud-coréen, les pasteurs protestants, les prêtres catholiques comme les moines bouddhistes, à payer l'impôt.

Le texte a été adopté peu avant minuit mercredi par 195 voix contre 20 et 50 abstentions.

La route pour faire entrer le clergé dans le droit commun de l'imposition a été longue. Jusqu'alors, toutes les tentatives pour lui faire payer l'impôt se sont heurtées à l'opposition véhémente d'une partie des intéressés et à la réticence de la classe politique.

La loi n'entrera en vigueur qu'en 2018, ce qui témoigne du caractère sensible du sujet.

Cette période de grâce sera mise à profit pour parler aux différentes religions "afin que cette politique puisse entrer en vigueur sans trop de turbulences", a expliqué Kang Seog-Hoon, parlementaire membre du parti conservateur Saenuri au pouvoir.

Le clergé en Corée du Sud compte environ 360.000 membres toutes obédiences confondues, selon les estimations. Ses revenus seront désormais considérés comme des "revenus religieux" et non plus comme des revenus "honoraires".

Ceux qui perçoivent moins de 40 millions de wons annuels (32.000 euros) seront taxés sur 20% seulement de leurs revenus. A l'autre bout du spectre, ceux qui gagnent plus de 150 millions de wons seront imposés sur 80% de ce revenu.

- Une foi fervente -

Les enquêtes d'opinion montrent depuis longtemps que la population est favorable à ce que les religieux rentrent dans le rang. Certaines organisations maintiennent le plus grand secret sur leurs arrangements financiers.

"On peut considérer que les pasteurs qui reçoivent des bénéfices et des cadeaux à côté de leurs revenus mensuels et qui n'acquittent pas l'impôt ne remplissent pas leur devoir de membres de la communauté", a estimé Kim Ai-Hee, secrétaire général de l'Alliance chrétienne coréenne pour la réforme de l'Eglise.

Ceux qui se rendent pour la première fois en Corée du Sud sont en général surpris par la multitude de croix illuminées au néon qui éclairent la capitale.

Il semblerait que la croissance économique et la modernité aient nourri la ferveur religieuse plutôt que le militantisme laïc.

La dernier recensement national interrogeant aussi les Sud-Coréens sur leur appartenance religieuse, datant de 2005, montrait que près de 30% d'entre eux se disaient chrétiens et 23% bouddhistes.

Depuis le milieu des années 1990, le clergé catholique paye volontairement l'impôt sur le revenu.

Les plus fervents opposants à la nouvelle loi se retrouvent parmi la communauté protestante, plus importante et surtout très influente politiquement.

Certaines églises protestantes rassemblent de très importantes communautés de fidèles ainsi qu'une richesse considérable. Elles sont parfois gérées à la manière de petits fiefs héréditaires, leurs chefs transmettant les rênes de ces congrégations à leurs enfants.

En 2014, le pasteur de la plus grande d'entre elles, la Yoido Full Gospel Church de Séoul, a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour avoir détourné des millions de dollars.

- Craintes de retour de bâton -

Ceux qui s'opposent à l'impôt disent agir par principe et non par intérêt personnel.

"Imposer l'activité religieuse revient à la considérer comme de l'activité commerciale", dit la Commission des Eglises de Corée, un regroupement conservateur protestant, dans un communiqué.

Choi Kwi-Soo, porte-parole de cette commission, relève aussi qu'à la différence des moines bouddhistes et des prêtres catholiques, les pasteurs protestants sont généralement mariés avec enfants, et seront davantage pénalisés.

"Ils sont différents des moines et des prêtres qui peuvent se contenter de revenus relativement faibles. Cela devrait être pris en compte", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le premier à vouloir s'en prendre à la citadelle de la religion fut Lee Kak-Yeon, le premier chef du fisc national, qui en 1968, avait jugé que le clergé ne devrait pas être exempt de ce qu'il considérait comme un devoir civique élémentaire.

D'autres ont repris plusieurs fois le flambeau. La dernière tentative remonte à 2013 mais le gouvernement avait reculé face à l'opposition farouche de personnalités religieuses de premier plan.

Des élections législatives sont prévues en avril 2016, suivies d'une présidentielle fin 2017. Nombre d'observateurs pensent que c'est là la vraie raison de la période de grâce précédant l'entrée en vigueur de la loi.

Les églises protestantes ont un pouvoir politique puissant dans certaines circonscriptions et les parlementaires du Saenuri pensent qu'ils seront les principales victimes du retour de bâton.

gh/ev/jr