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01/12/2015 23:18 EST | Actualisé 01/12/2016 00:12 EST

Deux militantes basques françaises jugées à Madrid redoutent "une injustice"

"Si nous allons en prison, ce sera pour une injustice", affirment à l'AFP deux militantes nationalistes basques françaises, Aurore Martin, 36 ans, et Haizpea Abrizketa, 37 ans, jugées à partir de jeudi à Madrid pour "participation à une organisation terroriste".

Les deux jeunes femmes, qui encourent 12 ans de prison, comparaîtront libres devant l'Audience nationale, juridiction espagnole spécialisée dans les affaires de terrorisme et les grands dossiers financiers, aux côtés de 33 autres membres présumés de Batasuna, organisation considérée par Madrid comme le bras politique de l'organisation séparatiste basque ETA.

Les 35 prévenus sont accusés d'avoir mené des activités politiques (signatures d'articles, conférences de presse, meetings..) pour le compte de Batasuna, interdit en Espagne depuis 2003 mais légal en France.

Les défenseurs d'Aurore Martin et d'Haizpea Abrisketa, à l'instar de Christophe Desprez, président de la Ligue des Droits de l'Homme au Pays Basque, estiment que sous le prétexte de l'accusation de "participation à une organisation terroriste", "c'est leur activité politique qui est réprimée".

"On nous reproche d'avoir exercé notre droit d'opinion et d'expression, des droits démocratiques élémentaires", disent d'une seule voix Aurore et Haizpea.

- 'L'attente, toujours l'attente' -

Le procès intervient après huit ans d'attente, les faits reprochés ayant eu lieu en 2006-2007. Il a été reporté une huitaine de fois et il doit se dérouler sur quatre mois.

"L'attente, toujours l'attente, celle de la sentence à venir est la pire", martèlent Aurore et Haizpea. "Le plus dur est de vivre la vie de tous les jours" sachant "qu'au bout, nous serons certainement condamnées à de la prison".

"Nous n'avons jamais exercé un droit illégal", affirment-elles, faisant valoir qu'"au moment où la procédure s'est déclenchée, la gauche indépendantiste, dont nous faisons partie, venait de participer à des mois de négociations pour mettre en place un processus de paix au Pays Basque".

Après un cessez-le-feu unilatéral de l'ETA en mars 2006, le socialiste Jose Luis Zapatero (président du gouvernement espagnol de 2004 à 2011) avait annoncé "l'ouverture d'un dialogue", rompu en décembre 2006 à la suite d'un attentat de l'ETA à l'aéroport madrilène de Barajas, provoquant la mort de deux Equatoriens.

L'ETA, tenue pour responsable de la mort d'au moins 829 personnes dans des attentats au nom de sa lutte pour l'indépendance du Pays basque et de la Navarre, a renoncé à la violence en octobre 2011 tout en refusant de se dissoudre depuis, comme l'exigent Paris et Madrid.

Aurore et Haizpea disent s'être "impliquées dès 2006 dans le processus de paix" que les nationalistes basques s'efforcent de faire revivre depuis l'abandon de la lutte armée.

Aurore Martin est connue du grand public en France. En 2012, elle était devenue la première Française remise à l'Espagne pour des faits liés aux affaires basques. Au-delà des milieux nationalistes, son sort avait mobilisé des parlementaires de droite, du centre et de gauche.

Haizpea Abrizketa, jeune mère de famille d'Urrugne (Pays Basque français), est la fille d'un militant historique de l'ETA. "Le 3 décembre, mon nom commençant par A, je serai la première à déposer à Madrid. Comme ce fut le cas de mon père qui, jour pour jour, 45 ans auparavant, avait été le premier à le faire lors du procès de Burgos", à l'époque de la dictature franquiste.

Josu Abrizketa, père d'Haizpea, alors âgé de 19 ans, avait été condamné à 62 ans de prison. Amnistié en 1977 après la mort du dictateur Francisco Franco, exilé en 1979 au Pays Basque français d'où il a été expulsé en 1984, il vit aujourd'hui à Cuba.

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