POLITIQUE
02/12/2015 10:02 EST | Actualisé 03/12/2015 10:52 EST

Aide médicale à mourir : plusieurs mesures seront en vigueur, malgré la suspension

Nombreux sont ceux qui déplorent le fait que le débat sur l'aide médicale à mourir ait occulté l'objectif principal du projet de loi. « Toute personne dont l'état le requiert a le droit de recevoir des soins de fin de vie », stipule le texte.

Un texte de Davide Gentile

Pour la docteure Christiane Martel, légiférer quant à ce droit est un progrès qui forcera le réseau de la santé à améliorer l'offre de soins palliatifs. « On doit au moins travailler pour que l'accès soit équitable », dit la présidente de la Société québécoise des soins palliatifs, qui parle d'importantes disparités régionales. Une assertion basée sur ses 20 ans de travail dans le domaine et partagée par plusieurs autres experts de ce secteur.

Elle croit qu'avec des soins palliatifs de qualité, le nombre de demandes d'aide à mourir serait de toute façon très limité.

Alain-Philippe Lemieux, directeur de la Maison Michel Sarrazin à Québec, va dans le même sens. « Plus on va avoir des soins palliatifs de qualité, moins les gens vont demander de mettre fin à leurs jours. »

Autre élément important de la loi : offrir des soins palliatifs à domicile. C'est ce que souhaite une forte proportion des gens en fin de vie, mais ici aussi, l'offre est inégale d'une région à l'autre.

Christiane Martel pense, comme d'autres spécialistes, qu'améliorer l'offre à domicile peut contribuer à désengorger les urgences. « On pourrait faire des économies importantes en ayant un meilleur service à domicile. »

La loi sur les soins de fin de vie protège aussi les droits des patients face aux craintes d'acharnement thérapeutique. Les directives médicales anticipées vont permettre aux Québécois de consigner par écrit leurs dernières volontés médicales. « Si je suis dans un coma irréversible, je refuse d'être intubée, je refuse d'être réanimée, je refuse d'avoir de la dialyse », illustre Christiane Martel.

Les Québécois pourront remplir un formulaire à cet effet qui sera déposé dans un registre provincial auquel les médecins auront accès. Le secrétaire du Collège des médecins, Yves Robert, voit là un gros changement. « C'est la première fois qu'une personne peut imposer sa volonté en prévision du jour où elle pourrait devenir inapte ».

La loi vient aussi baliser une pratique médicale déjà répandue : la sédation palliative continue. Cette pratique consiste à plonger le mourant dans le coma pour éviter une agonie souffrante. On laisse la nature suivre son cours. Alors que pour l'aide médicale à mourir, on prévoyait de permettre l'administration d'un médicament qui stopperait les fonctions vitales.

Les médecins devront, à partir du 10 décembre, obtenir le consentement écrit du patient avant de procéder à une sédation palliative continue. Et après le décès, la procédure devra aussi être déclarée à l'établissement de santé dont relève le médecin.

Les intervenants consultés par Radio-Canada appuient le plan de développement des soins palliatifs lancé par Gaétan Barrette en novembre. Le plan vise, entre autres, à appuyer financièrement les proches aidants et à mieux coordonner l'offre de soins palliatifs.

Là-dessus le directeur de la Maison Michel Sarrazin estime que la fusion des établissements, souvent décriée, va plutôt permettre d'améliorer la coordination des soins. « Il y aura un moins grand nombre de joueurs et plus de cohésion » à l'intérieur d'une même région, estime Alain-Philippe Lemieux.

Galerie photo Le droit à l'euthanasie à travers le monde Voyez les images