BIEN-ÊTRE
01/12/2015 08:30 EST | Actualisé 01/12/2016 05:12 EST

Produire de l'électricité avec du jus de choucroute (VIDÉO)

Des Alsaciens contribuent à leur façon à protéger l'environnement : ils transforment les déchets de choucroute en énergie. Nous sommes allés voir comment ils s'y prennent.

Un photoreportage de Sylvain Desjardins

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Nous voici à l'entrée du village de Krautergersheim, près de Strasbourg, au royaume de la choucroute. Dans cette campagne qui borde la frontière allemande, on ne voit que ça : des champs de choux, à perte de vue!

Et au milieu de ces champs, une petite usine, celle de la ferme Speisser, qui fabrique de la choucroute depuis trois générations.

Le patron, Constant Speisser, est l'un des 10 producteurs de choux d'Alsace. Ces producteurs fournissent ensemble 70 % de toute la choucroute consommée en France.

«On a six employés en usine, et deux qui font la récolte dans les champs, c'est tout», explique Constant Speisser. L'opération est mécanisée et efficace. On traite 70 tonnes de choux par jour.

La fabrication de la choucroute de base est très simple : une fois le chou découpé en lamelles, on y ajoute du sel et on l'entasse dans d'immenses cuves fermées où se fait la fermentation pendant environ 15 jours.

Le mélange est vendu à des entreprises d'alimentation qui se chargeront de la cuisson.

La fermentation produit, par ailleurs, des quantités impressionnantes d'eau salée, le jus de choucroute, qui a toujours été considéré comme un déchet.

«Chaque tonne de choucroute nous laisse 300 litres de jus. C'est beaucoup! On pourrait l'utiliser comme engrais, mais il faudrait le traiter avant, et je n'ai pas les moyens de faire ça.»

— Constant Speisser, fermier

La transformation du jus de choucroute en engrais n'est pas rentable pour le moment. Mais ce qui l'est par contre, c'est d'en faire de l'électricité.

C'est exactement ce qui se passe à la station de traitement des eaux usées de la région, propriété publique, gérée par la compagnie d'énergie française Suez.

L'ensemble de la station ressemble à n'importe quelle autre usine de traitement des eaux. De fait, il y a bien une section de l'usine qui traite les eaux usées. Mais les boues recueillies après filtration sont transformées en gaz par des bactéries, en milieu fermé.

Même procédé avec le jus de choucroute qui arrive des fermes environnantes par camions-citernes. Le jus est transféré dans une sorte d'immense silo-méthaniseur, bourré de bactéries spécialisées qui digèrent le liquide pour en faire du gaz.

Ce gaz alimente un immense moteur à combustion industriel, qui fait tourner des bobines qui produisent à leur tour de l'électricité, acheminée sur le réseau de transport local.

«Nous sommes la seule usine du genre dans le monde», dit Clément Ritter, directeur des communications de Suez, pour la région Alsace.

«En faisant ce traitement, on se débarrasse d'un déchet problématique qu'il fallait autrefois emmener jusqu'à Strasbourg, à 40 km d'ici. Notre usine est située à moins de 5 km de toutes les fermes de choux. Pour moins de frais, on s'en débarrasse, et en plus, on fait de l'énergie avec.»

— Clément Ritter, porte-parole de Suez

Résultat : de l'électricité verte pour plus de 2000 résidents et l'élimination d'un déchet qui pouvait être dommageable pour l'environnement. «Certains agriculteurs avaient parfois tendance à se débarrasser de ce jus dans leurs champs», précise Séverine Sromane, directrice des installations de Suez pour la région du Bas-Rhin.

«Ce jus est chargé de nitrates. Il est très polluant pour la nappe phréatique. Donc, là, on arrive à capter tous ces jus susceptibles de polluer, et on voit l'amélioration des taux de nitrates dans les nappes d'eau.»

— Séverine Sromane, porte-parole de Suez

Seule ombre au tableau : les agriculteurs doivent encore payer pour apporter leur jus de choucroute ici. L'usine de 27 millions d'euros (environ 40 millions de dollars canadiens) est en marche depuis trois ans. Les coûts d'amortissement ne permettent pas aux agriculteurs de tirer profit de la vente d'électricité.

La station de méthanisation pourrait être encore plus rentable si on arrivait à obtenir d'autres sous-produits agricoles.

Par exemple, Constant Speisser aimerait bien trouver un débouché pour les déchets solides de sa fabrique de choucroute, comme par exemple, les feuilles de chou en trop dont il ne sait plus quoi faire : «On pourrait méthaniser tout ça, aussi!»

«C'est vrai. Mais ça prendrait de nouveaux investissements. Tout ce qui vient de l'agroalimentaire est utilisable. Pour nous, ce ne sont pas des déchets, ce sont des opportunités. Le reste est politique... et technique. La porte est ouverte», conclut le porte-parole de Suez, Clément Ritter.

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