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30/11/2015 23:27 EST | Actualisé 30/11/2016 00:12 EST

Le yuan adoubé par le FMI, mais son essor international reste suspendu aux réformes de Pékin

L'adoubement du yuan par le Fonds monétaire international (FMI) contribuera à doper son usage hors de Chine et sa place dans les réserves des banques centrales, mais faute d'une libre convertibilité, son essor prendra du temps et restera suspendu aux réformes financières de Pékin.

L'institution de Washington a confirmé lundi l'inclusion du yuan au panier de devises déterminant son unité de compte, le reconnaissant comme monnaie de réserve.

Une victoire hautement symbolique pour Pékin, qui ne ménage pas ses efforts pour renforcer le rôle international du renminbi (autre nom du yuan) à la hauteur de sa puissance économique.

Pourtant, les répercussions immédiates ne devraient pas être spectaculaires, même si la décision du FMI encouragera les grandes banques centrales à accélérer la diversification de leurs réserves de changes, notaient plusieurs experts.

"Les banques centrales ne sont pas obligées de s'aligner sur la composition des DTS, mais en pratique elles en tiennent compte. Cela devrait se vérifier avec le yuan", vu le poids de la deuxième économie mondiale, soulignait Dariusz Kowalczyk, stratégiste de Crédit Agricole.

"En six ans, la part du renminbi dans leurs réserves pourrait grimper de 1,4% actuellement à entre 4,7% et 10%", ce qui impliquerait des achats de yuans allant jusqu'à 110 milliards de dollars par an, estimait-il.

Mais cette évolution "ne va pas intervenir du jour au lendemain" et dépendra du degré de confiance des institutions financières, avertissait Raymond Yeung, économiste chez ANZ.

- Convertibilité restreinte -

De fait, "les banques centrales, comme tous les gérants de fonds, préfèrent des devises complètement convertibles et pour lesquelles il existe de vastes marchés des changes et marchés obligataires" où les échanger facilement, abondait Andrew Kenningham, du cabinet Capital Economics.

C'est là que le bât blesse: "L'attractivité du yuan comme monnaie de réserve restera entravée par son manque de convertibilité et par une +liquidité+ limitée", sans compter les inquiétudes sur le ralentissement de léconomie chinoise, énumérait-il.

Pour intégrer le panier du FMI, une devise doit être "largement utilisée" et "librement utilisable".

Le premier critère ne posait guère problème: le yuan était en septembre la cinquième devise pour les paiements internationaux, avec 2,45% des transactions --même si très loin du dollar (43,3%) ou de l'euro (28,6%)--, selon la société financière SWIFT.

La seconde exigence, en revanche, faisait débat: loin d'être librement convertible, le renminbi ne peut fluctuer face au dollar que dans une fourchette de part et d'autre d'un taux pivot déterminé chaque jour.

Soucieux d'éviter des fuites de capitaux, Pékin continue d'imposer de fortes restrictions aux mouvements de fonds hors du pays. Le récent démantèlement de réseaux accusés de transférer illégalement des centaines de milliards de yuans à l'étranger témoigne de l'intransigeance des autorités.

"L'inclusion dans les SDR ne remplacera pas les profondes réformes structurelles (nécessaires pour ouvrir le système financier chinois). La Chine a promis de lever ses contrôles sur les capitaux d'ici 2020, ce qui signifie qu'une libre convertibilité est encore lointaine", insistait Andrew Colquhoun, analyste de Fitch Ratings.

- Interventionnisme persistant-

Certes, la Chine a multiplié les gages de bonne volonté, entamant la libéralisation de ses taux d'intérêt, et en autorisant plusieurs banques centrales et fonds souverains étrangers à accéder à son marché des changes intérieur.

La banque centrale (PBOC) avait annoncé en août une dévaluation de quelque 5% de la monnaie chinoise, en expliquant avoir modifié son mode de calcul du taux de référence du yuan pour le rapprocher de sa valeur "réelle" --ce que le FMI avait salué.

La PBOC a également conclu des accords d'échanges de devises avec une trentaine de grandes banques centrales.

Mais Pékin devra intensifier ses efforts s'il veut vaincre les réticences des investisseurs institutionnels comme celles du secteur privé.

Sa politique économique "imprévisible" et ses interventions chaotiques sur les marchés cet été en plein krach boursier "sont autant de solides raisons de se tenir à l'écart", relevait Mark Williams, expert de Capital Economics.

Enfin, la décision du FMI ne devrait pas modérer les flux de capitaux hors de Chine, qui se sont accélérés en dépit des restrictions, dopés par la dégradation de la conjoncture et la crainte d'une dépréciation continue de la devise.

Dans ce contexte, la PBOC devrait continuer d'intervenir lourdement pour garantir la stabilité du renminbi, car tout assouplissement trop rapide des contrôles conduirait à voir son cours s'enfoncer nettement, étant donné les fondamentaux économiques moroses: "la quadrature du cercle", commentait-on chez Barclays.

jug/ple/pt