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01/12/2015 04:53 EST | Actualisé 01/12/2016 00:12 EST

La France face au génocide rwandais

L'attitude de la France lors du génocide au Rwanda, qui a fait entre avril et juillet 1994 près de 800.000 morts selon l'ONU, principalement au sein de la minorité tutsi, est depuis 20 ans l'objet de très vives controverses.

- 1994: GÉNOCIDE -

- 6 avr: L'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, est abattu au-dessus de Kigali.

Le 7, début des massacres à grande échelle. Les Tutsi sont accusés sans discernement par le pouvoir, alors dominé par les Hutu, de collusion avec la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, à majorité tutsi) venue d'Ouganda et entrée dans le nord depuis 1990.

Quelque 500 parachutistes français évacuent (opération Amarylis) plus d'un millier de ressortissants français et étrangers.

- 1994: OPÉRATION TURQUOISE -

- 22 juin: L'ONU donne son feu vert à la France pour une opération militaire à but humanitaire, Turquoise.

Le FPR accuse la France de chercher à sauver le régime et les auteurs du génocide en envoyant ses troupes.

L'opération va mobiliser jusqu'à août 2.500 soldats français ainsi que plusieurs contingents africains dans le sud-ouest du pays et dans les camps de réfugiés dans l'est du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo, RDC). Elle crée une "Zone humanitaire sûre" (ZHS) dans le sud-ouest, sur environ 1/5 du territoire rwandais, y interdisant temporairement de facto la progression des rebelles du FPR.

Le 4 juillet, le FPR s'empare de Kigali, mettant fin au génocide.

Fin 1995, le président rwandais Pasteur Bizimungu affirmera que Turquoise était destinée à "fournir un repli aux tueurs, afin de leur faciliter la reconquête du pouvoir".

- 1998: LA FRANCE "NULLEMENT IMPLIQUÉE" - "ERREUR DE STRATÉGIE" -

- 15 déc: Une mission parlementaire exonère la France, "nullement impliquée" dans le génocide, mais retient une certaine responsabilité, due à "une erreur globale de stratégie" et à des "dysfonctionnements institutionnels".

Pour Kigali, la France est "coupable de crimes de génocide au Rwanda".

La mission avait été créée en mars pour répondre aux interrogations et aux critiques qui se sont élevées en France et à l'étranger sur la conduite de Paris au Rwanda.

- 2006-2009: RUPTURE DES RELATIONS -

- 17 nov: Le juge Jean-Louis Bruguière recommande des poursuites contre le président rwandais Paul Kagame devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa "participation présumée" à l'attentat contre l'avion d'Habyarimana, puis signe neuf mandats d'arrêt contre des proches du président. Une semaine plus tard, le Rwanda rompt ses relations diplomatiques avec la France, rétablies trois ans plus tard. Les relations restent néanmoins timides entre les deux pays - à l'exception d'un bref réchauffement sous la présidence de Nicolas Sarkozy - et pétries d'une grande méfiance.

- 2014: PREMIER PROCÈS EN FRANCE EN LIEN AVEC LE GÉNOCIDE -

- 14 mars: L'ex-officier de la garde présidentielle Pascal Simbikangwa est condamné à 25 ans de prison, premier procès lié au génocide en France. Il a fait appel. Attendu en 2016, un second procès vise deux anciens bourgmestres.

- 2015: DES MISES EN EXAMEN D'OFFICIERS RECLAMÉES -

- 1er déc: Des associations parties civiles dans l'enquête à Paris sur Turquoise ont demandé la mise en examen pour complicité de génocide de militaires français, indique une source proche de l'enquête. Elles accusent ces militaires d'avoir abandonné aux massacres des centaines de civils tutsi sur les collines de Bisesero, fin juin 1994.

acm/vdr/AT/hba/jhd