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01/12/2015 03:31 EST | Actualisé 01/12/2015 03:46 EST

Québec pourrait éradiquer la transmission du VIH en cinq ans, croient des chercheurs

Le gouvernement du Québec pourrait réduire considérablement le nombre de nouvelles infections au VIH, voire empêcher toute transmission du sida d'ici cinq ans, en adoptant une véritable approche intégrée pour lutter contre la maladie, estiment des experts et des intervenants communautaires.

La microbiologiste et infectiologue Cécile Tremblay est au nombre des experts qui croient à cet objectif. Elle l'a écrit dans une lettre au ministre de la Santé co-signée par une vingtaine d'autres chercheurs, médecins et intervenants, et elle revient à la charge, mardi, à l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le sida.

Cette chercheuse du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal appuie notamment ses dires sur une nouvelle étude publiée mardi dans le New England Journal of Medecine portant sur l'efficacité d'un traitement préventif, le Truvada. Mme Tremblay était la chercheuse principale de cette étude au Canada.

L'étude conclut que les gens à risque d'attraper le sida qui reçoivent le Truvada obtiennent un niveau de protection de 86 %. « On est extrêmement heureux », a lancé Mme Tremblay, appelée à commenter ces résultats dans une entrevue accordée à ICI RDI.

« C'est des chiffres extraordinaires et ça prouve maintenant hors de tout doute qu'on a des outils très puissants pour éliminer la transmission du VIH. »

— La microbiologiste et infectiologue Cécile Tremblay

Une lutte reposant sur deux axes

Selon Mme Tremblay, Québec doit utiliser ces résultats pour développer une approche multidisciplinaire reposant sur deux axes : l'un destiné à poser un diagnostic chez les gens qui ignorent qu'ils sont porteurs du virus, l'autre visant spécifiquement une clientèle considérée à risque.

« D'une part, on doit faire des efforts encore plus grands pour diagnostiquer les gens qui vivent avec le VIH et qui ne le savent pas pour pouvoir leur offrir le traitement. Parce qu'on sait que, quand les gens sont traités, ils ne transmettent plus la maladie. Ils ne sont plus contagieux », indique-t-elle.

Pour la chercheuse, il faut donc trouver des moyens différents pour parvenir à sensibiliser des gens qui ne fréquentent pas le système de santé ou les cliniques spécialisées du VIH, notamment les jeunes. « Il faut qu'on développe ces outils-là pour aller leur donner l'information et leur offrir au besoin », dit-elle.

« D'autre part, poursuit Mme Tremblay, on peut offrir aux gens qui sont à risque de l'attraper ce médicament-là, le Truvada, qui permet de protéger contre l'infection » C'est ce qu'on appelle la prophylaxie pré-exposition (PrEP).

« Avec des approches comme ça, on peut arriver à infléchir la trajectoire de l'épidémie, pas juste garder le couvercle sur la marmite, ce qu'on fait présentement, mais arriver à faire en sorte qu'on coupe diamétralement le nombre de nouvelles infections par année, et éventuellement, qu'il n'y ait plus de transmission. »

— Cécile Tremblay, chercheuse au Centre de recherche du CHUM

« Dans cette approche de prophylaxie pré-exposition, ça prend des visites régulières. Il faut s'assurer que la personne a été bien testée pour le VIH, qu'elle n'est pas positive. Il faut encadrer, continuer le counselling, offrir des condoms, des visites aux trois mois, pour dépister d'autres ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang), précise-t-elle.

« Donc, ça prend des ressources supplémentaires pour les cliniques, les centres communautaires qui accueillent cette population-là, pour qu'ils puissent avoir des infirmières, des travailleurs sociaux, des équipes multidisciplinaires, un programme intégré. »

« À défaut d'avoir un vaccin, on pense qu'on a les outils suffisants avec des stratégies comme la PrEP, comme le traitement des personnes atteintes, qui fait qu'elles ne sont plus contagieuses. Si on jumelle ces stratégies-là avec nos autres stratégies de condoms, de conseils, on pense que ça peut être aussi efficace qu'un vaccin. »

— Cécile Tremblay, chercheuse au Centre de recherche du CHUM

Aller au-delà d'une épidémie « gérable »

Cécile Tremblay est d'avis que le gouvernement du Québec a été « exemplaire » jusqu'ici dans sa lutte contre le sida, notamment parce qu'il a été « parmi les premiers à mettre en place des équipes multidisciplinaires pour aborder la question du VIH. »

« Depuis qu'on a des échos que ce médicament-là pourrait être utile, on permet aux médecins de le prescrire à des gens particulièrement à risque », ajoute-t-elle, en précisant que cela n'est pas encore le cas ailleurs au Canada.

Mais « il ne s'agit pas juste de faire une prescription à quelqu'un pour lui dire : "prends le médicament, et ça va te protéger" », assure la chercheuse. « Ça prend un programme pour implanter ces approches-là de façon très structurée et très ciblée » pour parvenir à éliminer la maladie.

« Ici, on a réussi à contenir l'épidémie à des niveaux qui sont gérables par rapport à des approches comme ça, et où on pourrait avoir encore plus d'impact si on l'implémente de façon structurée ce programme-là. »

— La microbiologiste et infectiologue Cécile Tremblay

« C'est pour ça que nous, on souhaite discuter avec le ministère pour voir des façons de faire où on pourrait mesurer nos interventions et vérifier au fur et à mesure si on est en voie d'atteindre cet objectif-là », explique-t-elle.

Le président fondateur de la clinique L'Actuel, spécialiséee dans le traitement du VIH, Réjean Thomas, est au nombre de ceux qui partagent l'avis de Mme Tremblay. Dans une lettre ouverte publiée mardi dans Le Devoir, il affirme lui aussi que le Québec peut éradiquer la transmission du VIH d'ici cinq ans.

Notant que « l'épidémie de VIH au Québec est loin d'être stabilisée » et que « l'infection demeure très préoccupante », il plaide entre autres que le gouvernement doit rendre la prophylaxie pré-exposition disponible « à toutes les personnes susceptibles de pouvoir en bénéficier, et pas seulement dans les grandes villes ».

« La volonté politique est essentielle pour atteindre ces objectifs », conclut le Dr Thomas, qui rappelle qu'environ 20 000 Québécois sont porteurs du VIH, mais que 5000 d'entre eux ne le savent pas.

Selon Le Devoir, la lettre envoyée au ministre Barrette le mois dernier a été transmise à sa collègue Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Santé, qui entend prendre connaissance des propositions du groupe d'ici Noël.

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