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01/12/2015 04:21 EST | Actualisé 01/12/2016 00:12 EST

Al-Qaïda en Syrie libère 16 otages libanais

La branche syrienne d'Al-Qaïda a libéré mardi 16 militaires et policiers libanais qu'elle détenait depuis août 2014, en échange de 25 personnes, dont des prisonniers, et d'une aide humanitaire.

Cet échange avec le Front Al-Nosra est l'épilogue de négociations longues et ardues menées avec le Liban, impliqué malgré lui dans la guerre qui fait rage dans la Syrie voisine.

Il met fin partiellement au calvaire des familles de soldats qui campaient depuis plus d'un an sous des tentes installées près du Sérail, le siège du Premier ministre à Beyrouth, pour faire pression sur les autorités.

Mais l'inquiétude perdure sur le sort de neuf autres soldats et policiers libanais aux mains du groupe Etat Islamique (EI), qui s'est illustré depuis sa création par une série d'actes barbares.

L'échange s'est déroulé dans la zone désertique des collines d'Arsal, battues par le vent, aux confins du Liban et de la Syrie.

Présents sur les lieux, des jihadistes cagoulés arboraient leur drapeau noir proclamant: "Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, Front al-Nosra".

Après leur libération, les trois militaires et les 13 policiers sont arrivés à bord de véhicules de la Croix Rouge libanaise au premier poste de contrôle de l'armée, avant de rejoindre le village de Laboué, dans la plaine de la Bekaa, a constaté un journaliste de l'AFP.

A leur arrivée, les otages, tous barbus, ont reçu un accueil chaleureux des habitants, qui leur ont jeté du riz, les ont portés sur les épaules et tiré en l'air.

Dans le cadre de l'accord, des camions d'aide humanitaire ont franchi la frontière vers la Syrie.

- L'ex-femme de Baghdadi relâchée -

En échange de la libération, 19 personnes, accusées d'actes de terrorisme, ont été libérées dans la région d'Arsal et six autres à Tall, près de Damas, par le régime syrien.

Selon une source de la Sûreté Générale, parmi les 19 libérées au Liban, dix ont voulu se rendre à Beyrouth tandis que neuf autres sont parties avec Al-Nosra en Syrie.

Le directeur-général de la Sûreté, Abbas Ibrahim, a précisé que certaines d'entre elles allaient "rester à Beyrouth et que leur situation serait régularisée".

Parmi celles qui ont choisi de se rendre dans la capitale libanaise figure Soujat Doulaimi, l'ex-femme du chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi, arrêtée fin 2014. Elle a expliqué à la télévision vouloir se rendre ensuite en Turquie avec ses trois enfants, dont la fille qu'elle a eue avec le chef de l'EI.

Dans le centre de Beyrouth, les parents des otages s'étaient réunis sous une tente pour regarder avec joie et anxiété les images retransmises par la télévision de cet échange extrêmement délicat que la moindre anicroche aurait pu faire capoter.

Certains criaient, s'embrassaient et lançaient des pétales de fleurs et du riz, signe de félicité. Tandis que d'autres poussaient des "youyous" de joie ou entamaient une dabké, danse traditionnelle.

"Depuis plusieurs jours, je ne dors pas car il y avait des signes positifs", a confié à l'AFP Marie Khoury, dont le frère Georges figure parmi les libérés. "Il va y avoir sept jours de festivités à Kobayate", le village chrétien du nord du Liban dont les hommes sont originaires.

Mais la joie ne sera complète que lorsque ceux qui sont "captifs de l'EI seront libérés" et "nous espérons que l'Etat va redoubler d'effort pour obtenir leur libération", a ajouté Marie Khoury.

Au milieu de la joie, la mère de ces otages a fondu en larmes. "Ne nous oubliez pas", lance-t-elle.

La Sûreté Générale a assuré qu'elle allait "ménager aucun effort pour libérer les neuf autres militaires aux mains de Daech" (acronyme arabe de l'EI), dont on est sans nouvelle.

Au total, une trentaine de soldats et policiers libanais avaient été enlevés en août 2014 par Al-Nosra et l'EI lors d'une incursion des jihadistes dans la région d'Arsal, depuis la Syrie toute proche. Quatre de ces otages ont été exécutés et un cinquième est mort des suites de ses blessures.

Al-Qaïda a rendu mardi le corps de l'un d'eux, Mohammad Hammiya, exécuté l'an dernier.

Des responsables libanais ont souligné le rôle important joué dans les négociations par le Qatar, petit Etat du Golfe qui soutient certains groupes armés opposés au régime syrien.

rh-sk/jri