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Garder les buts dans la LNH, ça fait très mal

BILLET - Il se marque de moins en moins de buts dans la LNH. Inquiétés par cette tendance, les dirigeants de la ligue se sont entendus, il y a deux semaines, pour réduire l'équipement des gardiens à compter de la saison 2016-2017.

Un texte de Martin Leclerc

Or, personne n'a pris la peine de s'asseoir avec un équipementier pour savoir si de telles modifications sont : a) possibles et b) si elles auraient un effet concret sur le nombre de buts marqués au cours d'une saison.

Pour les observateurs qui suivent les activités d'une équipe de la LNH comme pour les amateurs qui regardent des matchs de hockey dans leur salon, l'idée de réduire l'équipement des gardiens semble pleine de bon sens.

« Dans les années 1980, l'équipement de Patrick Roy n'était pas volumineux comme celui des gardiens d'aujourd'hui, et il stoppait les rondelles quand même », se disent-ils.

Lorsqu'on pose cette question à Patrick Lefebvre, l'incrédulité lui fait instantanément soulever le regard vers le ciel.

« Je suis tellement content de pouvoir parler de ça! Depuis des semaines, il s'est écrit et dit tellement d'énormités au sujet de l'équipement des gardiens et de cette décision de la LNH. Les gens ne comprennent pas ce que vivent les gardiens », réagit-il.

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Dans le monde du hockey, peu de gens ont autant de recul que les Lefebvre pour raconter et mesurer l'évolution de l'équipement des gardiens.

Michel Lefebvre, le père de Patrick, a eu Ken Dryden comme premier client dans les années 1970. À l'époque, le légendaire gardien du CH avait besoin d'un protecteur spécial pour continuer à jouer malgré une blessure à un pied.

Après cette première collaboration, Michel Lefebvre a commencé à confectionner des masques très innovateurs. Michel Larocque et Richard Sévigny, notamment, portaient des masques spécialement moulés par Lefebvre.

Cet inventif artisan ne s'est pas arrêté là. Il s'est ensuite lancé dans la production de jambières, qu'il taillait et assemblait dans son sous-sol tandis que sa femme, Diane, s'occupait de la finition.

Dans les années 1980, Patrick Roy a révolutionné la position de gardien en portant des jambières Lefebvre. Les enfants des Lefebvre, Patrick (un ex-gardien de la LHJMQ) et Véronic se sont ensuite joints à l'entreprise, qui s'est par ailleurs spécialisée dans la fabrication de boucliers et de mitaines de gardiens.

Installés à Terrebonne, les Lefebvre et leurs quelque 25 employés (dont plusieurs sont des gardiens) développent et fabriquent aujourd'hui les jambières, boucliers et mitaines de haut niveau de l'équipementier CCM.

Environ la moitié des gardiens de la LNH, dont Carey Price, utilisent leur équipement et profitent de leur vaste expérience.

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« Les gens ne se rendent pas compte de ce que ça représente de garder les filets d'une équipe de la LNH de nos jours. Depuis que les joueurs ont commencé à utiliser des bâtons en composite (les fameux one piece), nous tentons par tous les moyens d'empêcher nos athlètes de se faire blesser et de se faire mal », raconte Patrick Lefebvre.

« Quand les bâtons en bois ont été remplacés par les bâtons en composite dans la LNH, les tirs sont devenus plus vifs et l'équipement des gardiens s'est mis à briser sous la force des impacts. Nos clients nous appelaient pour nous dire qu'ils avaient mal au corps et aux mains lorsqu'ils recevaient des tirs. »

Les Lefebvre, qui étaient en quelque sorte des artisans, n'ont pas eu le choix. Ils ont littéralement dû se métamorphoser en scientifiques du sport. Ils se sont mis à chercher des solutions et à doubler les protections pour protéger les athlètes.

Ils se sont aussi lancés à la quête de nouveaux matériaux plus performants parce que les thermoplastiques traditionnels ne résistaient plus aux impacts.

« Aujourd'hui, par exemple, nous utilisons des plastiques et des mousses qui sont injectables et plus denses. Nous sommes rendus tellement loin en matière de science que nous utilisons maintenant (pour les mitaines et boucliers) des plastiques intelligents qui réagissent et se raidissent davantage lorsqu'un impact survient. »

Mais pendant que les fabricants d'équipement de gardiens cherchent des solutions, les fabricants de bâtons continuent à innover et développent des bâtons qui produisent une sorte d'effet trampoline, ou d'effet coup de canon, et qui permet de relâcher la rondelle beaucoup plus rapidement.

Et les gardiens ont encore mal... « Les tirs sont devenus tellement puissants que, depuis huit ou neuf ans, nous produisons des mitaines encore plus épaisses que les gardiens utilisent spécialement durant les séances d'entraînement. Les gardiens reçoivent plusieurs centaines de rondelles au cours d'une pratique. Ils avaient les mains en charpie après l'entraînement », révèle Patrick Lefebvre.

« Les gens ne se rendent pas compte à quel point ça fait mal de garder les filets dans la LNH. Quand j'entends Roberto Luongo raconter qu'il voit trois nouvelles contusions lui apparaître sur le corps chaque semaine, je me dis que ce sera tout un défi de réduire l'équipement de ces gars-là tout en continuant de les protéger. »

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Après le lock-out de 2004-2005, la LNH avait adopté des règlements visant à réduire la taille des boucliers, des mitaines et des jambières.

« Et dès la saison suivante, la moyenne d'efficacité des gardiens était encore plus élevée qu'avant les modifications! Les gardiens (qui sont aujourd'hui plus grands, plus athlétiques et techniquement impeccables, s'étaient ajustés », rappelle Patrick Lefebvre.

« À mon sens, il n'y a plus moyen de réduire la taille des boucliers, des mitaines et des jambières. Il y a dix ans, les tests avaient clairement démontré que nous avions atteint la limite du compromis acceptable. Les prochaines réductions d'équipement concerneront les plastrons et les culottes des gardiens. La LNH souhaite que ces pièces d'équipement épousent davantage la forme du corps. Est-ce que ça amoindrira l'efficacité des gardiens? L'histoire me porte à croire que non. »

Pour stimuler l'attaque, ne serait-il pas plus efficace de procéder à des changements de règles beaucoup plus simples, respectueuses de l'histoire du hockey, et dont les résultats seraient garantis?

« Il suffirait d'obliger les équipes à purger deux minutes complètes lorsqu'elles écopent une pénalité (et qu'un but survient), et à leur enlever le droit d'effectuer des dégagements lorsqu'elles sont en désavantage numérique et le nombre de buts marqués serait considérablement rehaussé », croit Patrick Lefebvre.

Mais réduire la taille de l'équipement? Absolument rien ne permet de croire qu'il s'agisse d'une bonne idée.

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