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François Pérusse : un nouvel album qui marque un tournant

Le 10e Album du peuple que François Pérusse dévoilait à ses inconditionnels vendredi – et qui a bien failli ne jamais voir le jour – amorce un tournant pour l’humoriste aux mille et une voix. En 2016, la carrière de Pérusse empruntera probablement des directions encore jamais explorées, au grand bonheur de ses nombreux admirateurs.

D’abord, l’homme pourrait revenir à la télévision. Certes, ça ne serait pas une grande nouveauté, puisqu’il cumule déjà dans son bagage sa Pérusse Cité, sa Série du peuple, son Journul et, bien sûr, ses délectables capsules La tite chambre, qu’on peut toujours voir à RDS. Mais un nouvel opus de Pérusse à l’écran, ça pique la curiosité et c’est toujours attendu avec grande impatience.

«J’ai des idées scabreuses, rigole le créateur. J’ai révélé mes idées scabreuses à ceux qui sont intéressés à un produit télé, et on m’a dit de continuer…»

Mais c’est surtout son projet de transposer l’univers fantaisiste des Deux minutes du peuple sur scène qui intrigue. L’entreprise est encore très embryonnaire ; pour l’instant, François Pérusse sait seulement qu’il ne montera pas lui-même sur les planches, que ce seront des comédiens qui donneront vie au Gars qui magasine, à l’animatrice de Sexe Conseil et à ses autres célèbres protagonistes. Pour le reste, tout est encore à inventer.

«Ce n’est pas encore commencé, indique François. Ce qui est commencé… c’est qu’il faut que je m’y mette! (rires) J’ai dit oui depuis un moment, mais récemment, on m’a fait savoir qu’il faudrait commencer bientôt. Et c’est vrai. Je me sens d’attaque, je me sens prêt.»

Ce qui a encouragé François à aller de l’avant avec cette proposition théâtrale, c’est l’hommage qu’on lui a rendu au Festival Juste pour rire, en juillet.

«Gilbert Rozon et Stéphan Bureau m’ont alors dit : «Tu vois bien que ça s’emmène sur scène…» Et comment! Ce sont les meilleurs qui étaient là, de supers humoristes, de supers acteurs, qui interprétaient les personnages. Ils avaient une équipe en or. Ils l’ont joué mieux que moi! Alors, j’ai capoté de voir ça et, oui, je me suis dit que c’est possible. Donc, c’est sur la table, d’écrire quelque chose pour la scène.»

Ne pas étirer la sauce

En attendant, les mordus de son petit monde comique ont un nouvel Album du peuple à se mettre sous la dent pour patienter. Un disque dont François a accouché après s’être fait tirer l’oreille par son gérant.

C’est que le principal intéressé croyait que la tradition des Albums du peuple s’éteindrait après le 9e tome, lancé il y a deux ans, presque jour pour jour. François Pérusse s’est toujours imposé une cadence de création d’albums régulière, mais jamais trop effrénée, afin de ne pas vulgairement essouffler son potentiel et, surtout, l’intérêt du public. Il s’était écoulé deux ans entre les sorties du tome 8 (2011) et du tome 9 (2013), mais quatre ans avaient passé entre les tomes 7 (2007) et 8, et quatre ans aussi entre les tomes 6 (2003) et 7.

«C’est toujours un questionnement, parce que je ne veux pas prendre les gens pour des valises et me dire qu’à chaque fois que je vais sortir un disque, ça va marcher, explique François. J’ai toujours cette impression paranoïaque de trop étirer la sauce. Je ne veux pas prendre le monde pour acquis. C’est bien beau lancer un produit, mais encore faut-il que ce produit soit désiré et apprécié.»

Or, François Pérusse célèbre cette année ses 25 ans de carrière. C’est le 4 septembre 1990, fraîchement débarqué de Québec, qu’il offrait sa toute première capsule sur les ondes radiophoniques.

Et il tenait à marquer le coup, cet automne. Il a songé à concocter des émissions spéciales pour la radio, à organiser un grand concours. Mais son entourage lui a rappelé que ce qui ferait sans doute le plus plaisir à son bassin de fidèles, c’est un nouvel album.

Incertain, François a quand même réécouté son matériel des deux dernières années. Et il a reconnu que la matière ne manquait pas.

«Au bout de quelques mois, je me suis dit que je pensais être capable de faire un album.»

Il s’est donc installé à ses consoles, a retravaillé, peaufiné, corrigé, trié, tamisé. Et, juste à temps pour Noël, paraît cet enchaînement de sketchs anciens et récents, tous rebrassés pour les besoins de la cause. Ses personnages mythiques y sont tous, et on y trouve quelques nouvelles pièces à fredonner (Sacrons-nous la paix, La quincaillerie, Remplissage).

En moins de 24 heures, la réception a été extraordinaire. Dès sa première journée en vente, hier, l’Album du peuple – Tome 10 s’est hissé en première place du palmarès iTunes Québec et en deuxième position du palmarès iTunes Canada. De quoi faire taire – un peu! - les doutes du toujours humble François, qui peine encore à croire, par exemple, qu’un Marc Laurendeau et qu’une Anne-Marie Dussault puissent se délecter de son œuvre, un fait qui l’a beaucoup étonné lorsque celle-ci l’a encensé lors de leur dernière rencontre.

«Puisque c’est le 25e anniversaire, j’ai voulu insérer des extraits qui sont plus vieux. Télé-Acadie, ça date de 2004. J’avais perdu le master de cette capsule, mais j’avais toujours voulu la mettre sur un album. Puis, paf! Je l’ai retrouvée. Avis de recherche, avec Claire Lamarche, j’aurais voulu l’ajouter sur le tome 7 mais, à ce moment-là, l’émission quittait les ondes et ce n’était plus pertinent de l’inclure. Mais, dans un cadre d’anniversaire, c’est un beau rappel de l’époque.»

Autres gros bonbons pour les abonnés aux pitreries vocales de Pérusse : une décapante parodie de La voix, avec un Yoan à la voix d’outre-tombe, de même qu’une ahurissante et réjouissante version de sa légendaire chanson Bonne fête, remixée et allongée.

«Ce sont les paroles telles que chantées au départ, mais découpées et réorchestrées, s’amuse François. J’ai pris la trame existante, je n’ai pas rechanté dessus. Bonne fête, c’était important pour moi, c’est le gros élément du disque.»

«Finalement, je le trouve rigolo, ce disque-là, constate François. Je trouve qu’il a encore sa place. Aujourd’hui, je l’assume. Mais ça m’a pris quelques mois pour arriver là.»

La fin du CD?

Ce dernier-né ayant point de manière presque inattendue, le dixième volet marquera-t-il la fin définitive des Albums du peuple? Il ne faut jamais dire jamais, soutient François.

«J’ai été trop comblé par les gens qui m’ont suivi. Certains sont là depuis le tome 1. Ça me rend heureux. Ça m’apporte de la santé, de la fierté, ça comble mon orgueil. Je suis tellement orgueilleux…(rires) Je me trouve bien chanceux, et je ne peux pas négliger quelque chose qui va bien.»

Pour l’heure, il se dit néanmoins convaincu que son 10e Album du peuple sera le dernier disponible physiquement en magasin. Mais, lui fait-on remarquer, Louis-José Houde l’a bien mentionné dans son monologue d’ouverture, au Gala de l’ADISQ : on annonce sans cesse la mort du disque compact, mais celui-ci ne s’éclipse jamais réellement. On note même un engouement de plus en plus puissant envers les vinyles. Est-on trop alarmistes?

«Peut-être que c’est l’énergie que ça prend, de mettre en marché un produit comme ça, que je remets en question, hasarde François. Le Québec n’a pas encore embarqué complètement dans l’ère électronique, mais il s’y fait, graduellement. On a vendu 7 albums physiques pour 3 numériques du tome 8, alors que c’était 5-5 au tome 9. Cette fois, ce sera quoi? Mais peut-être que je parle à travers mon chapeau. Peut-être y aura-t-il une recrudescence d’intérêt pour l’objet.»

«De quelle façon l’élastique va péter? Moi, je me dis que, tant qu’il y a de l’amour, il y a de l’espoir. Ce n’est pas parce que je commence à avoir des cheveux blancs que je vais vieillir dans ma tête! Il faut que ça continue. Je reste positif…»

Papa amoureux

Poser le jalon d’un dixième album, au bout d’un parcours de 25 ans, impose-t-il nécessairement un bilan? François Pérusse s’avoue nostalgique et affirme ne pas se gêner pour penser au passé. Mais il s’efforce, aussi, de ne pas trop le faire. Parce qu’il a deux bouts de choux de 6 et 8 ans à emmener vers l’avenir.

Deux garçonnets qui ont écouté jusqu’à plus soif le neuvième Album du peuple, mais qui affectionnent aussi Black Dog de Led Zeppelin, et autres perles métal. À six ans, Jaco - prénommé ainsi en l’honneur du village du Costa Rica où il a été conçu – lunettes au bout de son petit nez, fait part de ses découvertes musicales à son père, qui riposte en lui faisant entendre du Black Sabbath. Frédéric, lui, excelle déjà au piano.

«Il a appris à lire et à écrire la musique, lui, avance François, d’un ton où se mélangent fierté et envie. Ces enfants-là ont un grand sens artistique. C’est impossible de dire s’ils vont suivre les traces de leur père. Mais, de toute façon, je vais tout leur montrer. Je vais leur montrer tout ce que je sais. Fredou a déjà commencé à faire des séquences sur le logiciel que j’utilise, il se familiarise avec ça.»

«Mais je ne forcerai rien. Je ne les inciterai surtout pas à être aussi solitaire que je le suis dans mon métier. Ce n’est pas tout le monde qui peut travailler comme ça. Moi, j’ai peut-être l’esprit pour le faire, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.»

François Pérusse est amoureux fou de ses enfants. Ça se lit dans ses yeux, ça s’entend dans sa voix lorsqu’il parle de ses deux «ti-pets». À l’écouter, on conclut que la Vie lui a offert le plus beau des cadeaux lorsque sa conjointe, Mélanie, est tombée enceinte «par accident» après quatre mois de fréquentations. Alors qu’elle fut catastrophée de la nouvelle, lui l’a accueillie avec sérénité, se disant prêt, à 47 ans, à devenir père. Leur bonheur dure désormais depuis 10 ans.

François rit de lui-même en évoquant un récent voyage d’une semaine en Floride de son amoureuse et de ses garçons ; resté à Montréal, le patriarche a quasi souffert le martyre d’être ainsi éloigné de sa progéniture pour une si longue période.

«J’ai tellement passé une dure semaine, se désole-t-il. Moi, je suis moumoune. Je suis «plogué» sur mes enfants, sur ma famille. On s’appelait tous les jours! Eux ont eu du fun, mais on s’est ennuyés… On ne le refera plus! (rires)»

«Ces enfants-là donnent un sens à toute ma vie. Il y a une raison à bien des choses depuis que j’ai des enfants. Je ne pense plus de la même façon. La première chose qui compte, c’est de les accompagner le mieux possible, de leur donner les outils pour bien réussir leur vie.»

«À la maison, je ne suis pas un clown, je suis un père, poursuit François. Mais on a du fun. J’ai toujours peur qu’ils se «pètent la fiole!» Ils m’appellent «Papa attention»!»

De quoi faire craindre l’adolescence qui approche lentement, mais sûrement, pour l’aîné. Une réalité que papa et maman essaient de ne pas trop anticiper…

«On sait que ça va être dur», admet François l’air mi- rieur, mi- horrifié.

L’Album du peuple – Tome 10 est présentement en vente, en ligne et en magasin.

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