POLITIQUE
26/11/2015 12:22 EST | Actualisé 27/11/2015 06:42 EST

Les compressions de 120 millions $ dans les CPE font craindre des pertes d'emplois (VIDÉOS)

Québec imposera un nouvel effort budgétaire de 120 millions de dollars l'an prochain aux Centres de la petite enfance à la faveur d'une réorganisation des ressources. Une nouvelle qui fait bondir l'opposition, les Centres de la petite enfance (CPE) et les garderies privées subventionnées, qui prévoient la perte de 5000 emplois.

Questionné en matinée sur ces compressions à venir, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a confirmé que son gouvernement remet en question les performances de gestion du secteur des services de garde de la province, sans toutefois s'étendre sur le montant des compressions qui seront imposées aux CPE.

Plus tard en journée, l'attaché de la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, a confirmé qu'un effort budgétaire de 120 millions de dollars serait bel et bien demandé l'an prochain dans le secteur des services de garde.

Des compressions de 320 millions $, selon l'AQCPE

L'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) a une lecture plus pessimiste de la situation.

« Ce qu'on comprend, c'est que les objectifs du gouvernement sont beaucoup plus imposants et dramatiques, dénonce le président de l'AQCPE Louis Sénécal. Au total, c'est 320 millions que le gouvernement tente d'aller puiser à même un service qui a fait ses preuves et qui est essentiel pour le parcours éducatif qui commence dès la naissance chez nos jeunes enfants. »

En fait, Québec compte redistribuer les deux milliards de dollars qu'il consacre chaque année aux CPE en se basant sur le tiers des établissements qui performent le mieux financièrement dans la province. Une méthode dénoncée par l'AQCPE.

« Ils fondent leur calcul sur le tiers des CPE qui arrivent à dépenser moins d'argent sans tenir compte du fait que ces CPE peuvent avoir une réalité qui favorise leur capacité à dépenser moins. »

— Louis Sénécal, président de l'AQCPE

M. Sénécal estime, par exemple, que les CPE situés en milieu de travail qui accueillent tous leurs enfants à la même heure le matin et que les parents vont tous chercher à la même heure le soir affichent de bonnes performances économiques, mais qu'ils ne sont pas nécessairement représentatifs des services offerts dans les autres établissements où les départs et les arrivées sont répartis dans le temps.

« C'est une gestion basée uniquement sur le chiffre, sur le rapport financier, dénonce également Samir Alahmad, président de l'Association des garderies privées du Québec. Il est où l'intérêt de l'enfant? Il est où le bien-être de l'enfant? Ça fait depuis 1997 qu'on construit un bon réseau. On est en train de mettre la hache là-dedans. »

À Québec, le gouvernement Couillard invoque le principe de « la saine gestion » pour motiver cette redistribution des ressources dans le système de garderies subventionnées.

Pour la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, il n'est pas normal que le tiers des CPE affichent de bonnes performances budgétaires, tandis que les deux autres tiers n'y arrivent pas.

« On ne peut pas passer à côté du fait qu'il faut se poser des questions sur pourquoi il y a un tiers performant? Pourquoi, en ce moment, il y en a qui réussissent très bien et il y en a qui ont de la difficulté? Est-ce que c'est les régions? Est-ce que c'est le nombre qu'on accueille dans les CPE? (...) Il faut qu'on se questionne. »

— Francine Charbonneau, ministre de la Famille du Québec

En réaction au compressions de Québec, les regroupements du secteur des services de garde ont claqué la porte des discussions entreprises cet automne avec le ministère de la Famille sur leur financement. Ils craignent un « désastre » et un « nivellement par le bas » dans le système de garderies.

Au moins 5000 emplois menacés, selon l'AQCPE

Pour l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), il s'agit d'une vision purement comptable qui fait fi des réalités variées dans les modes de fonctionnement des établissements.

Si Québec va de l'avant, ces nouvelles compressions de 120 millions de dollars, qui s'ajouteront aux 100 millions supprimés en 2014 et aux 74 millions supprimés en 2015, se traduiront par la disparition de 5000 emplois, évalue l'AQCPE.

« Quand il y a des difficultés au niveau d'une entreprise, des mises à pied sont annoncées Il y a deux ou trois ministres qui vont se mettre ensemble pour proposer un plan, fait valoir M. Sénécal. Dans ce cas-ci, les services de garde, les jeunes enfants, des emplois qui concernent les femmes. Non seulement le gouvernement n'est pas là pour proposer des solutions, mais c'est lui le fossoyeur d'un réseau qui fait la fierté des Québécois. »

Québec solidaire dénonce une déclaration de guerre

Cette annonce de nouvelles compressions dans les CPE est reçue comme une déclaration de guerre contre les garderies subventionnées dans les rangs de l'opposition.

« On voudrait détruire le modèle des centres à la petite enfance, on ne s'y prendrait pas mieux. »

— Françoise David, porte-parole de Québec solidaire

Pour Françoise David, porte-parole parlementaire de Québec solidaire, les compressions en série appliquées ces dernières années se veulent une charge du gouvernement libéral contre le système québécois de garderies subventionnées au profit des garderies privées commerciales.

Selon elle, le gouvernement est beaucoup plus prompt à dépenser des milliards pour sauver des emplois chez Bombardier qu'à investir dans les services aux enfants, ce que les Québécois ont pourtant de plus cher.

« S'il y avait 2800 emplois (NDLR: au départ, les estimations prévoyaient que ces compressions entraîneraient la perte de 2800 emplois) menacés dans le secteur privé, ça ferait déjà une semaine que tout le gouvernement aurait déployé son énergie pour sauver ces emplois-là. Il y aurait des promesses de subvention ou de crédit d'impôt, vous seriez tous en train de travailler à sauver ces emplois-là. Est-ce que 2800 emplois féminins, c'est sans importance? »

— Françoise David, porte-parole de Québec solidaire

« Québec nivelle par le bas », dénonce le PQ

Au Parti québécois, on accuse le gouvernement libéral de vouloir « niveler par le bas » en appliquant l'an prochain une nouvelle série de compressions de 120 millions de dollars dans le système de garderies subventionnées.

Selon le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, le gouvernement Couillard s'inspire des coûts de fonctionnement plus bas des garderies à but lucratif pour les imposer aux centres de la petite enfance.

Le gouvernement libéral s'évertue à affaiblir le réseau des CPE, selon M. Péladeau. « Il a, depuis un an et demi, tout fait pour favoriser les garderies privées, et maintenant il veut couper 120 millions $ en procédant à un nivellement par le bas dans tout le réseau des garderies subventionnées », déplore-t-il.

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